Je profitais des quelques jours qui me restait pour découvrir la ville de Los Angeles comme une simple touriste, évitant soigneusement les lieux frivoles où j'étais susceptible de recroiser, par un hasard fortuit, les deux inconnus. Le jeudi suivant, je me rendis, comme convenu, à l'adresse que m'avait indiqué Zita. Je découvris des locaux modernes et tout confort. Zita m'accueillit en bas de l'escalier et nous montâmes, sans tarder, dans les étages supérieurs.
- Bonjour Madeleine, comment vas-tu depuis la dernière fois ?
- Je vais bien Zita, je te remercie., tranchais-je d'un ton abrupt.
- Est-ce que tu veux un café ?
J'avais lu plusieurs fois qu'il était très malpoli de refuser de boire quelque chose lors d'un entretien alors j'acceptais d'un hochement de tête. Le breuvage chaud était un véritable réconfort qui enveloppait le creux de mon estomac d'une douce chaleur.
Zita me conduisit vers un bureau excentré qui se trouvait au fond d'un long couloir.
- Tu peux t'installer Madeleine, m'invita-t-elle en me désignant un immense et spacieux canapé. Il est en route et ne va pas tarder à arriver.
- Très bien.
Seulement, il m'était impossible de rester tranquillement assise alors que je me trouvais à plus de dix mille kilomètres de chez moi, complètement livrée à moi-même dans un ambitieux projet dont je ne connaissais que quelques bribes très vagues. Impatiente, je fis le tour du bureau notant qu'il ne devait servir que très occasionnellement. Pratiquement tout le mobilier était flambant neuf. Il n'y avait pas non plus d'objets personnels qui pouvaient me renseigner sur l'identité de mon employeur. Je trouvais le temps de plus en plus long ou alors était-ce l'anxiété qui me faisait ressentir l'impression que les minutes étaient des heures ? Lorsque j'entendis des pas se rapprocher du bureau, je me précipitais sur le canapé. Je prenais une position décontractée et complètement nonchalante. Je parcourais la moitié du globe uniquement à son initiative et il était en retard à notre premier entretien. Pour qui se prenait-il ?
Lorsque la porte s'ouvrit, mon coeur battait à tout rompre mais je ne laissais rien paraitre affichant cet air renfrogné et désinvolte qui était le seul mécanisme de défense que je possédais à cet instant. L'homme qui entra dans la pièce était la copie conforme de celui avec qui j'avais dansé au Boosty Bellows et que j'avais revu au dinner quelques jours auparavant. Cela ne faisait aucun doute, c'était lui. J'étais subjuguée par sa prestance qui envahit immédiatement chaque coin de la pièce, il était terriblement séduisant.
- Madeleine, je te présente Bill Kaulitz.
- Pas besoin de vulgaire présentation Zita. Nous nous sommes déjà rencontrés, n'est-ce pas ?, la coupa-t-elle en affichant un petit sourire narquois.
Par politesse, je me levais mécaniquement jusqu'à ce qu'il prenne place dans un fauteuil face à moi et me rassit. Bill Kaulitz, mais bien sûr ! Le chanteur du groupe allemand qui avait fait tomber comme des mouches des milliers de minettes dans les années 2000. J'en faisais moi-même partie mais je devais avouer que cette période se trouvait tellement loin désormais que j'avais l'impression que cela était irréel.
Nous nous dévisageâmes longuement jusqu'à ce que Zita vienne briser ce silence de glace.
- Madeleine, si tu es plus à l'aise pour t'exprimer en français, je peux servir de traductrice entre Bill et toi.
- Ce n'est pas la peine. Cela ne va pas être possible pour moi, je suis navrée.
Je rassemblais tout le courage que je possédais et me levais du canapé afin de quitter la pièce sans un regard pour mon interlocuteur. Toutefois, je pouvais ressentir l'étonnement de Zita à travers la plainte qu'elle laissa échapper de sa bouche. Lorsque je marchais dans le couloir pour me diriger vers la sortie, je sentis une main se poser sur mon épaule qui me força à me retourner.
- Attendez.
Sa voix était comme un murmure à mon oreille et pourtant, cela contrastait avec le ton employé qui était rude et autoritaire. Il n'y avait aucune forme de politesse dans sa phrase, cela ressemblait plus à une injonction qu'à une supplication.
- Nous sommes partis du mauvais pied tous les deux. Faisons table rase et repartons de zéro. Vous voulez bien ?
Je ne prononçais aucun mot et continuais de plonger mes yeux dans les siens. Il brisa le contact et tourna les talons afin de regagner le bureau dans lequel nous étions installés précédemment.
Et je le suivis, sans un mot.
- Zita, peux-tu nous laisser s'il-te-plait ? Nous devons discuter de quelques clauses.
Une fois la porte fermée, Bill se leva et se dirigea vers le buffet. Il sortit une bouteille de whisky et deux verres qu'il apporta sur la table basse qui nous séparait.
- Je peux vous offrir un verre ?, me demanda-t-il tout en versant consciencieusement le nectar sirupeux dans un des contenants.
- Non, je vous remercie. Je ne bois jamais au travail.
Il continua sa tâche sans sourciller, son visage demeurait complètement impassible. Cela en était presque troublant.
- Pourquoi suis-je ici ?
- Oh. Personne ne vous a donc informé ?, s'étonna-t-il en prenant une gorgée.
Je pouvais sentir les effluves d'épices fumées et de miel émanant de son haleine. Son regard était si pénétrant que j'avais l'impression qu'il pouvait lire toute mon âme.
- Je n'ai connaissance que de l'essentiel, confessais-je.
- Eh bien, cela est plutôt simple. Je souhaiterais que vous co-écriviez, avec moi, mon autobiographie., dit-il en souriant.
- Je ne comprends pas très bien la teneur de ce contrat ni son aboutissant.
- Vous les comprenez très bien. Soyez franche et demandez moi plutôt ce qui vous intéresse vraiment., me suggérera-t-il en léchant délicatement les quelques arômes de whisky qui restaient sur sa lèvre supérieure.
Je restais taciturne face à autant de désinvolture et de condescendance. Merde, cet homme empestait la dépravation. Il avait un charme scandaleux et ce n'était pas pour me déplaire. Il se leva une seconde fois et se dirigea à pas feutrés vers le bureau qui se trouvait au fond de la pièce. Il revint avec plusieurs livres qu'il disposa méticuleusement sur la table basse.
- Je suis très admiratif de votre travail et j'apprécie beaucoup votre style.
Sans même lire les titres, je reconnus presque immédiatement les couvertures des livres qui étaient les miennes. Il possédait l'ensemble de mes oeuvres ce qui était très surprenant puisque que seulement quelques centaines d'exemplaires avaient été traduits en anglais.
- Comment vous êtes-vous procurer ces exemplaires ? Je n'étais même pas au courant que certains étaient publiés sous cette forme., observais-je attentivement tout en regardant certaines couvertures.
- Disons que j'ai des contacts. En fait, l'exemplaire que vous tenez entre vos mains a été spécialement traduit et édité pour moi., me révéla-t-il.
Instinctivement, j'eu un mouvement de recul. Je me sentais oppressée et flattée à la fois, ce qui était complètement contradictoire.
On toqua à la porte et Zita passa sa tête entre le battant.
- Bill, tu es attendu chez Tom d'ici dix petites minutes.
- Merci Zita.
Bill se tourna vers moi et se leva.
- Je vais devoir mettre fin à notre entretien, je suis attendu pour un podcast avec mon frère.
- Je comprends.
- J'aimerais commencer à travailler avec vous le plus tôt possible si cela vous convient. Je dirais à une fréquence de trois fois par semaine. Zita vous tiendra au courant de la date du prochain rendez-vous. En attendant, portez vous bien et profitez de Los Angeles à votre guise !
Il me tendit la main et nous échangeâmes une poignée formelle.
- C'était un réel plaisir Ms. Evans, assura-t-il en faisant durer cette poignée de main.
Sincèrement., insista-t-il.
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Equilatéral
FanficMadeleine Evans, jeune auteur a succès, a subi une terrible perte qui l'entraine, un peu plus chaque jour, dans une spirale auto-destructrice. Afin de la sortir de cet engrenage chaotique, son manager lui fait signer, malgré elle, un contrat en coll...