Pdv : Elyana Wildfawn
J'ouvre les yeux d’un coup. Flocon se tient au-dessus de moi, la langue pendante. Je ne prends pas longtemps à comprendre ce qui vient de se passer. Je grimace de dégout en passant un doigt sur mon visage dégoulinant de bave.
-Beurk…
Je me frotte avec mon t-shirt qui est vite imbibé de salive gluante. Une fois plus ou moins propre, je me tourne vers Flocon avec le regard le plus sévère que je peux prendre.
- Non, mais ça ne va pas ! C'est dégueu Flocon !
Il incline la tête sur le côté, les yeux bleus remplis d'incompréhension puis, il se laisse tomber sur le côté soulevant un tas de feuilles mortes qui recouvrait le sol. Il se roule sur le dos toujours en me regardant avec une mimique innocente. J’aurais aimé réussir à garder mon air sérieux mais je n’ai jamais été forte pour rester fâchée très longtemps contre quelqu’un. Un petit sourire étire mes lèvres fines.
Mon ventre qui gargouille violemment, me rappelle l’existence des petites myrtilles. Je me redresse et tourne le dos à Flocon pour attraper le reste des baies que j’avais posées sur le caillou. J’hésite à en garder quelques-unes pour plus tard mais ma faim l’emporte et je termine tout. Je trouverai autre chose pour ce midi. Je passe une main dans mes cheveux pour essayer d’ordonner les quelques mèches qui se sont échappées de ma tresse et je lève les yeux vers le ciel. Je ne sais pas exactement quelle heure il est mais le soleil brille déjà, ce qui me laisse penser qu’il est près d’onze heures.
Je devrais être à l’école…
Je chasse l’angoisse qui me menace et avance jusqu’à la rivière pour boire quelques grosses gorgées d’eau claire. Je réfléchis rapidement à la direction la plus logique à emprunter et je me décide à suivre le cours d’eau. J’appelle Flocon. L’animal trottine derrière moi et de temps en temps, il s'éloigne en courant après un insecte. Le soleil tape contre mon crâne. J’ai de nombreuses fois hésité à nous abriter sous les arbres mais les racines et les cailloux ne font que ralentir notre avancée et je n’ai plus aucune envie de passer une seconde nuit dehors. Mes jambes sont douloureuses. Nous avons déjà fait une dizaine de pauses en nous rafraîchissant dans l’eau mais nous n’avons encore rencontré personne, comme si nous étions les seuls signes de vie de cette forêt. Après plusieurs heures de marche, malgré ma fatigue et le peu de lucidité qu’il me reste, une idée me vient. Je m’arrête net et Flocon fait de même, les oreilles dressées. Je passe une main sur son pelage blanc pour le calmer.
- reste calme mon grand, je vais tester un truc, d’accord ?
Je m'agrippe à ses poils soyeux et me hisse sur son dos à la force de mes bras. Vu d’en haut, il me paraît encore plus grand, il pourrait presque rivaliser avec un cheval. En essayant de me souvenir d’un stage d’équitation que j’ai fait quand j’avais 7 ans je serre les cuisses pour me maintenir en place, sans grand succès ! Flocon semble surpris, il reste immobile durant plusieurs secondes avant de faire quelque pas. Je vacille légèrement sur le côté mais me rattrape à son pelage avant de rencontrer le sol.
- ça va ? On essaye d’aller plus vite Flocon ?
Je m’agrippe fermement à lui et, comme s’il m’avait compris, il accélère. Le paysage devient flou tellement nous allons vite et j’ai l’impression que ses pattes ne touchent plus le sol. Le vent qui me fouette le visage fait pleurer mes yeux, brouillant encore plus ma vision. Flocon s’est enfoncé dans la forêt mais je suis trop concentrée pour m’en rendre compte. Autour de nous, les arbres défilent à une vitesse fulgurante et mes boucles volent derrière mon dos. J’entends d’abord l’écho de mon rire dans la forêt avant de me rendre compte qu’il sort de ma bouche. J'ai l'impression d'être l'héroïne d'un de mes films préférés, en train de voler au secours de personnes en danger. Flocon finit par ralentir à mon grand regret. Mon rire s’est calmé mais j’ai toujours un grand sourire qui étire mes lèvres quand je me laisse glisser par terre.
On est dans la forêt, je réalise seulement maintenant ce que ça veut dire. On a perdu la rivière de vue depuis longtemps et je suis de nouveau livrée à moi-même pour choisir la direction à prendre. Je pousse un soupir. Les arbres sont tellement hauts et touffus que le ciel est presque impossible à apercevoir. Je me tourne vers Flocon. Sa langue rose pend et il est allongé sur le flanc, épuisé par sa course folle. Je me couche contre lui et ferme les yeux. Je sais bien qu’on ne peut pas rester ici mais j’ai l’impression de tourner en rond depuis deux jours. Je n’ai aucune idée d’où je me trouve, j’ai envie de prendre une vraie douche bien chaude, de manger un véritable repas, de dormir dans mon lit. Je veux comprendre ce qui m’arrive, où je suis et comment je suis arrivée ici.
VOUS LISEZ
Le Sacrifice
FantasyElyana Viline, vivant dans la grande ville de New York, se retrouve propulsée dans un monde sans pitié lors d'une visite scolaire. Tous voulant sa mort, Elyana devra se faire des alliés de taille afin de se sortir vivante des mains du roi pour retr...
