Chapitre 13

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Paris resplendissait dans la nuit, ses artères redevenues calmes. À cette heure, les badauds se faisaient moins nombreux dans les rues, et seuls quelques noctambules et travailleurs nocturnes arpentaient encore les trottoirs.

Sous sa forme de tigre, le Mage Rouge bondissait de toit en toit, aussi léger que s'il volait. Ses flammes se dissipaient sous le vent, le rendant presque invisible, n'apparaissant que furtivement aux yeux des témoins, tel un mirage.

Au fil de ses bonds, il évalua les dégâts causés par le Mage Bleu. Certaines rues avaient été éventrées, si profondément que des lignes de métro avaient été coupées. Des murs invisibles étaient apparus à divers endroits, bloquant les voies de circulation. Les feuilles mortes et les déchets plaqués dessus permettaient de les distinguer, mais quand leur créateur les matérialisait, ils causaient nombre d'accidents. Sans parler des victimes directes, qui oscillaient, éternellement figées dans la confusion. Ces dernières avaient été rassemblées sous une tente montée à l'improviste par les secours, tentant vainement de les ramener à la réalité.

Toute la ville souffrait des pouvoirs du Mage Bleu.

Le tigre de feu posa ses pattes à découvert, au milieu d'un grand giratoire désert. Il inspira profondément, avant de pousser un puissant rugissement dont l'écho se propagea d'un bâtiment à l'autre. Sous la puissance de son hurlement, ses flammes s'emballèrent et gagnèrent en puissance, illuminant violemment les alentours d'une intense couleur pourpre.

Dans cet éclat de flammes, le Mage Rouge reprit sa forme humaine. Puis, il attendit.

Il s'écoula de longues minutes dans un silence pesant avant qu'une gerbe de flammes bleues n'illumine à son tour le bitume.

Le Mage Bleu avança de quelques pas vers son aîné. Il planta un regard de défi dans le sien. Ses yeux luisaient d'un éclat blanc sous sa capuche, les motifs rouges sur ses joues vibrant sous son pouvoir.

— Pour quelqu'un qui m'a toujours répété de ne pas exhiber mes pouvoirs, commença-t-il d'un ton provocateur, je trouve que tu viens de nous offrir une superbe démonstration.

Le Mage Rouge soutint son regard en silence, tandis que son cadet se rapprochait de lui.

— Mais... tu n'as pas fait ça par négligence, n'est-ce pas ? Tu voulais m'attirer ici.

— Tout à fait. Je voulais te parler. Edvin, il est temps d'arrêter tout ça. Remets la ville en ordre, annule tes sortilèges.

— Pourquoi ferais-je une telle chose ? N'es-tu donc pas capable d'annuler mes sorts toi-même ?

Il arbora un sourire narquois, alors que son Maître lui jetait un regard de reproche. Le Mage Bleu s'était ensorcelé lui-même, de façon à ce que personne d'autre à part lui ne puisse annuler ses sorts. Le Mage Rouge avait essayé depuis longtemps, il s'en était vite rendu compte.

— Ce n'est pas à moi de le faire, répondit ce dernier pour ne pas évoquer sa faiblesse face à ces sortilèges. Edvin, ton comportement n'a que trop duré. Tu t'es écarté du droit chemin, mais il n'est pas trop tard pour faire demi-tour.

À ces mots, le jeune sorcier éclata de rire.

— Parce que tu crois que je veux renoncer à tout ce pouvoir pour revenir vers toi ?! Tu es jaloux ! Je ne reviendrai pas à tes méthodes primitives alors que j'ai enfin acquis assez de pouvoir pour te réduire à néant !

Ses mains s'illuminèrent de flammes bleues, qui soulevèrent sa robe de sorcier. Les volutes bleutées vinrent s'enrouler autour de trois objets que le mage portait sur lui. Un pendentif en forme de queue de renard pendant à son cou, un bracelet dont la forme évoquait la carapace d'une tortue, et un peigne orné d'une abeille, accroché à la poche de son survêtement.

Notre seule identitéOù les histoires vivent. Découvrez maintenant