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Chapitre 14

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Edward, est-ce bien toi ?

Eden

Gareth m'entraîne un peu plus loin, un sourire sadique aux lèvres comme s'il préparait un mauvais coup. Non pas que je pense qu'il soit de la Team Rocket, mais tout ça ne me dit rien qui vaille. On tourne vers une petite cour, celle où il m'avait surprise le jour où j'ai cru que j'allais mourir bêtement, violée et découpée en rondelle par un vieux crados, sauf que celle-ci n'est pas vide. Au milieu, une magnifique moto repose sur une béquille dans l'attente d'être chevauchée. Mon regard trouve Gareth, il sourit de toutes ses dents, pinçant la clope qu'il fume du bout des lèvres. Je secoue la tête. Hors de question que je pose mes fesses sur cet engin de la mort, je ne veux pas finir dans un fossé.

Il attrape le casque à visière, me le tend. Évidemment, je le refuse poliment, la peur nouant mes entrailles.

—    Non, non, non. Je regrette, Gareth, mais je ne monterais pas sur ce truc. Je vais mourir. J'ai l'instinct de survie d'un pigeon. Tu connais le nombre de pigeon qui se font écraser parce qu'ils n'ont pas volé assez vite ? Je pense que je peux faire partie de ce nombre sans même être un pigeon.

—    Tu ne risques rien, tente-t-il de me rassurer en s'approchant. Je n'irai pas vite, je te le promets. Je ne pensais pas que ma soirée finirait comme ça, alors je n'ai pas pris ma voiture. Et là où je veux t'emmener, on mettrait trois heures à pied.

—    C'est pas mal la marche aussi, je grommelle.

Il tire sa cigarette pour l'écraser contre un muret avant de la jeter et de revenir à l'attaque avec son casque. Il passe sa main légèrement cendrée dans ses cheveux courts, sa mâchoire légèrement contractée.

—    Rappelle-moi, qu'est-ce que tu m'as dit dimanche ? Pourquoi tu es là, déjà ? Pour vivre, non ? Pour être libre ?

Je hoche la tête à contre-coeur, la boule au ventre.

—    Ça, continue-t-il en me montrant sa bécane, c'est ma liberté à moi, tu vois. C'est stupide, je peux le concevoir, mais cet engin, c'est tout ce qui me permet de rester sur cette Terre en me disant que parfois, la vie mérite d'être vécue. Je ne me sens totalement libre que quand je monte sur ma moto et que je parcours des kilomètres en pleine nuit sans personne pour m'arrêter.

Je vois bien qu'il tente de me rassurer en faisant part de sa vie à lui, mais je n'arrive pas à me convaincre qu'il ne va rien m'arriver. Je lui fais confiance. Étrangement, je lui fais confiance. Punaise, et dire qu'il y a quelques jours je ne pouvais pas le piffrer ! Mal à l'aise, je me balance d'une jambe à l'autre comme si j'avais envie d'uriner, tiraillée par mon envie de goûter à cette liberté qui semble l'animer, et ma peur panique. La dernière fois qu'un amant de ma mère m'a fait monter sur un de ces engins, j'avais huit ans, et on a fini dans un talus. Il avait consommé de l'herbe, il n'avait pas les idées claires, mais je n'avais pas le choix. Sinon, je pense que j'aurai passé la nuit à l'école étant donné que maman m'oubliait souvent à la garderie, le soir.

Avec du recul, je ne sais pas si ça n'aurait pas été un meilleur choix.

Dans tous les cas, ce n'était pas à une gamine de cet âge de faire la part des choses. Ce n'était pas de ma faute. Ce n'était pas de ma faute si mon bras s'est passé, si Pierre a fini paraplégique. Ç'était son erreur à lui.

—    Eden, ça va ?

Je relève le nez, Gareth m'observe, l'air inquiet. Mince, je n'avais pas remarqué que je fixais le sol comme une idiote. Il va me prendre pour une fille bizarre. Si ce n'est pas déjà le cas.

—    Désolé, je pensais à un truc, je chuchote en pinçant mes lèvres. Tu n'as pas pris de drogues ?

Il secoue vivement la tête, presque offusqué que je puisse penser ça de lui.

Agapi Mou -T1Des histoires addictives. Découvrez maintenant