Chapitre 6

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By my seventh shot I was invincible
I would have never thought I'd be this miserable*

(The worst hangover ever, The Offspring, 2003)

*Après mon septième verre, j'étais invincible.
Je n'aurais jamais cru que j'étais si minable.

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Abbygail Welsh quitta sa chambre sur la pointe des pieds. Si son nom de famille vous semble familier, sachez que c'est tout à fait normal puisque sa mère est la fameuse infirmière en chef de l'hôpital. Abbygail quitta donc sa chambre sur la pointe des pieds, espérant que son père n'était pas encore levé.
- T'es pas à l'école, petite idiote? Comment ça se fait? Gronda soudain la voix caverneuse de son paternel, installé devant la télé comme à son habitude.
- Papa, on est samedi. Y'a pas école aujourd'hui, soupira la gamine en s'arrêtant net.
- A ton âge, moi quand y'avait pas école, j'allais travailler à l'usine!
- Papa, j'ai 9 ans et demi et on n'est plus au moyen âge.
- Sale fainéante! Beugla t'il en tentant de se relever du fauteuil dans lequel il était avachi. Ce n'est qu'à ce moment là que la gamine remarqua la bouteille de vodka qui traînait juste à coté, intégralement vidée de son contenu. Alertée par le bruit, la mère de famille fit irruption depuis la salle de bain, une serviette rose recouvrant ses cheveux mouillés.
- Qu'est ce qu'il se passe ENCORE? Demanda t'elle en fronçant les sourcils.
- A ton avis? Répondit la gamine. Regarde le, il n'est pas encore 9h et il déjà complètement bourré.
Pourtant, malgré l'état alcoolique dans lequel se trouvait monsieur Welsh, il n'eut aucun mal à bondir sur sa fille avec l'agilité d'un vieux puma, refermant sa poigne de fer sur le bras de la gamine tout en expirant un souffle tellement chargé qu'il aurait pu prendre feu au contact de la moindre petite flamme.
- Insolente! Tu vas voir ce que tu vas prendre! Contrairement à toi, moi je gagne ma vie, pendant que toi tu dépenses notre argent sans rien donner en retour!
- Tu gagnes ta vie? Laisse moi rire! Ça fait six mois qu'ils t'ont mis en arrêt maladie. Quand t'es bourré, t'es tellement con qu'ils préfèrent te payer à rien foutre à la maison plutôt que de t'avoir sur le dos!
La main de l'ivrogne s'éleva brutalement à hauteur du plafond, mais emporté par son élan et légèrement désorienté par l'alcool, il tituba un instant, chercha ses appuis et fit un pas en arrière. Abbygail en profita pour le pousser, le faisant du même s'effondrer sur le carrelage comme une grosse baleine échouée sur la plage. L'opportunité ne se présenterait pas deux fois, alors elle tourna les talons et quitta cette baraque de dingues avant que son ivrogne de père ne lui colle la dérouillée de sa vie.

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Jeff s'avança le long du sentier qui montait tout en haut de la dune. Son oncle Nick avait encore tout un tas de formulaires à remplir concernant l'adoption et la succession de sa sœur, il avait donc laissé quartier libre à son neveu. En temps normal il n'est pas habituel de laisser un gamin de dix ans se promener seul, encore moins dans une ville qu'il ne connaît pas. Mais Redsands n'était pas ce qu'on peut appeler une ville dangereuse et s'il y avait bien un risque réel de mourir la bas, c'était celui de mourir d'ennui.

Du haut de ce promontoire naturel, Jeff dominait toute la petite plage qui semblait séparée à ses deux extrémités par des amas de rochers sombres. La crique mesurait donc un peu plus d'une centaine de mètres dans sa largeur et de part sa situation, elle n'était pas visible depuis la plage principale. L'enfant comprit alors mieux pourquoi les touristes n'y venaient jamais. Profitant de l'air marin qui lui semblait bien plus sain que celui des voitures de Cooper Falls, il laissa ses pas le guider jusqu'au bord de l'eau. La mer terminait de monter et Jeff s'installa confortablement sur le sable pour mieux observer les vagues qui grondaient en se brisant sur le rivage. Il avait besoin d'un peu de calme pour faire le point sur sa vie et cette plage déserte serait l'endroit parfait pour réfléchir posément.

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L'infirmière en chef Maggie Welsh enfila sa veste et ses bottines, laissant son ivrogne de mari cuver tranquillement. Pourtant lorsqu'elle l'avait épousé, il n'était absolument pas comme ça. Puis ils avaient eu la petite Abbygail et les premières années il avait été un papa irréprochable. Tout avait finalement basculé il y a cinq ans, lorsqu'il s'était blessé au travail. Une blessure bénigne soignée à coup d'antalgiques. Les tissus avaient fini par cicatriser, mais son mari avait pris goût aux médicaments. Et lorsque le médecin avait fini par refuser de renouveler l'ordonnance, son mari avait compensé son manque dans l'alcool. Tout cela avait été très progressif et Maggie n'avait rien vu venir, jusqu'à ce qu'elle retrouve quotidiennement son mari avachi dans le canapé comme l'ivrogne qu'il était devenu. Et à présent il commençait à devenir violent, mais plutôt que de s'en prendre à sa femme, il préférait terroriser sa propre fille. Une fois, Maggie avait essayé de s'interposer et c'est elle qui en avait subi les conséquences, se prenant une véritable torgnole à la place de sa fille. Depuis elle se contentait de rester simple spectatrice. Si sa fille était assez stupide pour provoquer son père, alors elle méritait d'en payer la facture. Bien sur, l'infirmière en chef aurait tout simplement pu quitter son mari, mais c'était sans compter sur l'amour qui les unissait. Maggie n'avait pas oublié l'homme qu'il était avant et elle ne perdait pas espoir de le voir redevenir sobre et doux comme dans ses souvenirs. Et de toutes façons si jamais elle le quittait, il noierait encore plus son chagrin dans l'alcool, probablement jusqu'à en mourir. Et Maggie ne voulait surtout pas avoir ça sur la conscience.

Mais pour le moment elle avait d'autres chats à fouetter. Il y avait quelque part en ville, deux patients qui s'étaient échappés de l'hôpital alors qu'ils étaient sous sa responsabilité. Maggie tenait trop à son poste pour risquer de le perdre aussi bêtement, surtout qu'elle savait où habitait cette idiote d'aide soignante. Alors elle allait débarquer chez elle et faire s'abattre sur ses épaules l'engueulade du siècle. Et seulement après, elle la ramènerait de force à l'hôpital afin que le CDC termine ses analyses. Elle s'engouffra donc dans sa voiture pour se diriger le sud de la ville, bien déterminée à sauver sa place.

Quinze minutes plus tard, la voici arrivée devant le 12 de la rue Lincoln. Elle se gare rapidement, enclenche le frein à main et descend de sa voiture sans prendre la peine verrouiller les portières. Elle sait qu'elle n'en a pas pour longtemps à pousser cette imbécile à revenir à l'hôpital. Et au cas où elle serait contagieuse, elle même prévu de la forcer à monter dans le coffre. On est jamais trop prudent. D'un pas volontaire, elle traverse l'allée qui la sépare encore de la maison, sonne à la porte et tourne la poignée sans attendre qu'on l'autorise à rentrer. D'ailleurs elle a de la chance, la serrure n'était enclenchée. En pénétrant dans le salon, elle aperçoit une silhouette féminine postée devant l'écran de télé, pourtant éteint.
- Dreadstone! Aboya t'elle aussitôt. Tu vas immédiatement lever ton cul de cette chaise et retourner avec moi à l'hôpital!
L'aide soignante obéit sans prononcer la moindre parole et avança lentement vers sa supérieure. Et c'est à ce moment là que l'infirmière en chef put voir son visage: on aurait dit le faciès d'un cadavre, comme un masque Halloween mais en bien plus réel. Horrifiée, Maggie fit un pas en arrière pour prendre ses jambes à son cou. Du moins c'est ce qu'elle voulu faire, juste avant d'être brutalement stoppée par monsieur Dreadstone qui s'était furtivement glissé derrière elle, affichant lui aussi un visage en état de décomposition. Maggie hurla à s'en décrocher la mâchoire et le zombie en profita pour l'imiter. Il ouvrit grand la bouche mais aucun son n'en sortit. Au lieu de ça, un millier de filaments blancs en jaillirent pour paralyser les cordes vocales de sa victime, pour ensuite continuer lentement leur progression en direction du cerveau.

Viral attack - Attaque viraleOù les histoires vivent. Découvrez maintenant