Chapitre 3

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« Et une nouvelle victoire au palmarès de Crusher Hogan ! Notre prochain participant aura-t-il plus de chance ? Pourra-t-il tenir trois minutes contre notre champion invaincu ? Mesdames et messieurs, pour tenter de remporter la somme de trois milles dollars, il monte sur le ring pour la première fois. Je vous demande un tonnerre d'applaudissements pour Spider-Man ! »
Peter entra dans l'arène, vêtu de son survêtement rouge et bleu et de sa cagoule. Son adversaire l'attendait. Cent kilos de muscles, de la hargne à l'état pur. Il commençait à regretter sa décision. N'allait-il pas se faire briser les os par ce monstre ? Alors qu'il hésitait, le présentateur lui administra une claque dans le dos pour le faire avancer.
« Regardez-moi ça, susurra Crusher. T'as quel âge, gamin ? T'es trop petit pour monter sur un ring ! Et le masque, c'est pour quoi ? »
Peter ne répondit pas, comme cloué sur place. La foule acclamait Hogan et le huait. À cet instant précis, Peter aurait préféré se trouver n'importe où plutôt qu'ici... Comment s'était-il retrouvé là ? Allons Peter, tu es venu ici pour une bonne raison, tu dois avoir confiance en tes capacités, tu ne repartiras pas sans cet argent !
« Bah alors, t'as perdu ta langue ? Rassure-moi, t'es pas muet ? Parce que j'ai très envie d'entendre tes hurlements quand je te briserai les os ! »
Cessant son monologue, Crusher fonça tête baissée sur le « Spider-Man ». En un éclair, celui-ci se propulsa dans les airs et atterrit derrière son adversaire. Emporté par son élan, le catcheur s'empêtra dans les cordes.
« Plutôt agile, l'araignée !
-Euh, c'est-à-dire que c'est Spider-Man...
-Quoi ? Qu'est-ce qu'on en a à faire ? »
Visiblement en rogne, Crusher chargea son adversaire puis abattit ses deux poings sur le dos de Peter. L'adolescent vacilla, mais ne s'effondra pas, à la surprise générale.
« Comment ? »
Las d'encaisser les coups, Peter se redressa, regarda son adversaire dans les yeux, et lui flanqua un coup de pied dans le thorax. Crusher fut propulsé en arrière et heurta lourdement le sol. Dans un hurlement, il se releva et tenta un crochet du droit. Peter se contenta de pencher la tête, puis attrapa son bras et, faisant passer Crusher sur son épaule, l'écrasa au sol. La brute ne bougea pas. Peter l'attrapa donc par le costume et le souleva dans les airs.
« Alors ? réclama-t-il.
-Je vais t'écraser !
-Très bien... »
Sans plus tergiverser, Peter projeta Crusher hors du ring.
« Spider-Man est vainqueur ! »
Le silence fut total. Après une longue hésitation, la foule se leva, folle d'excitation.

« Tiens, voilà ta part. Tu l'as méritée. T'as été incroyable, petit. Tu devrais revenir plus souvent. Et puis la cagoule, les gens adorent. Ça rajoute une touche de mystère, ça rend le combat plus... spectaculaire !
-Merci, répondit Peter, satisfait. J'y penserai. »
Il repartit avec les trois mille dollars en poche et sortit fièrement dans la rue, direction la maison. Tante May et Oncle Ben seraient fiers de lui, de l'homme qu'il allait devenir. Avec ses nouveaux pouvoirs, personne ne l'arrêterait. Désormais, aucun caïd du lycée, pas même Flash, n'aurait le droit de lever la main sur lui, ni même de lui dire quoi faire.
« Arrêtez-le ! hurla alors un agent de police. Vous là, avec la cagoule ! »
Un homme avec un revolver et un sac rempli de billets passa en courant devant Peter.
« Pas mon problème. » songea-t-il.
Une voiture s'arrêta le long du trottoir, le fuyard en ouvrit la portière, et s'engouffra dedans.
« Merci petit ! » lui adressa-t-il avant que la voiture ne redémarre.
« Qu'est-ce qui t'as pris ? s'insurgea l'officier, encore essoufflé. Tu aurais très bien pu l'arrêter !
-C'est pas mon travail, rétorqua Peter. J'ai mieux à faire.
-Dis donc petit, je pourrais te coller au trou pour m'avoir parlé sur ce ton !
-Je vous en prie, se moqua Peter. Reprenez déjà votre souffle ! »
Sur ces mots, il tourna les talons et prit la direction d'Ingram Street. Il avait une bonne nouvelle à annoncer à Tante May et Oncle Ben.

À son arrivée, deux voitures de police, sirènes allumées, bloquaient l'entrée. Tante May était assise sur le parvis, emmitouflée dans une couverture de survie au côtés d'un officier.
« Qu'est-ce qui se passe ? s'inquiéta Peter. Laissez-moi passer ! Qu'est-ce qui se passe ???
-T'es qui toi ? lui demanda un agent de police.
-Peter Parker, j'habite ici.
-Ne t'en fais pas petit, nous contrôlons la situation.
-Mais dites moi ce qui s'est passé bon sang !
-Nous traquions deux hommes qui s'enfuyaient après un braquage, ils ont décidé de se séparer pour augmenter leurs chances de réussite. Nous avions presque attrapé l'un des deux, alors il a pris ton oncle en otage. Nous sommes à sa poursuite, nous te le ramènerons sain et sauf. »
« Il s'est arrêté, signala une voix dans le talkie-walkie de l'officier. Il s'est réfugié dans un entrepôt sur les docks.
-Très bien, on arrive. Petit, prends soin de ta tante, on va chercher ton... petit ? »

*

Peter avait enfilé sa cagoule et courait aussi vite qu'il le pouvait vers les docks, sautant de toit en toit. Une fois arrivé près du port, il n'eut aucun mal à repérer le bon entrepôt. Celui-ci était encerclé par les forces de police, elle tenaient l'homme en joue. À cette distance, Peter ne distinguait pas grand chose, seulement l'arme que le kidnappeur pointait vers Oncle Ben.
« N'approchez pas ! J'ai un otage !
-Nous avons bouclé le bâtiment, rétorqua l'un des officiers, vous êtes encerclé ! Il n'y a aucune issue ! Posez votre arme et tout se passera bien ! »
« Vous pouvez tirer ?
-Négatif, l'otage est toujours en ligne de mire.
-À la moindre occasion, vous me descendez ce salopard. »
Peter descendit en hâte de son perchoir et retira sa cagoule. Dans l'entrepôt, le criminel masqué réalisait la situation dans laquelle il s'était empêtré, il était visiblement paniqué. Il reculait prudemment vers l'escalier de secours sans lâcher les forces de police des yeux. Peter se dépêcha.
« Laissez-moi passer ! hurla-t-il aux officiers qui se mirent en travers de son chemin. C'est mon oncle, laissez-moi faire !
-Désolé petit, tu dois nous faire confiance, nous te le ramènerons bientôt. »
Pendant que Peter et l'officier se disputait, l'homme tenta de filer en douce à l'étage. Il marchait à reculons, prudent. Lorsque son pied droit heurta la première marche, l'homme, surpris, perdit l'équilibre. Tout s'enchaîna alors très vite. Les officiers, alertés par son cri de détresse, se tournèrent vers lui, mais la surprise le crispa, et son doigt, bien accroché à la gâchette, la pressa.
« Non ! hurla Peter, alors que la détonation résonnait dans tout le port.
-Feu ! » ordonna le Capitaine.
Alors que Ben tombait au sol, inerte, son kidnappeur se fit cribler de balles. À l'instant où celui-ci était à terre, Peter força le barrage et se rua sur son oncle.
« Cessez le feu ! »
« Oncle Ben ? appela Peter, s'agenouillant devant lui.
-Peter ? Le sang se répandait sur sa chemise et sur le sol.
-Je suis là Oncle Ben, pleurait Peter tout en comprimant la plaie, comme s'il pouvait empêcher le sang d'en sortir. Tout va bien se passer, accroche-toi !
-Je suis tellement fier de toi... mon fils. »
Sa poigne sur le bras de Peter se desserrait en même temps que son regard se perdait dans le vague. Sa respiration devint plus régulière, plus lente, avant de s'arrêter tout à fait.

*

« Qu'est-ce que tu as Peter ? »
Ben s'approcha de son neveu, qui pleurait à chaudes larmes.
« Qu'est-ce qui t'arrive ?
-Mes parents... peinait-il à articuler. Ils sont... c'est ma faute...
-Non, Peter, lui assura Ben, le prenant dans ses bras. Tu n'as pas à te sentir responsable de ce qui s'est passé, Peter.
-Tu crois que je suis une mauvaise personne, Oncle Ben ?
-Écoute-moi bien, Peter. Tu n'as pas à te reprocher la mort de tes parents, ce n'est pas de ta faute. Tu n'es pas une mauvaise personne, tu es formidable ! Tu es intelligent, sensible, et je sens une grande force en toi. Le jour où tu auras trouvé comment l'exploiter, tu changeras le monde, tu m'entends ?
-Mais je n'ai pas envie de changer le monde, Oncle Ben. Je veux juste revoir Papa et Maman. Ils me manquent tellement...
-À moi aussi, Peter... Parfois, je rêve que mon frère est avec nous, et le réveil est toujours aussi brutal. Mais dans ces cas-là, je me rappelle toujours d'une chose importante : ils sont là Peter, chuchota Ben, plaçant sa main sur le cœur de son neveu. À chacun de tes pas, là pour te guider et t'accompagner tout au long de ta vie. Tu as de grandes capacités, et tu te dois de les utiliser au mieux. Même si ça te fait peur, c'est ton devoir. Et le jour où ce sera chose faite, ils seront fiers de toi. Ton père disait : de grands pouvoirs impliquent de grandes responsabilités.
-Je t'aime, Oncle Ben, sanglota Peter, serrant son père de substitution très fort dans ses bras.
-Je t'aime aussi Peter. Maintenant, file à table. May déteste qu'on laisse refroidir le dîner. »

*

Empli de haine, Peter se tourna vers le corps du meurtrier de son oncle. Il ôta sa cagoule, et reconnut instantanément le visage caché dessous.
« Merci petit ! »
« Impossible... répétait Peter. Un simple cambrioleur... »
« Pas mon problème. »
Peter porta ses mains à son visage, horrifié. Cet homme n'était pas responsable de la mort d'Oncle Ben. Le véritable responsable se tenait agenouillé devant son œuvre.
« J'aurais pu... si seulement je l'avais arrêté. Ç'aurait été si simple... »
Peter jeta son masque au sol. Les sirènes continuaient de hurler autour de lui, et deux officiers s'approchaient pour l'aider à se relever.
« Tu as de grandes capacités, et tu te dois de les utiliser au mieux.
-Je te le promets, Oncle Ben, chuchota-t-il, front posé contre sa poitrine encore chaude. Tu seras fier de moi. »

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