VI

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Alice Hank.

Mon père lui serra chaleureusement la main et lui montra un large sourire.

Je ne pouvais m'empêcher de le fixer, le voir entrer presque nonchalamment dans notre annexe me rendait muette. Pourquoi était-il ici? J'étais certaine qu'il n'était qu'un simple allemand qui ne voulait que sauver une vie alors qu'il en avait l'opportunité. Mais pourquoi ne portait-il pas l'étoile jaune dont tous les juifs étaient obligés de porter? Comment avait-il échappé à tout ça?

Perdue dans mes pensées, je ne remarquai pas qu'il était maintenant devant moi. Ses yeux se plongèrent dans les miens et me regarda, avant de m'enlacer rapidement par politesse. Je me sentais extrêmement mal à l'aise.

Il se plia les genous pour se retrouver à la même hauteur que mon petit frère. Jacob lui serra fièrement la main, voyant en ce prénommé Harry, un ami potentiel avec qui jouer.

"Alice" dit ma mère en me faisant sursauter. "Et si tu guidais notre invité vers sa chambre pour qu'il puisse y déposer ses bagages?"

J'hochai la tête rapidement. Bien sûr, je devais me retrouver dans une pièce seule avec lui.

Ma mère lui indiqua de me suivre et j'essayai de ravaler la boule qui montait dans ma gorge. Je me dirigeai vers la petite pièce fermée, une mince porte fut ouverte et j'entrai dans la chambre. Et sa chambre devait être celle où l'échelle de mon étage où j'allais me détendre était, bien sûr.

"C'est ici." dis-je d'une voix déformée par la gêne.

"Merci." dit-il. "Je vous ai déjà vue à quelque part. Puis-je savoir votre nom?" sa voix rauque était tout ce que j'entendais. 

"Alice." dis-je en osant lever les yeux du sol pour le regarder. "Et s'il vous plaît, pas besoin de me vouvoyer." J'étais déjà assez inconfortable.

"D'accord, Alice." un faible sourire remonta les commissures de ses lèvres.

Je sentais ses yeux sur moi. Il cherchait quelque chose.

"Ça y est je me souviens. Je t'ai dis de t'enfuir lorsque les soldats attrapaient des gens."

J'hochai doucement la tête. Allez Alice, reprend toi.

"Je croyais que tu n'étais pas juif." dis-je d'une faible voix.

"J'ai perdu mon étoile." son regard semblait tout d'un coup nerveux.

"Oh d'accord. Et bien, merci de m'avoir sauvée des soldats." dis-je avec un faible sourire étrange.

Il hocha la tête comme pour montrer que c'était rien.

Je me retournai et marchai à l'extérieur de la pièce, refermant doucement le mince rideau.

Je me frappai mentalement le front. Quelle idiote! Pourquoi suis-je tellement nerveuse à ses côtés?

Quelque chose dans ses yeux m'intimidait, il était intimidant.

Je me rend dans la petite cuisine et m'assit, comme à tous les matins, voyant 8h arriver. Mais ce matin, c'était différent. Une chaise de plus était placée juste devant la mienne de l'autre côté de la table. Bien sûr. Les regards malaisants allaient être les bienvenus.

Ma mère s'assit à côté de moi comme à l'habitude et me sourit, un sourire rempli de sous-entendus. Je la regardai en fronçant les sourcils.

"Il est mignon hein?"

"De qui tu parles?" dis-je innocemment.

"Harry." sourit-elle.

Je roulai les yeux.

"Roh, allez Alice. Je sais que tu le trouves beau." m'agaca-t-elle.

Je ne répondis rien.

Bon d'accord, il n'était pas laid. Mais je m'en foutais, j'avais d'autres choses à me préoccuper qu'un garçon.

Il sortit de sa chambre pour venir s'asseoir et ma mère me donna un petit coup de coude. Je roulai des yeux à nouveau.

Il marcha avec mon père et mon frère avant de s'asseoir devant moi en même temps qu'eux. Super.

Les heures passèrent et j'attrapais souvent Harry à me regarder d'un regard intrigué. Mais que me voulait-il?

La journée était enfin terminée et nous nous mettions à table pour le souper. Je soupirai quand j'attrapai une fois de plus Harry à me regarder du coin de l'oeil.

"C'est délicieux, madame" dit-il à ma mère d'un ton doux et poli.

"Oh merci, sourit-elle. Appelle-moi Maria."

Il hocha la tête et sourit faiblement, de légers trous se creusant dans ses joues.

Je sortis de table rapidement et attrapai mon livre avant d'aller me réfugier à l'étage. Je montai la petite échelle et m'assis par terre sur le nid de couverture que je m'étais confectionné. Cela faisait plusieurs jours que je n'avais pas lu mon livre. Je l'ouvrai, mais j'étais incapable de lire. Comme si les mots glissaient hors du roman et tombaient à mes pieds.

Je ne me reconnaissais plus. Les livres avaient été mon premier amour. Et mon seul à vrai dire. Je n'avais jamais ressenti d'aussi fortes émotions en faisant autre chose. C'était mon échappatoire, ma façon de me divertir, mais aussi de me garder saine d'esprit.

J'ouvrai mon livre et les mots commencèrent à dégringoler à nouveau. Mais que m'arrivait-il? Qu'est-ce qui n'allait plus?

Des larmes commencèrent à couler le long de mes joues. Oui, ne plus pouvoir lire m'était fatal. Ça ne pouvait pas être vrai.

Je crus entendre des pas s'avancer vers moi, mais je n'avais pas la force de regarder qui s'approchait. Je tournai la tête et, contre mon gré, échappai un sanglot.

"Alice?"

Oh non. Harry.

"Quoi?" dis-je sévèrement.

"Ça va pas?"

Mais qu'est-ce qu'il faisait ici? Il commençait à m'énerver.

"Tout va bien."

Je ne voulais pas lui parler. Et même si je lui disais que je pleurais parce que je ne pouvais plus lire, il m'aurait pris pour une folle ou m'aurait ris au visage.

Je le sentis s'accroupir à côté de moi. Mais il se prenait pour qui?

"Qu'est-ce que tu lis?"

"Du bout des doigts" dis-je sans me retourner.

"Je peux voir?"

Je soupirai. Il essayait sûrement juste de me changer les idées.

"Oui." dis-je en lui tendant.

"Tu aimes lire?" me dit-il d'un ton plus approbateur qu'interrogateur.

"Oui, je.. J'adore ça."dis-je en baissant les yeux.

"Alors pourquoi ces larmes?"

Je gardai le silence.

"Je comprend si tu ne veux pas m'en parler."

"Je ne suis plus capable de lire." le coupai-je.

"Comment?"

"Je.. Je ne sais pas. J'espère que ce n'est que temporaire. J'ai l'impression que les mots glissent hors de mon livre et que je ne peux plus les lire.." dis-je en échappant un autre sanglot.

Il déposa sa main sur mon épaule et étrangement, elle était incroyablement réconfortante.

"Ce que nous vivons est difficile, Alice. Je crois que tu es simplement boulversée, mais tu ne veux pas te l'admettre."

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