"Je distingue les mois à leurs habits de soleil ou de pluie,
Les midis à leurs formes variées et multicolores ;
Je vois surgir les ombres de la nuit,
J'entends les heures mornes sonner dans l'insouciance
(...) J'atteste les efforts de mes terrestres compagnons,
Je vois des assemblées qui se forment, exultent, se séparent ;
Le doigt brutal de la mort, la morsure du chagrin,
La multitude des labeurs qui sont le propre des vivants.
(...)J 'attendis dans l'angoisse. Mais nulle réponse.
Pas le moindre message, ni quelques doux murmures
Qui viennent éloigner les limites de mon savoir.
Et l'Ignorance, pensive : Quand un homme tombe,
c'est pour toujours. "
Thomas Hardy.
Durant la semaine qui suivit, mon esprit était pleinement occupé à réfléchir au récent récit de cette légende que j'avais entendu quelques jours plus tôt. Cela m'avait intrigué et j'en étais ainsi venue à me poser des centaines de questions à propos de l'authenticité de l'histoire. Après tout elle devait sans aucun doute circuler à Blossomwood depuis des années déjà... Pourtant aujourd'hui encore, elle terrifiait les élèves de l'école. Ils y croyaient tous sans la moindre exception, elle était devenue dépendante d'eux-mêmes, dépendante des lieux mais surtout dépendante des peurs les plus profondes de chacun d'entre nous.
Personne n'osait s'aventurer dans le "Damned Path" de peur de rencontrer le fantôme de Mélissande Brook. Ils avaient peur pour leur âme, peur de la mort. Cependant Ils restaient mystérieux lorsqu'on essayait d'en savoir davantage sur l'amour passionné qu'avaient autrefois entretenu le roi et de la courtisane. C'était un sujet tabou, c'était leur secret, leur histoire cachée, leurs révélations intimes, c'était beaucoup de choses à la fois.
C'était un récit étrange, un récit à la fois terrifiant et intrigant. Je voulais en savoir plus, je devais en savoir plus, c'était comme un besoin, il s'agissait de quelque chose d'impérative et j'espérais bien découvrir plus d'informations à ce sujet. L'histoire d'une jeune femme faisant don de son âme au diable dans l'espoir de revoir son amant n'était pas une histoire courante, le concept était assez complexe à imaginer, cela dépassait le réel et nous avions déjà semé la cohérence, pourtant je ne pouvais m'empêcher d'avoir peur. Oui j'avais peur, peur de quoi ? Peur d'elle, de Mélissande, car depuis que j'étais arrivée ici, à Blossomwood, j'avais senti cette étrange atmosphère, je l'avais senti, elle, entrain de nous épier, jetant son regard noir comme le plumage d'un corbeau sur l'école tout entière. J'avais eu ce pressentiment, c'était indescriptible.
La semaine jusqu'à jeudi avait défilé à une allure folle. J'avais subi une punition assez convenable pour avoir enfreints le règlement lors du premier jour, mais ce n'avait pas été aussi grave que je m'y étais attendue. J'avais déjà une tonne de devoirs sur le dos que je n'avais visiblement pas commencé, ainsi que beaucoup de choses à retenir : des leçons, des formules, des définitions. On pouvait dire que l'année commençait en beauté. Le seul moment de la journée que je pouvais pleinement apprécier tout en me détendant était la pause déjeuné ou encore les soirées au Student Lounge. J'avais assisté à de nombreux cours jusqu'à présent, et pour l'instant, seule la professeure d'histoire restait encore inconnue à mes yeux, je n'avais même pas osé demander des précisions sur ce sujet à Sacha ou à John car je préférais de loin avoir la surprise le jour-même, et il se trouve que ce jour n'était autre que celui-ci. Cependant c'était aussi le jour du bal de rentrée.
Le soleil venait tout juste de se lever en cette paisible matinée du jeudi et j'avais ainsi profité de ma première heure de libre afin de m'avancer dans mes révisions. J'étais assise par terre, au beau milieu des champs de fleurs, légèrement distraite par la beauté époustouflante du paysage. Je ne cessais de mordiller mon crayon de papier qui était déjà marqué de la trace à peine perceptible de mes dents. Je regardais l'horizon, me demandant quel pouvait être le sentier qualifié de "Damned Path", mais les possibilités étaient beaucoup trop nombreuses.
Les senteurs des multiples fleurs se mêlaient en une ravissante odeur de printemps prématuré, venant chatouiller mes narines avec délicatesse. C'était agréable de travailler en un tel endroit, j'avais la véritable impression d'être isolée du reste du monde et à dire vrai, ce sentiment était exquis. Il n'y avait personne au dehors en cette heure matinale et ainsi je pouvais profiter avec aisance de cette tranquillité pourtant si rare. J'étais rêveuse, j'avais plongé dans mes rêves les plus saugrenus en contemplant les nuages, cachant avec peine les premiers rayons d'un soleil à éclat prometteur.
Mais soudain, des bruits de pas vinrent interrompre mes pensées. J'étais dos à eux, et ils se dirigeaient pourtant droit vers moi, me faisant sursauter timidement. Je me retournai pour faire face à la personne que je haïssais le plus dans cette école et qui n'était autre que ce prétentieux de Landley.
-Qu'est-ce que tu fais là ? Demandais-je alors sur un ton défensif.
Ce dernier s'approcha de moi et vint s'accroupir à quelques centimètre de mon cercle de confiance. Je le considérai un instant de la tête au pied, constatant que ces vêtements étaient très chics comme à son habitude.
-Ne t'emballe pas Dawkins, je suis simplement venu te demander un stylo, Rachel m'a volé ma trousse.
-Tu peux toujours rêver, même mon stylo ne voudrait pas de toi.
Son visage se décomposa et il crispa sa mâchoire tout en continuant à me fixer intensément. Je ne savais pas exactement pourquoi, mais une vague de déception m'avait tout à coup submergé en apprenant sa demande. Mais enfin à quoi m'étais-je attendue ? Je pouvais vraiment être stupide parfois...
-Oh arrête un peu tes manières la pyromane.
A sa réplique, je me tournai un peu trop brusquement afin de voir pleinement son visage en face du mien. Je lui lançai un regard noir et la déception qui m'avait accablée se transforma soudain en une colère grandissante que je n'arrivais que très peu à contrôler. Pourquoi ressentait-il sans arrêt le besoin de me dénigrer comme cela ? Est-ce qu'il se sentait plus fort ? Y prenait-il du plaisir ?
Mais pourquoi possédait-il ce visage angélique qui me faisait perdre le contrôle ? Après tout, ce n'était qu'un petit fils à papa, tout comme je l'avais remarqué la première fois que je l'avais vu dans le "Sailing Blossom". J'avais très envie de l'insulter, de partir, de pleurer même... Mais si j'agissais en ces actes, je montrais ma faiblesse et ma lâcheté et ce n'était en aucun cas ce que je voulais.
-Vas-y prends le ton stylo, finis-je par lâcher d'une voix insolente.
Il esquissa alors un sourire en coin, reflétant visiblement sa fierté, puis il s'approcha d'encore plus près tout en se penchant très lentement afin d'attraper l'objet de ses désires qui se trouvait juste dans ma trousse. Nos visages n'étaient qu'à quelques centimètres l'un de l'autre et je pus alors sentir son odeur incroyablement enivrante qui m'atteignit avec vivacité. C'était le parfait mélange d'un parfum viril composé de de quelques notes fruités qui provoquait sur moi un effet inattendu. Il ne fallait pas que je le regarde, il ne fallait pas que je lève la tête, il fallait que je fixe le sol sans ciller.
Mais j'avais l'impression qu'il ne bougeait plus, ce cours instant paru durer une éternité. Quand diable allait-il s'en aller et me laisser en paix ? Ce garçon était un vrai cauchemar !
Alors que je luttai de toutes mes forces pour ne pas croiser son regard, mon esprit et mon subconscient m'abandonnèrent totalement. Dans un élan de folie, j'avais décidé de lever la tête vers lui, constatant qu'il m'observait déjà, de ses yeux gris hypnotisant, ces deux pierres précieuses que j'avais rencontré par hasard lors du repas dans le réfectoire à mon premier jour de cours, ce regard que je n'avais pas pu dévier... Cette connexion était étrange.
-Maintenant que j'ai ton stylo, dit-il en me montrant l'objet d'un air confiant, nous sommes appelé à nous revoir... Bonne journée Dawkins.
Derechef, il se leva et me tourna le dos, reprenant sa démarche assurée et séduisante tout en s'éloignant. Je m'en voulais déjà.
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Blossomwood
Mystère / ThrillerSamantha Dawkins est une jeune adolescente rebelle de 17 ans. Après avoir été injustement accusée d'avoir tenté de mettre le feu à son établissement scolaire, un prestigieux lycée privé, elle est renvoyée sur le champ sans autre forme de procès. Alo...
