CHAPITRE IV : Martini frappé

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Assise au comptoir d'un bar miteux, j'agitais lentement mon verre de martini, perdue dans mes pensées. Je repensais à la proposition surréaliste et absurde de Jimmy qui m'avait contrarié car elle m'avait donné de faux espoirs. J'étais déçue et interloquée face à sa crédulité, ce qui ne lui ressemblait absolument pas. Je le soupçonnais d'en savoir bien plus que ce qu'il voulait bien me dire, j'en étais intimement convaincue. Une chose était certaine c'est que je ne m'abaisserais pas à accepter un contrat, aussi extravagant soit-il, seulement pour restaurer mon image et booster mes ventes. C'était absolument contre mes principes. Mes écrits reflétaient les épisodes de ma vie et mes pensées les plus intimes. Chaque mot avait été choisi avec la plus grande exactitude, une authenticité pure, rare et brutale, selon le Point-Virgule Magazine. Lorsque j'avais pris connaissance pour la première fois de cette critique, je la relisais inlassablement car on ne m'avait jamais si bien cerné. 

La sonnerie de mon téléphone me tira de mes songes, m'indiquant que je venais de recevoir un e-mail. Je composais rapidement le code de mon téléphone afin d'en découvrir le contenu.


« Votre vol Paris-Los Angeles est confirmé pour le 12/06/2021 »


Haletante, les yeux exorbités, je relisais plusieurs fois ces quelques mots et en moins de quelques secondes, mon sang ne fit qu'un tour. De rage, je descendis le reste de mon verre d'une traite, faisant signe au barman de m'en resservir un autre dont je réservais le même sort. Je jetais la monnaie sur le comptoir et claquais la porte dans le plus grand des vacarmes, sans la moindre salutation. Une demi-heure plus tard, je me retrouvais en bas de l'appartement de Jimmy. Passablement agacée, les yeux révulsés par la colère, appuyant convulsivement sur le bouton de l'interphone.

- Oui ?, souffla-t-il, à travers le boitier, d'une voix encore endormie.

- Descends !

- Madeleine ?  Il est plus d'une heure du matin. Qu'est-ce qui se p..

- Descends, j'te dis, le coupais-je brutalement.

Comme un lion en cage, je faisais les cent pas. La porte du hall s'entrebâilla, laissant entrevoir le visage fatigué de Jimmy. Je jetais mon mégot de cigarette par terre, me précipitant sur lui,  appuyant de tout mon poids sur le portail afin de le faire céder. 

- Hé doucement !, héla-t-il. Mais enfin, qu'est-ce qu'il te prend ? 

- Comment as-tu osé prendre une décision à ma place ?, soufflais-je en l'empoignant par le col de son t-shirt. 

- Pour quelqu'un qui veut ton bien. Maintenant, lâches-moi Madeleine.

- Personne, PERSONNE, n'a le droit de me dire quoi faire !

Les relents d'alcool me faisaient tourner la tête, je voyais trouble et mon visage me brûlait sous l'effet de la colère. Je resserrais encore plus fort mon étreinte jusqu'à apercevoir la peau de son cou blanchir sous l'effet de la pression que j'exerçais avec mon poing serré. 

- Tu réagis comme une enfant. Lâches moi maintenant, s'il-te-plait., murmura-t-il en posant délicatement sa main sur la mienne.

Ce contact me sortit de ma torpeur. Horrifiée par mon geste, je le relâchais immédiatement. J'étais en train de perdre pieds, c'est évident. La moindre contrariété me mettait dans tous mes états au point où je pouvais réduire tout ce qui se trouvait sur mon passage à feu et à sang. Au fond, j'avais toujours été un peu comme cela. Dotée d'une sensibilité exacerbée, j'avais toujours eu beaucoup de mal à gérer mes émotions qui se faisaient, parfois, plus fortes que ma raison. J'étais passionnée et passionnelle, ressentant tout bien plus fort que les autres ce qui avait tendance soit à m'exalter soit à m'anéantir. Avec le temps et les épreuves de la vie, mon caractère est devenu encore plus difficile. J'étais ingérable et désinhibée, n'ayant aucune limite ni pour moi ni pour mon prochain. 

EquilatéralOù les histoires vivent. Découvrez maintenant