Une crêpe et un livreLe brouhaha, les pas feutrés, l'agitation incessante, l'excitation mêlée à l'appréhension, les responsabilités qui s'accumulent... Durant la semaine d'organisation qui avait précédé le festival de l'école, j'avais été reconnaissante d'avoir été trop happée par tout cela pour avoir le temps de réfléchir à quoique ce soit. C'était comme si mes pensées sombres et mes problèmes avaient été enfermés dans une boîte et jetés à la mer. Je savais bien qu'une chaîne me rattachait toujours solidement à cette boîte, et qu'un jour je devrais la remonter pour l'ouvrir. Mais pour l'instant, la tempête de préparatifs me permettait de me concentrer sur la surface.
Sur ce qui était superficiel.
Etant en tête du comité restreint constituant le bureau des élèves, et donc par la même occasion l'organisatrice de cet événement, je fus apostrophée de tous les côtés durant les derniers jours des préparatifs, et plus encore le jour J. C'était usant et parfois pénible, mais j'appréciais tant le fait de ne pas avoir le temps de trop penser que j'acceptais volontiers toutes les tâches que l'on me confiait. Par chance, Mike avait disparu de ma messagerie scolaire comme personnelle.
Le calme avant la tempête était souvent traître, mais à cet instant, je m'en délectais avec joie.
« Luna, le club de rock me dit qu'un micro ne marche plus ! Comment on fait ?
- Demande au club d'impro s'ils ne peuvent pas les dépanner, normalement leur représentation devrait être terminée à cette heure. »
Le festival était un franc succès. Cela faisait bien longtemps que nous n'avions pas attirés autant de monde ; les visiteurs se bousculait littéralement devant les stands. Étudiants, professeurs, amis, famille, élèves d'autres écoles, passants curieux : nous avions tenté de mettre toutes les chances de notre côté afin de transformer cette célébration universitaire en quelque chose d'une portée plus vaste qu'une simple kermesse de quartier.
Et l'attraction principale était...
« Vous ne devinerez jamais la fin ! Venez regarder notre court-métrage amateur qui vous retournera le cerveau ! »
L'idée de Vito avait fait mouche. Posée devant l'entrée de l'université où les élèves tentaient de démarcher les passant, la banderole aux couleurs vives accrochée entre les deux gros poteaux du grillage principal attira mon regard. « Vous ne devinerez jamais la fin » était une attraction qu'il nous avait proposé après avoir regardé un court-métrage coréen sur Youtube qui l'avait laissé bouche-bé tant il ne s'attendait pas à un tel retournement de situation. Inaya et moi avions immédiatement validé son idée après avoir regardé la vidéo en question, également prises de court par le plot twist absolument magistral.
Un soupir s'échappa de mes lèvres tandis que je regardai ma montre.
15h03
Je n'avais toujours pas mangé. Inaya était occupée par le club de hip-hop duquel elle faisait partie, et qui devait faire une représentation d'ici une trentaine de minutes.
En parcourant l'allée des stands de nourriture, mon estomac commença à crier au loup. Malheureusement pour lui, je n'avais pas de monnaie sur moi et mon portefeuille se situait au fin fond de mon sac, lui-même situé au fin fond d'une salle de classe, du fin fond du campus de l'université. En clair : j'allais apprendre à survivre sans nourriture.
Ma main se porta à mon ventre tandis que je ne pus m'empêcher d'esquisser une grimace de souffrance.
« Luna ! »
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Combien pèse l'amour ?
Romance"Je te paris 200 euros que t'es pas capable de sortir avec elle !" Vito a terriblement besoin d'argent. Luna vient de se faire jeter à cause de son poids. Et une bande d'idiots bourrés vient de lancer un pari absurde.