Même si la capitale me rappelait majoritairement de très mauvais souvenirs et ne me laissait qu'un goût amer en bouche, c'était ici que j'avais décidé de poser à nouveau mes valises. Après avoir vécu plusieurs années à l'étranger, j'avais constaté que tout me ramenait à Paris. Grâce aux larges bénéfices des ventes de mon dernier roman, j'avais pu acquérir un petit pied à terre dans le très luxueux 16 ème arrondissement. Ce qui est un euphémisme puisque j'étais l'heureuse propriétaire d'un charmant appartement de 70 mètres carrés.
Une fois rentrée de la conférence, il ne me restait que très peu de temps pour me préparer afin de rejoindre le lieu de rendez-vous fixé par Bill. Sur le chemin du retour, j'avais beaucoup hésité à m'y rendre, tiraillée entre l'envie presque insoutenable de le revoir et la peur de ré-ouvrir des plaies mal cautérisées. Malgré tous les stratagèmes et diversions que j'avais réussi à instaurer à mon esprit durant ces deux dernières années, mon coeur était plus difficile à berner.
Après avoir évacué, par le siphon de la douche, toutes les tensions accumulées de la journée, je me dirigeais nue vers mon dressing. Je sortis la plus belle pièce de ma penderie, une robe crayon noire, boutonnée dans le dos et dont le décolleté laissait entrevoir mes épaules nues. Et pour cause, je me devais d'être sensationnelle. J'optais pour un maquillage glamour, traits d'eye-liner et bouche carmin. En appliquant soigneusement mon rouge à lèvre, je repensais à Bill, la manière dont il avait ressurgi dans ma vie et l'impact que cela avait eu sur moi. Des bribes du passé me revinrent à l'esprit mais je les chassais immédiatement d'un geste de la main afin de ne pas sombrer dans la mélancolie.
Toutefois, une chose était claire : je ne devais pas me laisser surprendre à nouveau et laisser paraitre à quel point cette relation m'avait affecté. Cette fois-ci, je m'y étais préparée et ne montrerai aucune marque de faiblesse. Désormais, c'est moi qui mènerait la danse. Mon apparence devait parfaitement refléter le style de femme que j'étais devenue, forte et impitoyable. Il devait surtout envoyer le signal que je ne me laisserai intimider sous aucune forme. Cette période était terminée et elle ne renaitrai aucunement de ses cendres.
Un coup de téléphone m'indiqua de l'arrivée imminente de mon chauffeur. Cela me laissa encore le temps de me parfumer et de mettre mes escarpins qui affinaient ma silhouette longiligne. L'heure était venue et même après avoir fait ce beau discours devant mon miroir, mon coeur battait à la chamade. Je descendis les marches, chancelante, et manqua de me rompre le cou dans les escaliers.
- Bonsoir Madame Evans, où puis-je vous déposer ?
- Bonsoir, au Mandarin Oriental Hotel, s'il-vous plait.
Durant mon trajet, j'essayais de faire le vide dans ma tête. Assez complexe car j'avais mille et une questions qui s'y logeaient. Une chanson de l'artiste LESCOP passait en fond sonore, une ironique coïncidence qui me laissa bien pensive.
« Tu incarnes le mal mon ange. Tu es coupante comme un couteau. Il est bien dommage et bien étrange que le mal soit si beau ».
J'arrivais devant le Mandarin Oriental Hotel et inspirais profondément. Typiquement le style d'endroit qui ne me ressemblait pas et que je détestais fréquenter. Après une dernière cigarette, je franchis le hall de l'hôtel et me dirigeais vers la réception.
- Bonsoir Madame, bienvenue au Mandarin Oriental. Comment puis-je vous aider ?
- Bonsoir, j'ai rendez-vous avec Bill Kaulitz. Pouvez-vous le prévenir de mon arrivée s'il-vous-plait ?
- Monsieur Kaulitz vous attend déjà au Lounge, Madame. Suivez-moi, je vais vous y conduire.
Le réceptionniste m'ouvrit la voie et me fit traverser un long couloir dont les lumières annonçaient une ambiance sensuelle et intimiste.
- Le Lounge est derrière cette porte. Je vous souhaite une excellente soirée, Madame.
Avant de franchir la porte dorée, je regardais la fine et élégante montre qui ornait mon poignet. 19H59, pile à l'heure. Avant de poser la main sur la poignée de la porte, je revêtis mon plus beau masque d'indifférence et de nonchalance. J'étais une tout autre personne, du moins, je l'espérais. J'entrais discrètement dans la salle aux lumières tamisées, à l'ambiance feutrée et au parfum luxurieux Je n'étais guère étonnée par ce choix.
Durant de longue minutes, je restais sur le seuil de l'entrée, le cherchant des yeux, en vain. Cela n'était pas si compliqué de retrouver un blond peroxydé aux cheveux gominés ! Mon regard fut attirer vers un coin de la pièce, et je su instinctivement. Mes poils se sont hérissés et je su au plus profond de mon âme que c'était lui, je pouvais le ressentir au fond de mes entrailles, ça en était presque bestial. Bill me dévorait du regard, pinçant ses lèvres charnues et jouant avec les deux perçings qui les ornaient. Vêtu d'une chemise noire en satin légèrement entre-ouverte et d'un pantalon en cuir noir, je crevais littéralement de désir pour lui, serrant inconsciemment les jambes. Intérieurement, je jubilais de l'effet produit sur lui mais restait complètement impassible. J'avançais à pas feutrés, une démarche presque féline. Tout ce stratagème était entièrement calculé.
Quelque chose me fit m'arrêter net, un détail qui, pour une fois, m'avait échappé. Une personne se tenait déjà assise en face de lui. Je ne connaissais que trop bien cette chevelure brune et ondulée et cette carrure robuste. Dans tous les schémas que j'avais répété en boucle, je ne m'attendais pas à celui-ci. Qu'est-ce-que cela voulait dire ? Je ressentis, presque instantanément, une bouffée d'angoisse, traverser chaque parcelle de mon corps. Malgré tout, je ne me laissais pas me dégonfler et trouvais le courage d'avancer jusqu'à ce qu'il se retourne pour me faire face.
- Tom, soufflais-je.
Trois petites lettres qui m'avaient entièrement ébranlé en seulement quelques secondes. Je restais, l'espace d'un instant, figée au milieu de la salle. Tom me dévisageait également avec le même regard avide qu'avait son frère quelques minutes auparavant. Mon souffle était coupé et je manquais d'air. Nous restâmes un long moment à nous détailler avant que je ne prenne la décision de faire demi-tour. S'en était trop pour moi. Même si je puisais dans toute la rage et la colère que j'avais accumulé ces dernières années, je ne pouvais pas les affronter, une nouvelle fois, au risque de rouvrir toutes les plaies que j'avais essayé de refermer avec acharnement.
Tom se leva d'un bond, manquant de renverser sa chaise. Je sentis son pas lourd derrière le mien.
- Restes !, m'ordonna-t-il en me tirant brusquement le poignet. Tu nous dois bien cela !
- Ne me touches pas !, criais-je en essayant de me dégager de son emprise.
L'ambiance était électrique et afin d'éviter tout scandale, Tom finit par lâcher mon poignet. Je pris le temps de la réflexion, perdant mon regard dans le sien et je me décidais à le suivre jusqu'à la table où son frère nous attendait patiemment parce qu'après tout, il avait raison : je leur devais bien cela. Il me désigna une chaise en bout de table afin que je puisse y prendre place.
- Tu veux boire quelque chose ?, me demanda Bill, feignant la normalité de cette situation.
- Un martini blanc, répondis-je sèchement.
En attendant que mon verre me soit servi, un silence s'installa entre nous trois. Tom était agité et ne cessait de détourner la tête n'osant me regarder alors que Bill avait les yeux perdus dans son cosmo. Et moi, du coin de l'oeil, je détaillais et admirais leur beauté divine, presque surnaturelle. L'arrivée du serveur n'arrangea pas les choses. Je les regardais à tour de rôle, interloquée de les voir réunis trois ans après comme si tout cela ne c'était jamais vraiment passé.
- Pour quelle raison êtes-vous ici, tous les deux ?, interrogeais-je, avec tout le courage que je possédais en réserve.
C'en était la goutte d'eau de trop pour Tom. Il sortit mon roman et le jeta nerveusement sur la table. Ses yeux étaient révulsés et sa colère palpable.
- Comment as-tu osé ?
Je baissais les yeux sur mon verre et un profond silence s'installa.
- Je n'ai raconté que la vérité...., articulais-je lentement.
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Equilatéral
FanfictionMadeleine Evans, jeune auteur a succès, a subi une terrible perte qui l'entraine, un peu plus chaque jour, dans une spirale auto-destructrice. Afin de la sortir de cet engrenage chaotique, son manager lui fait signer, malgré elle, un contrat en coll...