Chapitre 18

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Les branches craquaient sous le poids de ses bottes, le son résonnant contre les arbres qui s'élevaient vers le ciel sombre. Les feuilles s'écrasaient lorsqu'elle les piétinait et les arbustes bruissaient quand les serpents les traversaient. Y/N râla et jeta un coup d'œil au sol, chassant un énième insecte de sa chemise. Elle grogna, laissant sa tête s'affaisser.

— Pourquoi est-ce qu'ils m'ont envoyée, moi ? marmonna-t-elle pour elle-même avant de relever la tête.

La barrière allait parfaitement bien, elle n'avait pas le moindre trou. Le fléau avait été identifié en tant que classe quatre, le plaçant dans la même catégorie qu'une simple tête de mouche. Ieiri avait certifié qu'il s'agissait d'une malédiction banale. Y/N aurait voulu en rester là, mais il était parvenu à franchir la barrière. Ce n'était pas commun. Cependant, Yaga avait insisté pour que le territoire de l'école soit fouillé pour trouver les potentiels fléaux et maîtres des fléaux qui se cacheraient dans les alentours.

Puisque Y/N pouvait détecter n'importe quoi grâce à ses serpents et que Gojo possédait le sixième œil, ils avaient été mobilisés pour le faire. Ils avaient décidé de se séparer pour être plus rapides et pour pouvoir rentrer plus tôt. Y/N avait faim, et Gojo et elle étaient censés manger du katsudon ou des sushis après ça. Ils n'avaient pas encore décidé.

Elle retira ses mains de ses poches et fit craquer ses phalanges pour tromper son ennui puis observa son environnement. Elle n'avait rien vu, exceptés quelques chevreuils et des écureuils. C'était tout ce à quoi elle s'attendait de toute manière. Qu'est-ce qu'elle aurait bien pu trouver d'autre ?

Lorsqu'elle entendit un grondement sourd, Y/N se stoppa. Sur sa gauche. Elle tourna la tête dans cette direction, ses yeux acérés aux reflets E/C rencontrant une paire d'orbes jaunes féroces. Un animal. Le quadrupède fit un pas en avant, faisant rouler les muscles de son corps. Y/N sentit une grimace étirer le coin de ses lèvres lorsqu'elle vit une sorte de loup avec des plaques de fourrure manquantes qui révélaient sa chair. Du sang perlait sur ses sombres poils gris, dessinant des tâches noircies alors qu'une épaisse odeur métallique emplissait l'air.

Pour une personne normale, il ressemblerait à un loup malade et blessé. Mais Y/N savait qu'il n'en était rien. Elle pouvait voir et ressentir une petite quantité d'énergie occulte s'échapper de l'animal. Le loup était déjà mort, il avait l'air d'avoir été attaqué par un animal plus gros que lui. Le corps en lui-même était seulement animé par l'énergie occulte de quelqu'un d'autre. Ce qui signifiait qu'il y avait une autre personne ici.

Y/N se mit instantanément en garde alors qu'elle scannait les alentours du regard, appelant ses serpents autour d'elle. Elle se maudit pour les avoir laissés se promener aussi loin d'elle. S'ils pouvaient repérer la plus petite once d'énergie occulte, Y/N, elle, n'en était capable qu'à partir d'un certain niveau.

Elle se demanda si Gojo avait déjà repéré l'intrus. Elle savait que sa vision était plus précise que la sienne. Aurait-il déjà perçu cette énergie ? Ou bien était-il trop éloigné parce qu'il traînait des pieds pour venir ? Elle laissa un soupir lui échapper, faisant un tour sur elle-même pour scruter les environs.

Une perle de sueur roula sur son visage tandis qu'elle restait attentive, nerveuse. Elle pouvait toujours voir le loup réanimé du coin de l'œil et se demandait s'il comptait faire quelque chose d'autre que de rester planté là. Et pourquoi ses serpents n'étaient toujours pas là ? Ils étaient éloignés, mais pas tant que ça non plus. Merde, ils n'avaient pas été détruits, pas vrai ?

Alors qu'elle levait les mains pour en invoquer d'autres, l'animal se mit à grogner dangereusement puis il rejeta la tête en arrière et poussa un hurlement. Y/N fut surprise, si bien qu'elle vacilla un instant. Elle entendit un bruissement derrière elle et fit demi-tour rapidement. Mais elle ne fit qu'entrevoir quelque chose de noir avant qu'elle ne sente un objet entrer en collision avec le côté de sa tête. Sa vision se flouta et son corps s'engourdit alors qu'elle s'effondrait.

Une silhouette s'approcha de son corps inconscient, un regard attentif porté sur le filet de sang qui coulait sur le côté du crâne de Y/N. Il s'accroupit, sa main gantée attrapant son visage. Il agrippa sa mâchoire et tourna son menton vers lui. Un sourire se répandit sur sa bouche lorsqu'il vit le visage relâché de la jeune femme. Il retira sa main, laissant sa tête retomber sur le côté.

Il prit la cigarette entre ses lèvres, cracha une grosse bouffée de fumée grise dans l'air puis la replaça dans sa bouche. Il claqua la langue, une ombre noire s'éleva du loup avant de rejoindre son corps. L'animal s'écroula dans un bruit sourd, le corps raide. Il se pencha et attrapa Y/N par les jambes avant de la soulever, puis il la jeta par-dessus son épaule.

— Eh bien, fit l'homme d'une voix profonde. Il est temps de te ramener à ton mari. Quelle épouse désobéissante tu fais.

*          *         *

Elle se réveilla dans un sursaut, son corps tremblant à la sensation d'une main caressant son visage. Les chaînes émirent un bruit de protestation alors qu'elle les secouait instinctivement dans tous les sens, les yeux grands ouverts tandis qu'un râle lui échappait. Elle jura en sentant ses bras ramenés derrière elle, restreints. Elle tordit le cou vers son kidnappeur. Ses yeux s'écarquillèrent.

Il leva la main en guise de salut, lui offrant un sourire rassurant accompagné de son doux regard argenté.

— Salut, Y/N-chan.

Tandis qu'elle assimilait lentement ses paroles, lui riait, accroupi au niveau de ses yeux. Les chaînes tintèrent lorsqu'elle s'assit, ramenant ses jambes contre sa poitrine alors qu'elle le dévisageait, choquée. Elle déglutit difficilement en observant la pièce.

— E-Est-ce... Est-ce qu'on est... ?

— Tu t'en souviens encore ! s'écria-t-il joyeusement, suivant son regard qui parcourait la chambre.

Les murs bleu ciel étaient recouverts de marques de craies et de traces de marqueur estompées. Le plafond arborait des étoiles d'un jaune brillant faiblement. Il y avait un petit lit dans le coin de la pièce où reposaient une couverture bleue ainsi que quelques peluches d'animaux. Les posters accrochés aux murs étaient à moitié décrochés, la plupart d'entre eux représentaient des héros de films américains que Y/N ne connaissait que trop bien. Elle avala sa salive, évitant délibérément la tâche noire au beau milieu de la chambre, puis se focalisa à nouveau sur l'homme qui lui faisait face.

— Tu te rappelles avoir peint cette pièce avec moi ? demanda-t-il, la voix emplie de nostalgie alors qu'il la scrutait. Tu étais enceinte de six semaines, c'est bien ça ?

— Qu'est-ce que tu veux de moi ? s'enquit-elle d'un ton tremblant.

— Ce que je veux ? ricana-t-il malicieusement en s'approchant d'elle. Il passa une main dans ses cheveux, laissant les mèches H/C glisser entre ses doigts. N'ai-je pas le droit de voir ma merveilleuse femme ?

— Si tu aimes me voir enchaînée, tu es un pervers, cracha-t-elle.

Elle fit tourner ses hanches et le frappa avec sa jambe. Le bout de sa botte rencontra violemment le coin de sa mâchoire, le faisant basculer en arrière. Elle essaya de se lever mais elle fut contrainte de s'arrêter lorsqu'il agrippa ses chaînes et qu'il la tira de force vers le sol. Elle grimaça lorsque son épaule heurta méchamment le béton.

— T'es une putain de salope, siffla-t-il en se frottant le menton.

Quand il tira sur ses chaînes, elle glapit, attirée malgré elle vers lui. Sa main s'enroula autour de sa gorge, si bien que les yeux de la jeune femme se rétrécirent en deux fentes féroces. Il vit sa bouche s'entrouvrir et en profita pour y enfoncer son pouce, le pressant contre sa langue. Il la força à s'adosser au mur, et elle répondit en lui mordant férocement le doigt. Il resta néanmoins de marbre puis s'empara de sa mâchoire avec une poigne de fer.

— Ne. Me. Bave. Pas. Dessus, gronda-t-il, retirant son pouce de sa bouche.

Elle tourna la tête, cracha puis s'essuya la bouche sur son bras. Elle le fixait au travers de ses mèches folles qui tombaient devant ses yeux, lui arrachant un sourire.

— Relâche-moi tout de suite... Rokuro.

*          *          *          *          *

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