Chapitre 9

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L'homme d'affaires déambulait d'un pas énergique dans son bureau. Avait-il bien agit ? Le sang bouillonnait toujours aussi ardemment dans tout son corps mais il l'écarta en se fustigeant mentalement. Comment pouvait-il ressentir une telle envie pour une petite fille ? Le seul désir qui le rongeait était celui de sa vengeance. Ce qui revenait à retourner au point de départ. Il la désirait. Pour se venger non pour une quelconque autre raison.

Son esprit se mit en route, l'attente avait assez durée. Il devait finir son travail et contraindre cette femme à quitter sa tête. Chad serra les poings de détermination. Il le devait. Depuis son arrivée, il ne faisait plus rien, rien n'existait à part cette femme : Ludmila Mădălina. Elle hantait ses pensées sans lui laisser le repos. Elle s'interposait devant lui quand une victime idéale se présentait à lui. Elle était devenue une obsession à ses yeux. Une obsession qu'il fallait faire taire. Demain, Ludmila Mădălina n'allait être plus qu'un souvenir, il s'en fit la promesse.

Le reste de sa journée se passa comme toutes celles passées, dans un ennui monstrueux. Il ne savait que faire. L'homme d'affaires se rendit donc dans sa chambre et s'attela à finir ses bagages. Il rencontra d'ailleurs le visage surpris de Mariane mais ne s'embarrassa pas d'explications, il se contenta de l'ignorer royalement. Chad appela également son pilote pour ordonner la préparation d'un des appareils et son accessibilité à tout moment.
   
Lorsque la nuit tomba doucement sur Moscou, Chad sentit son impatience frétiller. Ce désir malsain qui pulsait en lui, lui rappelait qui il était, ce qu'il était. Il attendit que tout le monde dîne et se couche pour enfiler son long manteau noir déformant sa silhouette et s'engagea en dehors de la propriété sans attirer l'attention. Seul le contour de son corps se percevait dans la nuit noire quand il arriva à sa destination. Les marches furent englouties, la porte franchie et le corps de la jeune femme soulevé avec parcimonie. Le transport se fit sans aucun problème. Les individus passants par-là détournaient le regard et continuaient leur chemin sans réagir.
   
Chad grinça des dents. Cela le dépassait, il avait beau se dire que ce manque d'attention le servait parfaitement bien, il se demandait toujours comment l'être humain en était arrivé là. Les personnes qu'il croisait, voyaient un homme vêtu de noir portant une femme inconsciente sur son dos et ne se posaient aucune question. Le meurtrier hocha la tête de dépit en continuant sa route sans se préoccuper des passants tardifs qui s'attardaient.
   
Il atteignit sa demeure sans encombre le souffle court, s'installa dans une de ses nombreuses voitures et fit ronfler le moteur sans tarder. Arrivé rapidement à l'aéroport, le tueur souleva son colis et l'installa sans se presser dans l'appareil. Une poignée de mains plus tard et l'avion décolla, s'éloignant de plus en plus de la Russie.
   
L'homme d'affaires poussa un profond soupir malgré son attitude sûre de lui en autorisant ses muscles à se détendre. Il posa sa tête contre le siège en cuir beige de son jet et ses paupières recouvrirent son regard indéchiffrable. Chad se laissa aller au sommeil qui s'emparait peu à peu de lui en songeant à l'avenir. Un mince tremblement agita son visage impénétrable, seul signe de ses réflexion. Finalement, le ronronnement des moteurs et les vibrations firent office de berceuse, l'entraînant dans une sorte de transe réparatrice.
   
À son réveil, l'appareil était immobilisé, il bougea les doigts de ses mains froides. Aucun lien. Personne n'avait découvert sa passagère. Il garda néanmoins les yeux fermés, sa poitrine se soulevant comme s'il était toujours endormi. Chad inclina le siège dans sa position initiale et ce fut à se moment que l'homme s'autorisa à s'éveiller entièrement. Sa posture passa de détendue à intimidante en un rien de temps. Son expression se ferma aussi facilement que l'était un coffre fort et son costume remis à neuf.
   
L'homme d'affaires se leva en prenant son temps, remercia le pilote puis descendit après avoir ordonné le retour de l'avion en Russie. Il était arrivé à Paris, en France. Chad prit une profonde inspiration, l'air chaud du tarmac s'engouffra dans ses narines avec une certaine satisfaction d'être de retour sur ce sol. Il fut accueillit par Charles, son informateur, séjournant une grande partie de l'année dans la ville de l'amour.
   
— Comment vas-tu ? Depuis tout ce temps !
   
La bonne humeur de son plus vieil ami le rendait davantage irritable, toutefois, sa compagnie n'était pas désagréable. Il lui permettait de collecter des informations sur quiconque croise son chemin et cela dans un temps record. Il ne ressentait pas grand chose vis-à-vis de Charles sauf peut-être un irrésistible besoin de lui dire que son accent anglais était à couper au couteau.
   
— Plutôt bien. Les affaires fonctionnent moins bien mais je finirai par trouver une solution, comme à chaque fois, répondit-il placidement alors qu'ils traversaient le hall d'entrée pour rejoindre la voiture de sport mauve garée à l'entrée.
   
C'était la seule personne avec qui il parlait quasiment sans prêter attention à son débit de parole. Il ne faisait pas les phrases les plus courtes possibles afin d'en finir le plus rapidement possible bien que l'homme avait du mal à ne plus mettre en pratique ce type de conversation étant devenu un réflexe qui déroutait tous ses interlocuteurs.
   
— Magnifique ! s'exclama Charles en claquant sa langue contre son palais, un réflexe qu'il avait lorsqu'il était contrarié ou détendu.
   
Chad ne pensait plus à la jeune femme, une première depuis son retour en Russie. Il expira silencieusement de soulagement pour éviter d'attirer l'attention de son ami. D'ordinaire, il se serait arrangé pour lui fausser compagnie le plus rapidement possible mais cette fois-ci, ce qui l'attendait devait être réalisé plus tard dans la journée, et étant donné qu'il n'était même pas six heures du matin, il avait le temps. L'homme d'affaires observa intensément Charles prendre le volant de la voiture et le questionna sur ces années passées loin l'un de l'autre.
   
— Qu'as-tu fait durant tout ce temps ? Ça devait être intéressant puisque je n'ai eu aucun appel de ta part durant plus de deux ans.
   
Bien que le dernier commentaire ait été dit sur un ton plus léger que d'habitude, Chad ne put s'empêcher de laisser filtrer un filet de l'amertume le consumant. N'ayant pas perçu cela, Charles débuta sa courte histoire sans prêter la moindre attention au regard flamboyant du tueur posé sur lui.
   
— Rien de bien extraordinaire, dit-il en haussant les épaules, abordant une moue lassée. Le travail, le travail et encore le travail. Et ne te méprend pas sur les intentions !
   
Sa voix augmenta d'un octave tandis qu'il agita un doigt devant le visage sérieux de Chad.
    
— J'aurai aimé t'appeler pour prendre de tes nouvelles. Seulement, mon employeur du moment est plutôt paranoïaque et a interdit toutes communication extérieure.
   
Un silence répondit, si bien que Charles tourna un instant la tête avant de rediriger son attention sur la route. Son regard interrogateur fut intercepté par l'homme d'affaires qui se força à répondre même si son esprit était ailleurs.
   
— Quelle enflure ! grogna-t-il, les pensées rédigées vers une femme aux yeux envoûtants.
   
— Tu sembles ne pas être avec moi, remarqua son ami en abordant un ton prudent, connaissant les sautes d'humeur de son interlocuteur peu loquace.
   
Alors que des désirs inavouables s'appropriaient son corps, Chad s'obligea à ne pas réagir trop violemment.
   
— Le voyage m'a quelque peu fatigué, nous aurons tout le temps de discuter lorsque j'aurai rattrapé le sommeil manqué, souffla-t-il arrivé au bout de son interminable patience.
   
Quelques minutes plus tard, ils finirent par quitter la ville et s'engagèrent dans la province. Chad sentit ses yeux se fermer mais lutta pour les garder ouverts. Au grand jamais il ne s'endormirait en présence d'une de ses connaissances. Sa confiance avait des limites. Il retint un bâillement et jetant un rapide coup d'œil au GPS. Un énième soupir de lassitude traversa ses lèvres dures et sensuelles.
   
Finalement, il finirent par arriver à destination en étant éreinté mais ravis de pouvoir échanger à nouveau. Les pieds de Charles traînaient et Chad dû combattre pour ne pas faire de même tant la fatigue envahissait son corps.

Le Chant du CygneOù les histoires vivent. Découvrez maintenant