Chapitre 5

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« Un héros, je vous dis ! répétait inlassablement Flash Thompson, à l'autre bout de la bibliothèque. Ce type est un héros !
-Oui enfin, tu as vu son costume ? plaisanta Sally. Même moi j'aurais pu le confectionner !
-Je t'en prie, soupira Flash, tu l'as vu arrêter ce camion ? Spider-Man est là pour nous protéger, pas comme ces demi-dieux qui survolent le ciel en permanence et qui font s'effondrer des immeubles entiers les uns sur les autres ! Je vous le dis, Spider-Man est un vrai héros !
-Il n'a pas tort, pour une fois, plaisanta Harry. Ce Spider-Man a sauvé la vie de ces hommes. »
Peter se sentait fier comme un coq. Pour une fois, il avait réussi quelque chose qu'il entreprenait, et, bien que deux des criminels soient parvenus à s'enfuir, il en avait appréhendé un autre, en plus d'avoir sauvé plusieurs ouvriers ! Il pourrait bien s'habituer à cette popularité.
« Et ce rendez-vous avec Liz?
-J'ai dû l'appeler pour annuler. Elle m'a raccroché au nez...
-Tant pis pour elle, marmonna Peter, elle ne sait pas ce qu'elle rate. »
« Tiens, Parker ! hurla Flash, l'apercevant. Viens ici ! »
Peter soupira. Il savait exactement ce qui allait se passer.
« Tu es content de toi j'imagine ? Tu t'es bien moqué de moi l'autre jour !
-Flash, soupira Peter. Tu... »
Il s'apprêtait à le rembarrer quand il aperçut la foule qui s'était amassée autour d'eux. Gwen Stacy était encore là, et fixait son idiot de petit ami d'un regard empreint à la fois de souci et de colère.
« Arrête, Flash, se contenta-t-il de répondre.
-Pourquoi, tu as peur ? Tu fais bien ! »
Sur ces mots, le footballeur se rua sur Peter tête baissée dans l'intention de le plaquer au sol. Comme la dernière fois, un picotement dans la nuque prévint Peter une seconde à l'avance, lui permettant d'esquiver sur le côté. Le gros balourd s'effondra sous la table. Il grogna, puis se releva et tenta d'asséner un crochet du droit à ce petit minable qui l'avait déjà trop ridiculisé. Peter tendit la main et arrêta sans la moindre difficulté son coup de poing.
« Arrête, répéta-t-il. C'est fini.
-De quoi tu parles ?
-Tout ça. Trouve-toi quelqu'un d'autre pour faire tes devoirs et passer tes nerfs.
-Peter, souffla Harry avec un sourire béat. Comment tu fais ça ?
-Je ne sais pas, sourit à son tour Peter. C'est venu tout seul et...
-Je vais te... »
Peter n'eut même pas besoin d'esquiver Flash, qui fut arrêté net par une gifle cinglante. Gwen se tenait entre Peter et Flash.
« Crétin ! » hurla-t-elle avant de quitter la bibliothèque en furie.

*

Peter rentra chez lui en souriant ce soir. Il se sentait bien. Il était débarrassé de Flash Thompson, il était adulé en tant que Spider-Man... Que demander de plus?
« Demandez la dernière édition du Daily Bugle ! Numéro spécialement dédié à l'Homme-araignée ! Héros ou menace ? »
Spider-Man, une menace ? Peter n'en croyait pas ses oreilles.
« Je vais en prendre un. »
Et pourtant... Peter pouvait clairement lire en première page : Lors de la prise d'assaut de la tour Oscorp hier, un individu masqué répondant au nom de Spider-Man a tenté d'interpeller les trois criminels. Non content d'avoir laissé s'échapper les criminels désormais connus sous le nom de MacDonald Gargan et Frederick Myers, cet homme a également mis en danger la vie de plusieurs ouvriers innocents. Ce Spider-Man est au mieux un incompétent qui ferait mieux de laisser la police faire son travail, au pire le complice de ces deux criminels.
« Oh mon dieu... s'exclaffait une jeune femme derrière. Est-ce que c'est vrai ?
-Je savais bien que ces individus étaient dangereux ! »
Comment les gens pouvaient-ils croire à de telles absurdités ? Spider-Man avait clairement empêché ces ouvriers de se faire écraser ! Quoique... Leur vie aurait-elle vraiment été mise en danger sans son intervention ? Le Daily Bugle ne pouvait pas dire vrai... La veille, à Oscorp, il avait vraiment fait de son mieux, il en était convaincu. Alors pourquoi les autres ne le voyaient-il pas ? Peter se ravisa : si tout le monde était aveugle, il devait leur rendre la vue. Spider-Man était un héros et il allait le leur prouver de la meilleure des façons.

*

« J'entends bien, Monsieur le ministre. Vous devez comprendre que le projet Renaissance a été considérablement freiné par l'attaque dont nous avons été victime. Si vous consentiez à nous allouer... Bien. C'est entendu. »
Norman Osborn grinça des dents puis raccrocha le téléphone. Le conseil de son entreprise se tenait devant lui.
« Si nous ne sommes pas en mesure de lancer une production à grande échelle du sérum Oz à la date prévue, nos subventions seront coupées, se contenta-t-il d'annoncer avant de se lever et de se diriger vers la sortie.
-Que devons-nous faire ?
-Suspendez toutes nos autres activités et pondez-moi ce sérum avant la date demandée, bande d'incapables ! » rugit Norman avant de claquer la porte de la salle de réunion. Le sérum Oz ne serait jamais prêt à temps... Les premiers tests sur des primates avaient abouti à la mort de tous les cobayes. Impossible dès lors d'imaginer pouvoir commencer des tests sur de véritables humains le mois prochain et encore moins de le vendre à l'armée étasunienne d'ici la fin de l'année. Quoique... Un cobaye avait bel et bien survécu. Norman avait pourtant réalisé tous les tests nécessaires lors de l'accident, aucune complication liée au sérum Oz, rien ! Comment était-ce possible ? Si Spider-Man était réellement Peter, peut-être la formule était-elle viable pour des humains ? Norman était songeur. Une seule façon d'en avoir le cœur net.

« Monsieur Osborn ? s'étonna le docteur Nels Van Adder. Vous n'êtes pas censé entrer dans les laboratoires sans l'équipement adéquat ! Dois-je vous rappeler qu'aucun sujet n'a survécu à une inhalation prolongée au sérum ?
-La ferme ! Notre sérum est viable ! L'un de nos sujets a survécu !
-Comment ? Pourquoi n'ai-je donc pas as été informé de...
-Peu importe ! Nous devons absolument commencer les tests sur des humains dès à présent si nous ne voulons pas mettre la clé sous la porte !
-Mais monsieur, je dois examiner moi-même les résultats que vous me décrivez avant de...
-Très bien, le coupa Osborn. Avez-vous eu le temps de répliquer l'ancienne formule du sérum ?
-Et bien oui, mais...
-Donnez-la moi.
-Monsieur, rit nerveusement le docteur, je ne pense pas que...
-Vous ne semblez pas bien comprendre le sens de mes paroles, Van Adder.
-Très bien, monsieur... »
Le professeur récupéra donc une séringue remplie de sérum Oz et la tendit à son patron.
« Monsieur, je vous prie de réfléchir à...
-Vous êtes viré, Van Adder. »
Sans plus un mot, Osborn lui arracha la seringue et s'en injecta le contenu directement en intraveineuse. Pendant quelques secondes, Norman ne ressentit aucun effet. Puis, subitement, il fut pris de vertiges, tituba et s'effondra au sol.
« Monsieur Osborn ? balbutia le professeur Nels Van Adder, de plus en plus inquiet. Vous m'entendez ? »
Norman Osborn ne répondit pas. La fièvre et la migraine l'avaient gagné, aussi tenait-il fermement sa tête à deux mains comme s'il craignait qu'elle n'explosât. Son teint pâlit, puis verdit de façon inquiétante.
« Appelez un médecin ! » paniquait le professeur.
Les veines sur le front du milliardaire semblaient prêtes à exploser. N'en pouvant plus de grogner, il ouvrit les yeux. Ses pupilles étaient rouge vermeil.
« Vous êtes viré ! » rugit Osborn d'une voix semblant provenir tout droit des enfers, avant d'empoigner le professeur par la gorge et de le propulser contre la vitre, qui vola en éclat.
« Parkerrr ! »

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