Chapitre 8

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Il a les yeux révolver

Le dimanche, le repos s'impose. Quoi de mieux que d'aller à la plage ? Vous savez, le sable qui gratte, la mer remplie de bébêtes dangereuses et les enfants qui vous lancent des ballons dessus sans s'excuser. Tout pour passer une merveilleuse journée digne d'un conte de fée.

Les plages n'étant pas non plus à 2 minutes de marche, j'ai appelé un petit taxi de la ville. L'entreprise — de ce que m'a raconté un client — propose aux jeunes étudiants de faire les taxis sur leur temps libre pour gagner un peu d'argent. J'ai trouvé l'idée géniale alors autant soutenir un peu les initiatives locales. Oui, je m'intègre dans la ville comme je peux.

Le chauffeur aux cheveux roses, peut-être un peu plus vieux que moi, m'a proposé de me déposer à une petite plage, où les locaux se retrouvent en groupe, avec une ambiance agréable de fin d'été. Comme je lui ai juste demandé de m'emmener à une plage quelconque, j'ai décidé de suivre son conseil en allant à celle-là. Et je reconnais que j'ai bien fais de l'écouter.

La plage est petite mais plus grande que ce que j'avais imaginé, entourées de falaises permettant à quelques plongeurs de faire des sauts. Un petit bar en bois, collé à la falaise, grouille de personnes allant et venant de la plage au comptoir pour ramener quelques boissons fraîches. Une petite terrasse le sépare du sable chaud accueillant quelques tables de pique-nique toutes occupées. L'ambiance crée avec les guirlandes lumineuses et la musique donne directement envie d'aller consommer.

Mais quand je repense à ma tentative foireuse de la vieille, on va mettre de côté l'idée de faire des connaissances.

C'est de ta faute Bruce.

Je pars donc m'installer tranquillement dans un coin de la plage qui m'a l'air plutôt tranquille, alternant baignade et lecture, toujours protégée de mon magnifique chapeau rose que je porte fièrement.

Je commençais à prendre un petit coup de chaud quand un ballon de volley sortit de nulle part atterrit en plein sur mon roman — pauvre Victor Hugo, ils ne te respectent pas. Les gosses, comme je l'avais dit plus tôt, vous ne pourrez pas les fuir à la plage.

Mais à ma grande surprise, j'entends la voix d'une femme, dont je n'arrive pas à distinguer la provenance à cause du soleil qui m'éblouis. Quand je perçois enfin la forme de son corps qui arrive vers moi, elle s'excuse.

Elle fait partie du petit groupe, sûrement d'étudiants, qui ont débarqué il y a quelques minutes, enceintes à fond sur le dos. Leur partie de volley était la plus dangereuse et bruyante que j'ai jamais vue. Je les ai observés pendant la précédente baignade, et certains sont de vrais compétiteurs dans l'âme !

Je lui ramasse son ballon — vert, rouge et blanc — pour le lui rendre en précisant que ce n'est pas très grave tant que mon livre n'est pas blessé. La brune rit doucement en le récupérant et en me remerciant. Pendant un instant, elle se fige pour mieux me regarder. Je passe vite la main sur mon visage, j'ai peut-être du sable collé dessus mais non, ses yeux bruns me fixent longuement avant de s'étrécir.

- Mais c'est Eden non ? me demande-t-elle en me lâchant un sourire radieux.

- Euhh oui, pourquoi ? je réplique très méfiante pour le coup.

- C'est moi ! Enfin moi, Courtney, réplique-t-elle. Tu sais, la stripteaseuse d'hier. Ta super héroïne !

Je plisse aussi les yeux en me couvrant au mieux du soleil, et en effet je reconnais ses cheveux raides et ses jolis yeux en amande.

- Oh bonjour ! Désolé je ne te voyais pas très bien avec le soleil, je m'excuse.

- Ne t'en fais pas, moi non plus. Le temps que je décoince un peu, tu sais, l'alcool et tout ça.

Agapi Mou -T1Où les histoires vivent. Découvrez maintenant