Titre du Chapitre

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Je me sens comme pétrifiée, mais il faut que je réagisse, et pour moi, à cet instant la meilleure solution, c'est la fuite. Et c'est ce que je ne tarde pas à faire, sans un regard pour Jon. Je suis trop énervée, choquée et surtout dégoûtée de moi-même. Toutes mes dernières années me reviennent en pleine gueule, je croyais avoir réussi à oublier un peu, mais en fait pas du tout.
En revoyant « papi », je repense à tous ces regards immondes, ces caresses dégoûtantes de tous ces hommes, et surtout d'Yvan. Il faut que je me rende à l'évidence, j'ai essayé de gagner un max de fric, pour faire sortir ma soeur de prison, très vite, mais en même temps je me suis enfermée à tout jamais, dans mon passé !
Je dévale les escaliers et me retrouve très vite dans la pièce principale de la boite avec la musique à fond, je regarde vite fait la piste de danse et voit Julie et Clara danser au centre, elles sont en nage. Je ne veux pas les déranger avec mes problèmes et en même temps je n'ai pas envie d'en parler à qui que ce soit, alors je continue de faire comme j'ai toujours fait, je fuis.
Je me fraie un chemin parmi tous les gens qui font la fête, et en arrivant vers la sortie, je la voie, appuyée contre un mur. Betty ! Elle n'a pas l'air bien, le regard dans le vague et les mains qui tremblent. Je n'ai pas fait attention tout à l'heure, mais elle a énormément maigri. Je détourne le regard, ce n'est pas mon problème. Je veux juste rentrer chez moi, retrouver Sacha et me fourrer sous ma couette.
J'ai de la chance, en sortant j'arrive à interpeller très vite un taxi. J'ai au moins cette satisfaction de me dire que je serai bientôt chez moi, seule.

En rentrant, Sacha me fait tout de suite comprendre qu'il a faim, je le prends contre moi et accède à sa demande.
Je m'asseois un instant sur mon lit et éclate en sanglots, je n'en peux plus ... quand je crois que ma vie commence enfin à reprendre un chemin à peu près normal, que je pense peut-être avoir retrouver Jon, et bien non ... tout s'effondre de nouveau ... oh Sara comme j'aimerais que tu sois à mes côtés, tu me manques tellement.
Après avoir pleuré toutes les larmes de mon coeur en écoutant John Legend et ses chansons d'amour, j'ai envie d'un verre, je sais qu'il me reste une bouteille de vodka sous l'évier, j'ai juste envie de m'endormir sans trop réfléchir et je ne vois que cette solution !
À mon deuxième verre quasiment cul sec, j'entends mon téléphone sonner, il est sur le lit et moi sur le canapé, mais je n'ai pas la force de parler à qui que ce soit, je verrai demain matin ! Mais l'effet qu'à l'alcool sur moi, n'est pas du tout le résultat que j'attends, au contraire, je me remets à pleurer, j'ai même envie d'hurler.
Je me resserre un verre, je ne sais plus à combien j'en suis maintenant. J'entends au loin, de nouveau, la sonnerie de mon téléphone.
- Mais putain, foutez moi la paix, je veux être seule ! Je crie.
Sacha, couché à côté de moi, sursaute, s'étend puis se retourne pour continuer sa nuit.
- Tu en as de la chance Sacha, moi aussi, je voudrais bien pouvoir dormir !
Enfin je crois avoir dit ça, parce que je sens que je n'arrive plus à articuler correctement, n'y même penser ... ah enfin !!!
- Tu sais, Sacha, je ne comprends pas pourquoi je n'arrive pas à être heureuse comme tout le monde ! Ou plutôt si, je sais, je suis punie, et je serais toujours punie pour ce que j'ai fait à Sara ! Rien de tout ça aurait dû arriver si j'étais restée avec elle. Elle serait toujours près de moi et on serait heureuse ! Mais moi j'ai tout foutu en l'air, bordel, comme toujours !
Mon téléphone sonne de nouveau, j'arrive péniblement à me lever, l'attrape et l'explose contre le mur.
- Ferme ta putain de gueule Jon !
Je dis ça sans même savoir si c'est lui qui essaie de m'appeler, c'est juste qu'il m'insupporte pour l'instant, je ne veux pas le voir, ni même entendre sa voix sexy au téléphone, qu'il me laisse tranquille, merde !
Je me rasseois sur le lit cette fois, ma tête tourne beaucoup trop ! Mais je veux atteindre mon objectif, dormir sans penser au lendemain. Alors dans un effort presque surhumain, je me lève et attrape la vodka. Je ne m'embête plus avec un verre, je bois directement à la bouteille.
Mais ma tête penchée en arrière me fait perdre l'équilibre, je bascule sur le côté du lit, pendant une seconde je crois que je vais pouvoir me rattraper mais je m'étale magistralement parterre. J'entends vaguement la bouteille éclater contre ma table de nuit.
Je ne sais pas combien de temps je reste allongée au sol, mais quand je me décide enfin à me relever, je sens une vive douleur au niveau de ma main droite. Je tente de m'asseoir sur mon lit et de regarder ce qu'il m'est arrivée. Je saigne. Il faut que je nettoie cette plaie. J'ai dû poser ma main sur un morceau de verre parterre en essayant de me mettre debout.
En regardant ma main, mes larmes reviennent. Je suis qu'une merde, même prendre une cuite, je n'arrive pas à le faire correctement.
Et là, le plus impensable me vient en tête, en regardant les morceaux de verre au sol. Je pourrais vite m'endormir et surtout je ne me réveillerais pas ! Je ne serais plus là, je ne souffrirais plus, je ne sentirais plus cette culpabilité si atroce encrée en moi pour toujours. C'est ça que je veux ! Que tout s'arrête !
Mais une nausée intense me prend, j'essaie par tous les moyens de me rapprocher de ma salle de bain, mais je tourne tellement que je m'effondre de nouveau à quelques mètres de mes toilettes. En levant la tête, Sacha passe à côté de moi en se frottant, mais il n'est pas seul, ils sont deux voire même trois. Mais qu'est-ce que c'est que ce délire, y'a combien de chats dans mon appart !! Je n'y réfléchis pas longtemps parce que mon ventre me rappelle immédiatement tout le liquide alcoolisé que j'ai ingurgité et qui voudrait faire le chemin inverse. Cette fois-ci, j'atteins mon à objectif. Je vomis toutes mes tripes, par la bouche mais aussi par le nez. Je me dégoûte tellement !
J'entends de loin, de très loin, des gens qui tambourinent à une porte, mais je suis incapable de me concentrer, je reste la tête appuyée contre la cuvette en attendant la prochaine nausée.
- Milla ? Milla ?
J'entends des voix, mais mes yeux sont trop lourds et mon corps ne répond plus du tout. Je me mets à sourire tout de même, on dirait Sacha qui m'appelle, n'importe quoi !!!
- Elle est là Jon !!!
On me soulève, j'aimerais pouvoir me mettre debout sur mes jambes, mais je n'ai plus la force.
Je reconnais immédiatement cette odeur. C'est Jon, il est là, mais n'est pas tout seul, d'autres personnes autour de lui bougent, beaucoup trop vite à mon goût.
J'ai envie de crier de me laisser tranquille, j'étais bien toute seule. ( Laissez moi dans ma merde, c'est tout ce que je mérite. )
On me repose enfin, mais sur quelque chose de dur, de froid, c'est pas mon lit ! Mais putain, qu'est-ce qu'ils font ? (Je veux dormir, cassez vous !!!)
J'entends de l'eau couler et petit à petit je la sens sur mon visage, mes cheveux, mon corps. Ça me fait du bien, j'ai l'impression de flotter, de reprendre un peu vie. Mais est-ce que j'ai vraiment envie ! J'étais bien dans ce petit moment suspendu, rien ne pouvait m'atteindre, je n'avais plus mal, je ne sentais plus de culpabilité, plus rien !!
- Laisse moi faire Julie, je m'en occupe ! Est-ce que tu peux me trouver de quoi lui désinfecter sa plaie ?
- Ok je te ramène ça, et je vais aller nettoyer l'appart ! Parce que ça pue la vodka !
Jon me ramène les cheveux en arrière et continue de me les nettoyer en douceur. Je suis bien, mais je n'arrive pas à m'empêcher de trembler, alors il retire sa chemise et son jean puis s'installe assis en caleçon derrière moi en me prenant dans ses bras.
Pourquoi est-ce qu'il fait ça ? Pourquoi il est gentil et l'espace d'après il détruit tout ... ou alors c'est pas lui mais moi qui brise tout, comme je le fais tout le temps.
Il m'enlève mon haut et mon soutien-gorge. Je ressens sa chaleur dans ce corps à corps, mes tremblements s'estompent petit à petit. On reste comme ça un moment, j'entends Julie lui signaler qu'elle a trouvé du désinfectant et des bandages qu'elle pose sur le lit.
Oh ma Julie ! Merci d'être là pour moi depuis le début. Je commence à reprendre légèrement mes esprits, en ouvrant doucement les yeux, je le découvre penché sur moi, l'eau de la douche ruisselant sur son visage, il est si beau, si sexy ! Pourquoi il s'acharne à s'occuper de moi, je n'en vaux pas la peine, j'ai envie de lui crier de partir, de me laisser, d'aller retrouver Betty ! Mais je n'en ai pas la force, ni physiquement ni psychologiquement, ça me fait tellement du bien d'être dans ses bras.
- Pardon, bébé ... pardon pour tout ...
Je ne comprends pas ce qu'il cherche à me dire ... Betty ... sa soeur ... et maintenant « papi » dans son bureau ! Trop de secrets !
Il embrasse légèrement ma lèvre inférieure, ce qui a pour effet de me faire ouvrir de nouveau les yeux. Je lui rends doucement son baiser, je garde ma tête en arrière, il pose délicatement son front contre le mien.
- Je suis prêt maintenant ! Me dit-il doucement.
Je l'entends à peine. Puis il se met debout, éteint la douche et dépose une serviette sur mon corps puis me soulève dans ses bras. Je colle ma tête dans son cou, là où je me sens le plus en sécurité à ce moment-là.
- Me laisse pas ! Que j'arrive à marmonner.
- Jamais ! Je suis là, je ne pars plus.
Il me dépose sur mon lit puis soulève les couvertures pour que je puisse m'y allonger. Avant il retire le reste de mes habits trempés. J'entends vaguement Julie et Scott discuter à côté de moi.
- Tu crois qu'elle a essayé ? C'est pas possible Scott, non c'est pas possible !
- Je sais pas, ma douce, mais ne t'inquiètes pas, Jon va bien s'en occuper !
Je crois que Julie est en larmes. J'aimerais la prendre dans mes bras, la rassurer. Mais mes yeux sont trop lourds, je n'y arrive plus. Jon ramène les couvertures sur moi puis me caresse doucement les cheveux et m'embrasse sur la joue. Je le sens prendre ma main blessée, y appliquer un spray et un pansement. J'ai envie de le remercier, de lui dire que ça fait du bien d'avoir quelqu'un qui prend soin de toi.
Mais la dernière chose que je vois et que j'entends, c'est une grosse boule de poil se coller contre moi en ronronnant.

Indirect guiltyOù les histoires vivent. Découvrez maintenant