Pdv Miyû
Assise sur le sol froid, mon regard était fixé sur une grande horloge. Le son répétitif...Attendez. Qu'est-ce que je faisais là ? Pourquoi je ne pouvais pas bouger ?
Le son de l'horloge se modifiait petit à petit, mais on pouvait quand même entendre un clair changement. Il devenait peu à peu le son de battements de cœur, en même temps que l'horloge s'effaçait. Puis ce fut au tour du seul bruit de s'effacer progressivement lui aussi.
Je réussis enfin à me lever. Je tendis la main vers l'endroit où avait été l'horloge, comme pour toucher le bruit. Mais c'était impossible. On ne pouvait pas toucher le bruit. Ni une chose qui n'existait plus.
Car le son de ces battements de cœur s'était évanoui après que ma main se soit tendue vers lui. Vers Gakushû.
J'ouvris les yeux. Mon souffle était devenu précipité par la panique, et je mis quelques secondes à le calmer. Je m'assis et regardai l'heure sur mon téléphone. A peine deux heures du matin. Ne pouvais-je pas avoir des bonnes nuits de sommeil de temps en temps ?
Je baissai la luminosité de mon téléphone et décidai de trainer dessus, sans vraiment y penser. Quelques secondes plus tard, j'étais sur mes messages avec le roux. Je ne m'en étais même pas rendu compte. Et mes doigts commencèrent à taper tout seul.
Tu dois me détester. Non, tu me détestes, la question ne se pose même pas. Je ne sais même pas pourquoi je t'écris, c'est idiot. Le désespoir on va dire.
Ouais, le désespoir. Tu l'as pas remarqué, puisque tu viens plus au collège, mais je suis devenu un fantôme. Je n'existe pas. Tu sais, quelqu'un (j'ai oublié son nom, comme toujours) avait dit que quelque chose n'existait que si quelqu'un disait qu'il existait. Personne ne me parle. Personne ne me voit. Je crois que maintenant, je n'existe plus que grâce à Karma.
Oui, Karma. C'est fou mais il s'inquiète pour moi maintenant. Après tant d'années à me rabaisser constamment, ce n'est que quand je montre que je suis vide au fond de moi qu'il s'inquiète. C'est trop tard pour s'inquiéter à présent.
En parlant de s'inquiéter, il a quelqu'un qui s'inquiète pour toi. Et pas que moi. Si tu revenais au collège, ne serait-ce qu'un jour, peut-être que ça irait mieux pour cette personne ? Mais tu ne le feras pas.
Pourquoi je sais que tu ne le feras pas ? Parce que je te connais. Je te connais mieux que quiconque. Ce n'est pas moi qui le dit, c'est toi. Tu te souviens ? Quand tu m'avais dit que j'étais beaucoup trop attachée à toi, tu avais rajouté que tu l'étais aussi. Parce que j'étais la seule personne qui te connaissais vraiment, et surtout parce que tu m'aimais.
Oula, le cliché du ''Tu te souviens ?''. J'ai même pas fait exprès. Promis, j'arrête. Sinon je vais me mettre à chialer comme une faible, et on sera pas sorti de l'auberge.
Je ne me suis jamais senti aussi vide de toute ma vie. La vie n'a plus aucun sens à mes yeux. Je ne comprends plus ce monde. Enfin, je ne l'ai jamais compris. Toi non plus d'ailleurs, mais quand même plus que moi.
Si je me sens vide, pourquoi je t'ai abandonné me diras-tu ? Parce que j'avais peur, et que j'ai toujours peur. Peur de l'abandon. Alors j'ai préféré t'abandonner plutôt que tu finisses par m'abandonner après que je t'ai lâché pour des idiots. Je suis si stupide.
Je t'aimais, je t'aime et je t'aimerais.
Je ne comptais plus le nombre de couper que j'avais dû faire pour pouvoir écrire ce texte en entier. Arrivée à la dernière phrase, une larme roula sur ma joue. Pourquoi c'était si dur...Pourquoi ça faisait si mal...De me dire que je l'aimais...
Je relus rapidement ce que j'avais écrit. C'était trop stupide. Je ne pouvais pas lui envoyer ça. Surtout que je n'en avais pas le courage...
Je supprimai tout mon texte et posai mon téléphone sur mon bureau. J'avais mal à la tête, mais ça ne changeait pas de l'ordinaire.
Pourquoi j'avais tout supprimé ? C'était trop tard pour faire marche arrière mais une partie de moi m'en voulait. Cette partie de moi égoïste qui avait besoin de Gakushû pour vivre.
Je ne pouvais pas le laisser sans explication, sans au moins un faible pardon. C'était impensable. Qui pourrait faire sérieusement ça ?
Bah moi du coup. Je soupirai, exaspérée par mon horrible comportement. J'avais un merveilleux don pour devenir la personne que je ne voulais pas être. La méchante. Et bah bravo ! On réussit vraiment rien ici ! pensai-je.
Il devait être trois heures du matin. Ou plus peut-être ? J'avais la flemme de regarder sur mon téléphone.
Je me rallongeai et essayai de me rendormir. Mais c'était impossible. Les souvenirs défilaient devant mes yeux, presque littéralement. Je devais le voir. Je devais le voir.
Sauf que là il était trois heures du matin. Et même si on était plus tard, quatre heures du matin c'était quand même trop tôt pour déranger les gens. Et que Nozomi allait sûrement me claquer la porte au nez. Bonjour l'ambiance.
J'abandonnai l'idée de dormir et ouvris mon placard. J'attrapai des habits un peu au hasard et les enfilai. Je me rassis sur mon lit et attendis. Attendre quoi ? Je n'en savais trop rien. Une heure convenable pour aller déranger les gens, peut-être.
J'entendis le réveil de mon frère sonner et sa porte s'ouvrir. Il était donc exactement sept heures. Pas si chiant que ça, le réveil.
Je décidai de me lever et entrai dans la cuisine. Le garçon aux cheveux rouges semblait surpris de me voir, encore plus de me voir déjà prête.
-Tu vas retourner au collège ? me demanda-t-il avec un sourire naissant.
-Non, répondis-je sèchement.
Son sourire s'évanouit aussitôt, mais il ne dit rien. Il préféra laisser un silence lourd s'installer, jusqu'à qu'il se lève un peu brusquement.
-Bon, j'y vais moi..., marmonna-t-il sans attendre de réponse.
-Bons cours, soufflai-je.
Je ne savais pas s'il l'avait entendu, puisque j'avais parlé très bas, plus pour moi-même qu'autre chose. Mais ce n'était plus mes affaires à présent.
Il sortit donc de la pièce et de la maison. Je jouai un peu avec mes cheveux trop longs. Allez, un peu de courage ce ne serait pas de refus.
Je pris mon téléphone et le glissai dans la poche de ma veste. J'attrapai les clés de chez moi et sortis à mon tour, refermant la porte à clé derrière moi.
Mes pas me guidèrent automatiquement vers la maison de celui que j'aimais. Waouh, on n'en est à ce point-là ? Parfois je me dégoutais.
J'avais l'impression d'avancer trop lentement, ou que le chemin était plus long que d'habitude. Mais je marchais à une vitesse normale et le chemin était le même que d'habitude.
Mais mes pas restaient à la lenteur d'une tortue handicapée comparés à mon rythme cardiaque. J'avais l'impression de courir un marathon tellement mon cœur tambourinait dans ma poitrine.
J'arrivai enfin devant sa maison. Je levai ma main pour toquer, mais je la baissai aussitôt pour reculer. Ah non, pas encore une fois ! C'était trop tard pour renoncer ! Tant pis pour mes peurs, tant pis pour la vie ! Il était plus important que tout !
Je toquai doucement. Personne ne me répondit. Je toquai une deuxième fois et entendis quelqu'un crier qu'il arrivait d'une voix fatiguée.
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Coincée dans le corps d'une Alpha (Asano x oc)
FanficJe m'étais toujours dit que je n'aurais pas dû naitre Alpha. Je n'avais rien d'une Alpha, si ce n'est que l'intelligence. Mais j'avais le physique d'une Oméga et ça suffisait pour qu'on me traite comme telle. J'aurais dû naitre Oméga.