Chapitre 12

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Le Bouffon Vert hurla de rage et, d'un bond, se jeta sur Peter. Sa vitesse et sa force étaient supérieures à celle du monte-en-l'air, aussi celui-ci dut encaisser l'attaque de plein fouet. Emportés dans leur élan, les deux ennemis tombèrent dans le vide. Peter avait beau se débattre, impossible de se défaire de son étreinte. Il regarda en bas. La police encerclait déjà le bâtiment et tenait à l'écart journalistes et autres curieux. Bien. Encore un peu de temps. Peter tissa une nouvelle toile vers l'antenne de la tour. Le choc faillit bien lui démettre l'épaule, mais il tint, et s'arrêta net dans sa chute. Le Bouffon continua encore une bonne dizaine de mètres avant de s'accrocher de ses longues griffes à la façade du bâtiment. Il sauta à nouveau pour frapper son adversaire, mais cette fois Peter avait également engagé l'assaut. Il envoya un crochet du droit qui atteint sa cible et l'arrêta net. Peter stoppa sa chute en accrochant sa toile à la jambe du Bouffon et tira pour remonter, mais celui-ci, toujours alerte, lui saisit le poignet et le plaqua violemment contre la vitre. Sa poigne se serrait de plus en plus fort autour de sa gorge et ses griffes s'enfonçaient profondément dans sa nuque. Dans son dos, la vitre se fissurait lentement.
« Quel gâchis, soupira Norman... Nous aurions pu faire de grandes choses tous les deux, Peter. Mais si tu refuses de me donner ce qui m'appartient, je peux toujours l'arracher à ton cadavre ! »
Incapable de répondre, en train de suffoquer, Peter tentait vainement de faire relâcher la pression à son ennemi. Ses pieds s'agitaient dans le vide, et sa vision se troublait petit-à-petit. Il fallait réfléchir, et agir vite. Peter plaqua ses pieds contre le verre pour se donner l'impulsion qui lui permit de remonter ses jambes et de les enserrer autour de la tête du Bouffon. Surpris, celui-ci relâcha son étreinte, presque imperceptiblement, une fraction de seconde. Juste ce qu'il fallait pour que Peter se jette en avant et le renverse avec lui. Le sang lui montait à nouveau au cerveau, Peter sentit son énergie lui revenir soudainement. Il lâcha son étreinte et asséna un coup de talon à son adversaire qui fut propulsé plus vite encore vers le sol. Sans attendre, Peter croisa les bras, tissa vers le sol et tira de toutes ses forces. Il fondit à pic sur le Bouffon qui s'effondra au sol avec une violence inouïe. Le bitume vola en éclats sous le poids des deux adversaires. Le choc fut rude pour Peter également, mais le corps du Bouffon avait amorti la chute. Il se releva péniblement, titubant. Est-ce que c'était bon? Le Bouffon était KO ? Peter s'approcha prudemment et se pencha au dessus de lui. Le sang qui coulait de chacune de ses blessures n'avait plus rien d'humain et adoptait une teinte orangée. Il respirait encore, très faiblement. Soudain, il ouvrit les yeux, et avec une vitesse fulgurante, attrapa Peter au visage. Il se releva comme si de rien n'était et le souleva dans le vide. « Ça suffit. » Il serra aussi fort que possible, Peter avait l'impression que son crâne allait exploser. Il entendit un officier hurler. « Feu à volonté ! » Les balles fusèrent sur le Bouffon, mais celui-ci semblait ne pas les remarquer. Il se retourna lentement, leva sa main libre, puis envoya une boule de feu à l'adresse des forces de police, qui durent se jeter sur le côté pour éviter d'être soufflés par la déflagration. Profitant de la diversion, Peter attrapa un bout de béton brisé avec sa toile et le fracassa contre le crâne de son oppresseur. Le Bouffon, sonné, tituba. Peter en profita pour se dresser sur ses pieds et assaillir son adversaire de toute sa puissance. Il mit toute son âme dans chacun de ses coups, les enchaînant les uns après les autres, sans se laisser de répit, toujours plus rapidement. Peter ne plaisantait plus. Plus de blague, plus un mot. Seulement l'adrénaline, et la peur que quelqu'un soit blessé. La peur, le Bouffon la ressentait aussi. Le sentiment confus que la situation lui échappait, que sa proie devenait le chasseur. Sa confiance absolue en ses capacités s'en retrouvait fragilisée, ce qui ne le mit que d'avantage en colère. À présent au sol, il gronda : « Ça suffit ! Je te suis supérieur en tout point ! Pourquoi refuses-tu de ployer ? Tu devrais me craindre !
-Faux, Norman. C'est vous qui devriez avoir peur. Contrairement à ce que vous prétendez, vous avez plus besoin de moi que l'inverse. Je sais pour le sérum Oz. Vous êtes prisonnier d'une invention qui vous fait perdre la tête, qui détruit votre corps aussi bien que votre esprit et contre laquelle vous n'avez pas la force de lutter. En vérité Norman, vous êtes terrorisé. Ce qui était censé permettre de créer un nouveau super-soldat s'est transformé en sérum du bouffon. Et sans mon aide, il finira par vous consumer. »
Peter remarqua que son ennemi tremblait. Les furoncles se multipliaient spontanément sur tout son corps, sa salive mélangée à son sang dégoulinait le long de sa mâchoire... L'effet du sérum commençait à s'estomper. Exactement ce sur quoi Peter comptait.
« Tu te crois supérieur à moi ? hurla Norman. Tu penses que je vais implorer ta clémence ? Je ne m'agenouille devant personne, je n'ai besoin de personne ! »
Sur ses mots, il sortit une seringue de la doublure de sa cape et se l'enfonça directement dans le bras. Peter reconnut aussitôt le sérum du Bouffon.
« Norman, tenta-t-il. Ne faites pas ça. Vous connaissez les risques. Ne vous faites pas ça. »
Sans même l'écouter, il pressa la seringue, et le sérum coula à nouveau dans ses veines. Son état se stabilisa un instant, puis sa masse musculaire ainsi que sa taille augmentèrent à nouveau à vue d'œil, ses oreilles s'allongèrent à l'image d'un gobelin, les pics sur son crâne se transformèrent en véritables cornes, et la lueur d'humanité que Peter s'efforçait de chercher sur son visage depuis le début de leur affrontement disparut pour de bon. Il ne restait là plus qu'un animal incapable de raisonnement, assoiffé de sang, bien plus dangereux que Norman Osborn. Il poussa un hurlement à faire se réveiller les morts, puis bondit sur Peter. Ses bras puissants le maintenaient au sol et sa mâchoire cherchait le chemin le plus court vers sa gorge. Peter dégagea son bras droit, puis le frappa au visage, une fois, deux fois, jusqu'à ce que le Bouffon finisse par reculer. Sans attendre, il lui tira un jet de toile dans les yeux et sauta au dessus de son adversaire. Le Bouffon, désorienté, tentait vainement de recouvrer la vue, mais la toile était aussi gluante que résistante. Paniqué, il se rua à l'aveugle, se heurta à un mur, recula, fonça dans un camion... Peter reprenait le dessus, mais s'il ne faisait pas attention, un innocent pourrait être blessé dans la confusion.
« Tout le monde s'écarte ! » ordonna-t-il.
Les forces de police maintinrent d'abord leurs position, mais sursautèrent au nouveau rugissement du Bouffon. Le Capitaine fixa Spider-Man, puis, après un regard entendu, il ordonna à ses hommes de se replier. Peter avait le champ libre pour agir.
« Hé ! » invectiva-t-il le Bouffon. Celui-ci se retourna et fonça dans la direction du cri.
« C'est ça, viens par là. » Peter attrapa le fourgon qui était censé faire barrage à côté de lui, le souleva dans les airs, et attendit son adversaire. Au moment où le Bouffon lui sauta dessus, Peter abattit les trente tonnes de toutes ses forces sur sa tête, faisant disparaître son adversaire dans une explosion qui le souffla en arrière.

*

Peter émergea péniblement. Ses oreilles sifflaient, sa vue était trouble, ses jambes le supportaient difficilement, mais il se leva tant bien que mal et s'avança vers son ennemi. Sous les décombres et les flammes gisait une main tout à fait humaine. Peter se précipita pour l'attraper, et tira de toutes ses forces pour dégager Norman. Il y mit toute son énergie, mais il était à bout de forces, il ne parvenait pas à dégager son adversaire. Il s'efforça de penser à Harry. Son meilleur ami ne devait pas connaître ce que lui-même avait connu il y a plusieurs années puis quelques semaines auparavant, pas encore, hors de question. Il redoubla d'efforts, et réussit enfin à dégager Norman des décombres. Il se pencha contre sa poitrine : il respirait encore.
« Il a besoin de soins ! » hurla-t-il à qui voulut bien l'entendre. Un officier s'approcha prudemment, inspecta Norman, puis sortit son talkie-walkie.
« Ici le Capitaine Stacy. On a besoin d'une ambulance au trois cent cinquante de la cinquième avenue au plus vite. »
« Capitaine Stacy ? » murmura Peter, dont le nom ne lui était pas inconnu.
« Vous avez dit quelque chose ?
-Non, rien du tout.
-Merci pour ton aide Spider-Man. Sans toi, ces petits... ma fille se trouvait parmi eux. Au nom des forces de police New-Yorkaises, mais surtout au nom de ma fille, je te remercie. Mais tu comprends que tu dois venir avec moi, nous avons des questions à te poser.
-Désolé Capitaine, mais je ne peux pas rester.
-Attends ! »
Spider-Man s'était déjà envolé et avait disparu dans l'obscurité de la nuit.

« Harry ! Gwen ! Liz ! MJ ! Vous allez bien ?
-Peter ! Qu'est-ce que tu fais là ? Mon Dieu, ton visage !
-J'étais venu vous écouter jouer, mais à mon arrivée, vous n'étiez plus là... J'ai trouvé le mot que ce monstre avait laissé, alors j'ai appelé la police... J'étais aux premières loges, j'ai assisté au combat, et j'ai été heurté dans la confusion, rien de méchant. »
Les nerfs à fleur de peau après les événements récents, Gwen s'effondra en pleurs dans les bras de Peter. À côté d'eux, Harry, MJ et Liz était assis sur une civière, entourés de pompiers et d'officiers. Depuis leurs position, ils n'avaient pas dû perdre une miette du combat qui s'était déroulé. Harry regardait le sol, complètement perdu. Avec une précaution et une douceur infinie, Peter posa ses mains sur les épaules de Gwen. Celle-ci s'écarta d'elle-même et sécha ses larmes d'un revers de la manche.
« Harry, je...
-Je crois que c'était mon père, Peter. Je l'ai vu. Je ne comprends pas... »
Peter ne savait pas quoi dire à son ami. Lui dire que son père était un fou, un monstre, qu'il avait failli le tuer ? Les mots ne lui venaient pas, alors Peter se tut, serra son ami dans ses bras, et ils pleurèrent ensemble. Les trois filles se joignirent à eux, et tous les cinq, les adolescents laissèrent mourir la nuit.

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