Chapitre 11

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Peter arriva finalement au lycée. 18h38. Il était en retard... Mais mieux vaut arriver tard que pas du tout. Peter se dirigea vers l'amphithéâtre, la pièce où Gwen, Mary-Jane et Liz répétaient toujours. Pas de bruit, constata Peter en approchant, étrange... Il entra tout de même. Les instruments étaient en place, les manteaux étaient posés sur une chaise, près des sacs, mais aucune trace des musiciennes ni de Harry.
« Il y a quelqu'un ? »
Un courant d'air traversa Peter, qui frissonna. Du vent, en intérieur ? Peter s'avança dans l'amphithéâtre, pour constater que le mur de gauche s'était effondré. Un post-it était posé au sol : « Tour Oscorp, fais vite. » D'instinct, Peter attrapa son téléphone et composa le numéro de la police, mais son doigt s'arrêta juste avant d'appuyer sur la touche verte. Les menaces proférées par Norman Osborn lui revinrent en mémoire. Ce type est fou.
Il n'hésiterait pas à faire du mal à ses amis s'il voyait débarquer la police. Peter resta figé un instant, puis rangea son téléphone.
« Merde ! »
Le lycée était quasiment vide à cette heure-ci. Peter ouvrit son sac, se changea en vitesse et s'envola à travers le trou béant dans le mur. Il tirait aussi fort que possible sur ses bras pour se balancer toujours plus vite. Vite, vite... Il faut rejoindre la tour... Une seconde. Le Bouffon avait très certainement préparé son coup, il l'attendait. La dernière fois, Peter n'avait dû sa survie qu'à un simple hasard, à l'intervention fortuite de Flash. En quoi serait-ce différent cette fois-ci ? Quelle chance avait Spider-Man dans un combat face-à-face ? Reprends-toi. Tu es Peter Parker. Si tu ne peux pas gagner avec les muscles, fais ce que tu sais faire de mieux, réfléchis. Une image revint alors à Peter. La vue d'un document confidentiel sur le bureau de Norman Osborn à propos du sérum Oz. Peter tira sur son bras et changea de cap, direction le manoir des Osborn.

*

La nuit venait de tomber. Le manoir semblait bien sinistre à cette heure-ci. Il ressemblait à une maison hantée, avec ses airs d'ancien palace abandonné au milieu des immeubles de béton et de verre. L'une des fenêtres était ouverte, Peter s'y engouffra. Apparemment, la demeure était vide. Les lumières étaient toutes éteintes et le silence glacial du manoir n'était brisé que par la respiration haletante de Peter. Il s'efforça de se remémorer son trajet jusqu'au bureau de Norman l'autre jour. Le dernier étage. Peter se précipita jusqu'à l'escalier principal et leva les yeux. Les différents étages étaient tous visibles depuis son centre, jusqu'au plafond. Il leva ses bras et activa ses lances-toile. Deux fils s'accrochèrent au plafond du dernier étage ; il tira des toutes ses forces sur ses bras pour les tendre au maximum avant de fléchir les jambes, puis de sauter. Toute la tension emmagasinée dans la toile se dissipea, propulsant Peter, tel un caillou au bout d'un lance-pierre, jusqu'au plafond. Il eut tout juste le temps de tendre les bras avant de s'écraser. Peter sauta dans la pièce suivante, traversa la vaste salle à manger et se retrouva dans le bureau de Norman. Évidemment, les papiers ne traînaient plus en évidence sur la table. Si j'étais un milliardaire paranoïaque, où cacherais-je ce genre d'informations ? Peter fouilla la bibliothèque de fond en comble à la recherche du moindre indice, une feuille glissée dans un livre, un carnet secret, n'importe quoi. Après avoir retourné chaque livre, il passa au bureau, vida les tiroirs, fouilla les piles de paperasse qui s'entassaient... Rien. Aucune trace des documents que Peter avait vu, pas le moindre indice qui put l'aider, absolument rien. Il pensa à ses amis à la merci de Norman. Tout ce temps qu'il avait perdu à venir ici n'avait servi à RIEN. Furieux, il abattit son poing contre le bureau, qui se brisa en deux. Plusieurs feuilles s'envolèrent. À bien y regarder, le bureau était équipé d'un faux fond. Peter attrapa les feuilles volantes au passage. Bingo.
« Projet Renaissance [...] sérum Oz. Objectif : amélioration de la force biotechnologique. [...] Symptômes : décuplement des capacités musculaires, développement d'un épiderme à l'épreuve des balles. [...] Le sujet présente des signes de schizophrénie, de violence et de paranoïa. [...] Les effets du sérum sont limités dans le temps mais il semblerait que des injections répétées fassent perdurer ces effets au-delà de la transformation. [...] »
Quelque chose était gribouillé au dos de la feuille.
« Le temps entre chaque injection est de plus en plus difficilement supportable. [...] La disparition des effets est plus douloureuse à chaque injection. [...] Spider-Man = Peter Parker - Parker tient ses pouvoirs de nos araignées exposées au sérum Oz. S'il ne souffre d'aucun effet secondaire, son sang est peut-être le remède. »
Limités dans le temps... Peter commençait à entrevoir le tableau dans son ensemble. Le reste était illisible ou bien raturé, mais c'était plus qu'assez. Il fonça à travers la vitre du bureau de Norman et se jeta dans le vide. Enfin, il avait un plan.

« Il semblerait que votre ami ne se soucie pas de vous au final, soupira le Bouffon, suspendu à l'antenne de la Tour Oscorp. Quel dommage.
-C'est moi que tu me cherches ? » l'apostropha une voix dans son dos.
Norman eut tout juste le temps de se retourner que Peter le frappa au visage, emporté par son élan. Le monstre vert toisa son adversaire d'un air tranquille, se massant la mâchoire endolorie par le coup. Un peu plus bas, à trois cent quatre-vingt et un mètres au dessus du sol, Gwen, MJ, Liz et Harry étaient attachés avec une simple corde, suspendus dans le vide. Peter remercia le ciel que ses amis soient inconscients à cet instant.
« Tu as changé de costume, constata le Bouffon. Enlève ce collant, tu es ridicule ! »
Peter l'observa un instant. Il avait à nouveau revêtu sa longue cape pourpre, mais l'on pouvait toujours apercevoir ses yeux flamboyants qui semblaient capables de vous consumer sur place.
« Je suis venu Norman, reprit Peter, maintenant laissez-les partir.
-J'ai décidé que ton temps de réflexion s'était écoulé, se contenta-t-il de répondre. Maintenant, tu vas me suivre bien sagement et me donner ce que je veux.
-Laissez-les descendre d'abord ! »
Harry est avec eux, Norman n'oserait jamais leur faire du mal, se convint Peter. Pourtant, à cet instant précis, il n'était plus vraiment sûr de rien.
« Ne t'en fais pas pour eux, va. Ils ne craignent rien, contrairement à toi. Alors sois gentil et suis moi sans faire plus d'histoires.
-Hors de question. Vous êtes fou, Norman.
-C'est bien dommage... » soupira-t-il, avant de descendre lentement le haut de la façade de l'immeuble.
Il n'oserait pas... s'horrifia Peter.
« Norman... Ne faites pas ça, je vous en prie... Norman !
-Tu ne lis pas les journaux ? ricana-t-il. Je suis le Bouffon Vert ! »
D'un simple coup de griffe, la corde, dernier obstacle entre les jeunes et la chute mortelle qui les menaçait, céda.
« Non ! »
Peter sauta aussitôt dans le vide. Une seule chance. Une chance de sauver ses amis, ou d'échouer et de tout perdre. Il leva le bras et tissa une toile vers le sommet de la tour. À l'instant où elle s'y accrocha, il fut entraîné dans un mouvement de balancier. Il tendit le bras, et attrapa ses amis au passage. Sans prendre le temps de les regarder, il continua dans son élan, brisa l'une des fenêtres de l'immeuble et se jeta à l'intérieur. Les jambes criblées d'éclats de verre, il se releva néanmoins pour voir ses amis émerger petit à petit.
« Qu'est-ce que... balbutia Harry.
-Écoutez-moi, l'interrompit Peter, précipité. Faites descendre vos amies. Partez.
-Où est... Vous saignez !
-Maintenant ! »
Sans plus insister, Harry passa son bras sous l'épaule de Liz ; Gwen attrapa MJ, et ils se précipitèrent vers l'ascenseur. Peter les regarda jusqu'à ce que les portes se ferment, puis se releva. Il ôta un débris particulièrement gros de sa cuisse, puis sortit du bâtiment. Le Bouffon l'attendait tranquillement au sommet.
« Formidable ! applaudit-il. Vraiment, quel héroïsme !
-Votre propre fils était parmi eux. Vous êtes un monstre.
-Vraiment ? Et que vas-tu faire, petite araignée ?
-C'est fini Norman, cette fois je vais vous arrêter. »

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