Pdv : Elyana Wildfawn
Le cri strident de mon réveil se répercute pour la deuxième fois dans ma chambre illuminée par la lumière grise qui provient de la fenêtre. J'attrape mon téléphone et coupe la sonnerie infernale.
Je la supporte déjà plusieurs secondes par jour, c'est largement suffisant.
Je roule sur le dos et j'observe le plafond de ma chambre les yeux encore endormis en poussant un long soupir. Le motif vert du papier peint placé quand j'étais petite n'a pas été changé depuis. Les seules choses ayant changé sont mon lit, positionné à côté de l'unique fenêtre de la pièce, qu'on a agrandi au fur et à mesure que je grandissais et mon bureau, qu'on a rajouté à mon entrée en primaire.
J
'aime ma chambre malgré cet aspect un peu enfantin surtout grâce aux photos de moi et mes amis qui recouvrent presque entièrement un des quatre murs. Je la trouve plutôt grande. Elle n'est ni parfaitement rangée, ni toute récente mais pour moi, ce qui fait d'elle ma chambre ce ne sont pas tous ces détails, ce sont les souvenirs qu'elle renferme.
La porte de ma chambre s'entrouvre, laissant passer la tête encore endormie mais souriante de ma mère. Ses mèches blondes sont attachées en un chignon décoiffé, et elle porte encore son pyjama licorne choisi par mes soins.
- Il est l'heure ma puce, debout ! Tu vas encore être en retard si tu ne te lèves pas.
Là tout de suite, j'ai tout sauf envie de me lever mais je sais que ma mère ne quittera pas la chambre tant qu'elle ne m'aura pas vue debout, elle me connait trop pour ça. Je pousse un soupir et saute sur mes pieds.
Je n'ai jamais détesté l'école, bien au contraire, j'ai toujours apprécié y rejoindre mes amies et passer des heures de cours à parler, pour provoquer mes professeurs ou mes camarades de classe. Mais aujourd'hui je n'ai qu'une envie, rester couchée, et puis, mon lit est tellement confortable.
- Salut, je lui dis.
- Bien dormi ?
Je hoche la tête et me dirige vers ma garde-robe, encore à moitié endormie. J'en sors un large jeans et un top rouge. Je ne mentirai pas en affirmant que ce sont les premiers vêtements sur lesquels ma main est tombée.
Un léger coup d'œil vers la porte en bois sombre de ma chambre suffit à me confirmer que ma mère a bien quitté la pièce. J'enfile mes vêtements en vitesse puis me dirige vers la porte de la salle de bain que je partage avec ma maman. Elle n'est pas excessivement grande mais suffisamment pour nous deux. Un large miroir est accroché devant le lavabo en pierre blanche et le sol est recouvert d'un plancher foncé. Les murs sont recouverts de pierre blanche. Tout le côté droit de la pièce est occupé par une douche remplie de tous nos produits de beauté de moi et ma mère.
Je m'approche du miroir et je grimace à la vue de mes longues ondulations brunes. Elles sont rassemblées en paquets de nœuds sur le côté de mon crâne.
Comment est-ce possible d'avoir des cheveux aussi emmêlés ? Et en plus de ça, je suis censée être à l'école dans vingt petites minutes. Je pousse un soupir, désespérée.
J'entreprends de les démêler approximativement et quand mon reflet dans le miroir me convient plus ou moins, je pose la brosse sur le coter de l'évier.
Je me brosse les dents, mets une petite couche de mascara sur mes cils qui entourent mes yeux émeraude et attrape un élastique pour nouer mes cheveux en un chignon décoiffé sur le haut de mon crane. Deux petites mèches plus courtes de chaque côté de mon visage restent lâchées car j'ai fait l'erreur de vouloir tenter une frange rideau il y a quelque mois. Je quitte la salle de bain sans oublier de m'inspecter une dernière fois de la tête aux pieds dans le miroir pour être sûre de ne rien avoir oublié.
Pantalon, t-shirt, cheveux coiffés, brosser les dents brossées, mascara, ... ok, je crois que j'ai tout.
Je quitte la pièce pour retourner dans ma chambre où je récupère mon sac et mon téléphone que je place dans la poche de mon jeans. Je dévale les escaliers, je traverse la salle à manger à toute vitesse....je suis en retard, mais ça n'a rien d'étonnant. J'attrape une pomme qui traine dans un panier sur la table et croque une grosse bouchée dans le fruit juteux qui gicle sur ma joue. Je m'essuie du revers de la main.
Je passe dans le salon où j'aperçois ma mère assise dans le canapé bordeaux, les yeux plongés dans un gros livre. À côté d'elle, sur le petit meuble en bois, repose un petit cadre doré.
Je ne l'avouerai sûrement jamais, mais la photo placée à l'intérieur compte énormément pour moi. Ce n'est qu'un petit bout de papier qui pourrait sembler semblerait insignifiant pour n'importe qui mais c'est la seule photo de mon père que je possède. Elle représente ma mère et de mon père, un grand homme blond aux yeux aussi bleus que l'océan il ne doit pas avoir plus de vingt ans sur la photo. Un grand sourire étire leurs lèvres. Leurs yeux brillent de bonheur. C'est une photo tellement naturelle qu'on ressent la joie rien qu'en l'observant.
Je n'ai jamais connu mon père. Il est mort quelques mois après ma naissance. Je ne sais rien de lui, cela a toujours été le terrain glissant, le sujet à ne pas aborder avec ma mère si on ne veut pas que la discussion dégénère. Il y a trois ans, je ressentais énormément le manque de mon père, je voulais en savoir le plus possible, même tout savoir, avoir droit à l'histoire de leur rencontre, leurs anecdotes drôles, je voulais découvrir qui était mon père même si je ne l'avais jamais connu, Je voulais découvrir qui étais mon père, parce que je ne l'avais jamais connu. C'était pour combler le vide qu'il avait laissé dans ma vie. À présent, j'ai appris à ne jamais aborder ce sujet et à faire comme s'il n'avait jamais existé. Parce que maman n'a jamais pu guérir de sa perte et parce que chaque détail qui lui rappelle leurs souvenirs la fait replonger.
Je sors de mes pensées en détachant mon regard de la photographie. Je me surprends à sentir le coin de mon œil légèrement humide. Je le frotte discrètement pour éviter que la larme ne dévale le long de ma joue.
- Bisou, maman, j'y vais.
- Bonne journée, ma belle ! À ce soir, dit ma mère en tournant son regard d'ange vers moi.
Je l'observe quelques instants, mes yeux verts plongés dans les siens. Ceux qui la connaissent peu ne voient en elle qu'une femme heureuse et comblée, mais moi, après toutes ces années, j'ai fini par remarquer cette douleur omniprésente. Je la lis dans ses yeux, dans son sourire, dans son regard à chaque instant de notre vie. J'ai vite compris que cette douleur était apparue après sa mort et ne l'avait plus quittée depuis. En grandissant j'ai réalisé qu'une part d'elle était morte en même temps que mon père. Mais je ne peux rien y faire. Je suis complètement impuissante face à cette situation et je déteste ça... Ma mère mérite tellement d'être heureuse.
Je sors. Le vent frais du matin me percute d'un coup, me faisant frissonner. Les mèches qui s'échappent de mon chignons au fur et à mesure volent autour de mon visage pâle. Je marche durant une dizaine de minutes dans la fraîcheur matinale de New York en plein automne. Les rues sont bondées d'étudiants à cette heure. J'arrive devant le grand bâtiment où je passe mes journées à étudier. Ça n'a pas encore sonné pour signaler le début des cours ce qui est très étonnant, il est rare que je sois à l'heure. Je balaie la cour du regard à la recherche de mes amis. Quand je croise le regard de Lara, un sourire se dessine sur mes lèvres et je me dirige automatiquement vers mon groupe d'amis en replaçant correctement mon sac sur mon épaule.
Je m'arrête à côté de Lara. Je l'inspecte discrètement du regard, elle porte un jeans semblable au mien et un t-shirt rouge. Comme moi.
- copieuse, je lâche en lui tirant la langue en guise de salut.
Elle m'observe et ne tarde pas à comprendre à quoi je fais allusion. Elle et moi, on a le même humour de gamine. Elle lâche un petit ricanement a coter de moi et pose ses mains sur ses hanches comme si elle allait me faire la morale.
- c'est comme ça que tu me dis bonjour après deux semaines sans se voir, dit-elle faussement vexée
Je me pince les lèvres pour m'empêcher de rire car je sais que si je n'avais pas fait cette remarque elle s'en serait chargée.
- non, bien sûr, laisse-moi me rattraper. Ma chère Lara, tu m'as énormément manqué, accepterais-tu mon câlin pour se dire bonjour ?
Depuis notre plus jeune âge, nous sommes les meilleures amies du monde. Nos mères sont collègues, elle passe sa vie chez moi et quand ce n'est pas le cas, c'est moi qui suis chez elle. Malgré de nombreuses disputes pour des gamineries, nous ne nous sommes jamais éloignées et si je devais choisir, là, tout de suite, de garder une seule personne sur cette terre à mes côtés, ce serait elle, sans hésiter. Elle a toujours été là pour moi dans les bons comme dans les mauvais moments et construire ma vie sans elle à mes côtés me semble simplement inimaginable. Elle a une place tellement importante dans mon cœur que me l'enlever reviendrait à me couper en deux. Elle ricane et ouvre ses bras pour accepter le câlin que je lui ai proposé. Son étreinte est chaleureuse,c'est comme revenir à la maison après de longues vacances.
J'enfuis ma tête dans le creux de son cou et inspire une grande bouffée d'air imprégné de son odeur familière de lavande.
Qu'est-ce qu'elle m'avait manqué !
J'ai passé les deux semaines de vacances en France avec ma mère. C'est une espèce de tradition entre elle et moi si on peut appeler cela comme ça, on visite, on va voir mes grands-parents maternels, on fait du shopping durant des heures. Ce sont des souvenirs incroyables mais, deux semaines sans entendre le rire de ma meilleure amie résonner dans mes oreilles ou sans passer des soirées allongées l'une à côté de l'autre dans le grand lit de ma chambre à regarder des films ou à se raconter les derniers ragots m'a énormément manqué, bien plus que je ne veux l'avouer.
Ses longues mèches blondes viennent chatouiller ma joue forçant mes lèvres à s'étirer en un sourire. Quand nous nous lâchons enfin, je m'approche de Gabriel, le copain de Lara, Matt, Jules et Camilla. J'enlace cette dernière comme Lara, quoiqu'un peu moins longtemps, puis j'embrasse -sur la joue- chacun des garçons.
Je ne les connais que depuis le début de l'année, car nous nous sommes retrouvés dans la même classe par hasard. Ils sont sans aucun doute ma meilleure rencontre depuis longtemps. Depuis Lara en fait.
La discussion que j'ai interrompue reprend son cours et je ne tarde pas à m'y mêler.
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Le Sacrifice
FantasyElyana Viline, vivant dans la grande ville de New York, se retrouve propulsée dans un monde sans pitié lors d'une visite scolaire. Tous voulant sa mort, Elyana devra se faire des alliés de taille afin de se sortir vivante des mains du roi pour retr...
