Lettre 5

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Chère Maman,

Depuis que je t'ai quitté, quasiment tout le monde s'inquiètent pour moi. Même ceux qui ne me connaissent qu'à peine. Ils me surveillent constamment. Tiendra-t-elle le coup? Ou craquera-t-elle comme... J'ai remarqué aussi que les autres ont peur de moi. De quoi est-elle capable?

Maman, tu étais du genre à toucher à tout. A jouer avec tout. Quand je t'ai demandé pourquoi tu utilisais des ciseaux pour te faire mal; tu m'as expliquée qu'ils servaient à cela. Que quand on était triste, blessé, les ciseaux servaient à soulager cette douleur par une autre. Je t'ai cru.

Mais, Maman, l'autre fois quand j'ai couru jusqu'au lac, je l'ai vu pour la première fois. Il était de dos. Ses cheveux étaient bruns et en bataille. Il levait régulièrement la tête et la rabaissait. Je me suis approchée pour voir ce qu'il faisait. Il dessinait. J'ai voulu voir de plus près mais le garçon m’a entendu. Il s'est retourné.

- Qu'est-ce que tu veux? m'a-t-il fait.

  Il avait les yeux marron biens foncés et différents de ceux des autres. Son visage était rond et semblait agacé. Je n'ai pas répondu. J'ai détaillé son dessin du regard. Il représentait la vue: le lac au premier plan, des arbres pour la forêt derrière et les montagnes au dernier plan. Il a fait de grands gestes pour me sortir de ma contemplation.

- C'est toi qui dessine comme ça?

Quelle idiote je suis! Je connaissais la réponse sans même avoir besoin de poser la question! Au moins, cela a fait apparaitre sur lui un sourire en coin. Il m'a répondu d'un "ouais" avant de se replonger dans son tableau. Je me suis assise à côté de lui pour l'observer. Nous n'avons pas échangé un mot de plus.

Pourtant, Maman, il est le seul, vraiment le SEUL, à avoir posé sur moi un regard neutre. Comme si j'étais une fille normale, qui ne serait pas susceptible de réagir on ne sait de qu'elle manière. Non, il ne se méfiait pas de moi. Je pense qu'à ma place, tu l'aurais apprécié pour cette raison aussi.

Ne t'inquiète pas. Je te promets que la prochaine fois qu'on se verra, je t'en dirai plus sur lui.

Sache que je pense toujours un peu à toi.

Jules

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