Pdv : Calann
Je vais le faire. Je vais vraiment le faire. En 18 ans d’existence, l’idée ne m’a jamais ne serait-ce qu’effleuré l’esprit et pourtant…
Je me sens plus léger que je ne l’ai jamais été. Je me sens libre et si je le voulais je pourrais réduire ce château en cendre avant de partir et ça ne changerait rien.
Il doit certainement y avoir des milliers d’autres solutions et pourtant, je sais que je ne changerais pas d’avis. Je sais que j’ai fait le bon choix. Je sauve une innocente et par la même occasion, je me donne enfin la chance de pouvoir exister.
J’avance dans les couloirs avec un naturel qui n’est même pas feint. Sans Elyana, ma présence dans les couloirs n’est pas étonnante. J’ai croisé quelques gardes qui m’ont adressé un hochement de tête amical. Je connais assez bien la plupart d’entre eux. Les soirs ou le sommeil ne me gagne pas, j’ai pris l’habitude depuis plusieurs années de les rejoindre dans leur salle commune et de partager avec eux des éclats de rire, des pichets de bière bon marché et des parties de carte. Je n’ai jamais lié de vraie amitié avec aucun d’eux car une fois les soirées finies, je redevenais un prince à leurs yeux mais je suppose que ces soirées m’ont permis de tenir le coup, en quelque sorte.
Ça fait déjà plusieurs minutes que j’ai laissé Elyana à l’armurerie. J’espère qu’elle n’a rien fait de stupide et qu’elle m’attendra. La dernière chose dont j’ai besoin est de voir tous mes espoirs s’envoler par sa faute. Même si je suis déjà étonné qu’elle m’ait fait confiance si rapidement, je ne serais pas surpris qu’elle tente de me fausser compagnie dès qu’elle le pourra. Après tout, j’ai agi comme le dernier des abrutis avec elle.
Je ne sais pas ce qu’on fera une fois qu’on aura réussi à quitter l’enceinte du château. On sera sans doute poursuivi durant un certain temps. Elle en tout cas le sera. Je ne suis pas sûr que mon père se donnera cette peine pour moi.
Même si Elyana est courageuse, elle aura certainement besoin de moi une fois à l’extérieur rien que pour éviter mon père et savoir où se cacher. La fuite sera difficile, mais je en doute pas que ça le sera encore plus une fois à l’extérieur. Mon père n’est pas réputé pour son lâcher prise, il nous cherchera jusqu’à sa mort s’il le faut et la présence de ma mère au château n’y changera rien même si elle semble être sûre du contraire.
La seule solution serait de disparaître totalement et de réapparaître sous une autre identité. Seulement après ça, on pourra essayer de trouver un moyen pour faire rentrer Elyana chez elle. Si elle ne m’a pas encore laissé tomber à ce moment-là, bien sûr.
J’ai dit à Elyana que je devais juste passer aux cuisines mais, j’ai peut-être omis un détail. J’ai quelque chose d’important à faire et même si c’est tenter le diable de me rendre dans cette aile du château, je ne peux m’y résoudre. Je ne suis plus venu ici depuis mon enfance. Depuis que mon père m’a interdit de venir me blottir dans son lit quand le sommeil ne venait pas à cause de mes cauchemars. J’avais seulement six ans mais mon père trouvais ça indigne d’un prince, il disait que je devais être courageux. Alors je ne suis plus jamais revenu ici, pour lui faire plaisir. A ce moment-là je pensais encore qu’il pourrait être fier de moi.
Je m’arrête devant la porte de la chambre royale. Je serre les doigts autour du papier légèrement froissé. Une lettre pour ma mère. Les mots écris dessus sont ceux que j’aurais aimé lui dire en vrai avant de partir. Si je n’avais pas pris ma décision si tard j’aurais certainement pu le faire mais j’ai passé tellement de temps à hésiter que j’ai perdu la possibilité de faire ce qui était vraiment important.
Je n’ai annoncé à mon père seulement il y a quelques heures que je refusais de tuer Elyana. Je n’ai pas flanché que ses yeux mon regardé avec un dégoût qu’un père ne devrait jamais avoir pour son enfant. Je n’ai pas baissé les yeux quand il m’a congédié comme un vulgaire pion.
Je fais glisser le bout de papier sous la porte sans aucune hésitation. Je reste quelques secondes devant le battant plongé dans des souvenirs lointains.
C’est fini.
Je détourne le regard et pars.
A grandes enjambées, je me dirige vers les cuisines, soudainement pressé de quitter le château. Quitter ma maison. Non, pas ma maison. Celle de mon père. Je n’ai jamais vraiment été à ma place ici. Il me la bien fait comprendre.
Je pousse la porte des cuisines et jette un rapide coup d’œil à l’intérieur. Vide. D’une dizaine de pièces d’argent, j’ai généreusement payé une jeune cuisinière pour son silence et la préparation de deux sacs remplis de tout ce dont Elyana et moi aurons besoin une fois dehors. Même si je ne l’avais pas payée, la servante n’aurait certainement pas parlé. Les servants ne discutent pas, ils obéissent. Ils l’on appris à leurs dépens. Si j’avais été roi, ça aurait certainement été diffèrent, beaucoup de choses auraient été différentes si j’avais été à la tête de ce royaume. Mais je ne suis pas roi. Et après ce que je m’apprête à faire, je ne le serais jamais.
Je jette les deux sacs sur mes épaules sors rapidement pour rejoindre Elyana le plus vite possible. J’ai assez trainé comme ça. Ce serais bête qu’elle parte seule en pensant que j’ai finalement changé d’avis.
Il ne me reste plus que deux couloirs à traverser avant de rejoindre l’armurerie. Le tissu des sacs me cisaille le dos mais je me force à accélérer. Mon cœur se met à battre plus vite dans ma poitrine quand je remarque que le couloir n’est pas si silencieux qu’il devrait l’être. Je grimace quand j’entends le bruit métallique d’une arme contre le carrelage et je me mets à courir. Je reste figé devant le spectacle qui s’offre à moi. Les sacs me glissent aux pieds alors que mon regard se pose sur l’homme à quelques mètres de moi. Je le reconnais sans peine. C’est Nathaniel. Le garde qui s’occupait de garder la porte d’Elyana. Un de nos meilleurs éléments, le second du capitaine de la garde royal. Et pourtant, malgré ses années d’expérience il est allongé dans une flaque de sang rouge qui se distingue sur le carrelage blanc.
Mon cœur s’arrête quelque instant. Est-il mort ?
Une chair de poule qui n’est pas due au froid me recouvre les bras, hérissant mes poils. Légèrement paniqué, je relève les yeux qui se posent tout de suite sur Elyana et l’homme qui l’accompagne. Je ne vois pas le visage de la jeune humaine mais malgré moi, mon sang ne fait qu’un tour. Aucun des deux ne m’ont remarqué, l’homme est dos à moi, tout le poids de son corps appuyé sur Elyana pour la maintenir au sol.
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Le Sacrifice
FantasyLors d'une visite scolaire, la vie d'Elyana Viline bascule brusquement. Se retrouvant propulsée dans un monde sans pitié, elle devient une menace au yeux de tous. Pour s'en sortir vivante des mains du roi et des dangers qui l'entourent, elle n'aura...
