Pdv : Elyana
Autour de moi, les gens crient à mon entrée dans l’arène. Je me sens comme une fourmi au milieu de cette structure immense et de tous ces gens qui m’observent. Je m’arrête, impressionnée. Derrière moi, la grille se referme me faisant sursauter. Quand je recommence à avancer, mes bottes s’enfoncent dans le sable dur dont le sol a été recouvert. Le soleil, déjà haut dans le ciel, m’éblouit et me laisse deviner qu’il doit bientôt être midi. J’ai perdu le fil avec tout ce temps passé enfermée. J’ai atteint le centre de l’arène, à un niveau plus élevé que moi, les premiers spectateurs sont installés. Je compte presque dix niveaux. Autant de gens venus pour voir un combat à mort… si j’avais mangé un peu plus, je suis sûre que j’en aurais déversé mon estomac au sol.
- Madame, messieurs ! J’espère que vous avez tous bien mangé et on recommence tout de suite avec la seconde partie de la journée ! Dans cette seconde partie, vous retrouverez trois combats. Et on commence tout de suite, avec cette jeune humaine qui fait le tour de toutes les conversations ces derniers jours. Espérons que ce combat soit aussi inoubliable que son arrivée chez nous !
La foule qui s’était un peu calmée se remet à huer. Mon ventre se noue quand je me rends compte que tout ça est vraiment réel. Mon regard survole chaque personne dans les gradins. Des enfants, des adultes certaines personnes échangent même des petites bourses, surement pour des paris. Comment peuvent-ils se réjouir à ce point de voir quelqu’un se faire tuer ? Comment peuvent-ils faire de la mort un tel spectacle ? Je vois rouge durant quelques instants. Je serre et desserre les poings, enfonçant mes ongles dans ma paume avec l’espoir de calmer la colère que je sens grandir en moi … en vain.
- C'est drôle ? Vous vous amusez bien ?
Ma voix a tranché si sèchement l’air que j’en suis surprise. Je n’ai pas crié mais ma voix a résonné assez fort pour que chaque personne présente l’entende. Tout le monde se tait. Tous me regardent avec étonnement comme si j’étais la première personne à émettre une objection à leur manière d’agir.
- Vous trouvez ça drôle ? Ça vous amuse de regarder des gens se faire tuer ? Je ne suis pas beaucoup plus âgée que certains d’entre vous ! Vous feriez la même chose si, ici, à ma place, c'était votre enfant ? Ou vous-même ? Vous seriez aussi enthousiaste ? J’espère pour vous que ma mort et celle de tous les autres vous pèseront sur la conscience. Parce que vous pouvez essayer d’apaiser votre culpabilité autant que vous voulez, même si ce n’est peut-être pas vous qui avez organisé ces combats, en y participant vous acclamez la mort de centaines de personnes. A votre place, je crierais un peu moins fort, et je réfléchirais aux vraies conséquences de mes actes.
Je me tais, essoufflée par ma tirade et je regarde le public, Certains semblent réfléchir à ce que je viens de dire et une petite partie de moi espère avoir touché un point sensible mais le public ne reste muet que quelques instants avant de recommencer à crier plus fort et plus violemment encore. Une larme de colère menace de couler sur ma joue. Ils se fichent bien de savoir ce que je peux dire ou penser. J’ai envie de crier mais je sais que quel que soit le ton que j’emploierai, ma voix ne sera plus entendue.
- Et bien, ça alors, c’est surprenant ! Notre petite humaine a le sens du spectacle à ce que je vois ! Ce combat promet d'être intéressant. Et bien on te souhaite une bonne chance petite ! Lâchez le Bordaille !
Mon regard brulant de haine fouille les gradins à la recherche du présentateur qui semble prendre plaisir à me ridiculiser mais la foule m’empêche de discerner qui parle. Derrière moi, j'entends le grincement de la grille qui s'ouvre et tout mon sang se glace. La foule s’est tue dans un silence rempli d’une tension palpable. Je prends une grande inspiration et me tourne vers l'endroit où je devine que le Bordaille va apparaître, consciente du peu de chance que j’ai de m’en sortir. Je suis terrorisée à tel point que mes jambes en tremblent violemment mais je fais tout pour le cacher. Entre chacune de mes paumes moites, j’ai attrapé une lame que je tiens le plus fermement possible et je me place dans ce que je pense être une position défensive. Mon cœur tambourine dans ma poitrine et mes yeux sont plissés, je scrute l’ombre derrière la grille qui est presque entièrement ouverte. Les secondes s’éternisent faisant monter mon angoisse sans que la créature n’ait encore apparu. Le public est tellement silencieux que je ne serais pas étonnée qu’ils retiennent leurs souffles. Le silence est étouffant . Tout compte fait, je crois que je préférais quand ils criaient. Les secondes semblent durer des heures et une petite partie de moi espère que le « Bordaille » soit mort mais un rugissement qui terrifiant retentit. Le son aigu résonne dans toute l’arène. Je suis terrifiée. J'ai à peine le temps de cligner des yeux qu'un énorme serpent aux écailles vertes et bleues apparait devant moi. Il est aussi grand qu'un homme adulte debout et la fin de son long corps se termine par une longue queue assez pointue pour transpercer la chair. Ses yeux me fixent et sa gueule s'ouvre lentement laissant apparaitre quatre dents brillantes aussi longues que mon bras.
Je ne sais pas me battre, encore moins avec une arme qu’avec mes poings, je n’ai jamais été du genre à entamer une bagarre mais il semble que je ne n’aie pas vraiment le choix. Le public est toujours silencieux attendant certainement la première attaque pour lancer ses acclamations. Mon regard reste accroché à celui du bordaille, chacun de mes sens est en alerte. Dans ses pupilles d’un noir effrayant je discerne une folie sauvage.
Il attaque.
J’ai à peine le temps de réagir. Je me décale sur le côté à la dernière minute sans avoir le temps d’attaquer.
Le public crie.
Le bruit ne fait qu’énerver la bête qui envoie sa longue queue dans ma direction, si vite qu’elle en devient floue. Je me déplace sur le côté encore une fois et je réussis à éviter son attaque qui frappe le sol faisant s’envoler un nuage de sable. Je tente d'enfoncer ma dague entre ses écailles mais ma lame n’atteint pas sa cible. Des grosses gouttes de sueur perlent sur mon front autant à cause de la chaleur que de la peur. Je ne vois plus rien à cause du nuage de sable et je recule de quelque pas, angoissée de me faire avoir par une attaque que je n’aurais pas vue venir. Je sonde le paysage autour de moi, plus net au fur et à mesure que je m’éloigne du nuage. Quand j’arrive enfin à l’extérieur, je vois la bête se dresse pour me surplomber, elle ouvre grand sa gueule et pousse un rugissement qui fait écho dans toute l’arène. Le public hurle mais c'est à peine si je l’entends tant je suis concentrée. En quelques secondes, elle me saute dessus sans que je m'y attende et je tombe sur le dos sous l’impact. Le choc bloque ma respiration et je vois trouble quelques secondes. La tête du Bordaille est juste au-dessus de la mienne, ses longues dents sont à quelques millimètres de ma joue. Mon sang se glace. Je vais mourir. J'enfonce ma lame dans le corps de la bête. Elle pousse un hurlement qui me perce les tympans et fait un bond en arrière, arrachant ma lame d’entre ses écailles. Je remarque d’abord le sang chaud de la bête qui coule long de mon bras puis je ressens une douleur à la joue. Je pousse un petit cri et pose ma paume à l'endroit douloureux. Quand je la retire, elle est enduite d'un liquide rouge. Du sang…mon sang. Je chasse l'image de ma joue blessée, je resserre ma prise sur ma lame et me relève en voyant le Bordaille se dresser devant moi. A cause du sang, la dague glisse dans ma paume et je dois la serrer fort pour ne pas la lâcher. Il plonge sur moi, j'esquive. Il continue d’attaquer sans jamais se fatiguer. Dans ma tête, je répète le même refrain en boucle.
Esquive, attaque, esquive
Mais, petit à petit, mes réflexes se font plus lents et mes attaques moins précises. Le Bordaille, quant à lui, attaque toujours aussi violemment.
Je me bats pour rien, je n’ai aucune chance…
La peur me serre les entrailles car je sais que je ne vais plus tenir très longtemps ; mes jambes sont douloureuses, j’ai chaud et ma joue me brule. C'est déjà un miracle que j'aie tenu jusqu'ici. Ma tête commence à tourner et ma vision devient floue. Je ne vois pas la queue du Bordaille foncer droit sur moi. La douleur explose dans ma jambe. Je crie. Je ne me sens même pas tomber pourtant je me retrouve au sol. J’ai mal. Je hurle. J’entends mon propre cri se mêler à ceux du public. Soudain, tout devient noir, tous les sons disparaissent. J’ai l’impression que ça dure une éternité. Je panique, j’ai mal, je n’arrive plus à crier, je suis incapable de pleurer et mon corps ne me répond plus. La douleur ne diminue pas, j’ai envie que ça s’arrête. Je ne comprends pas ce qui m’arrive. Puis, dans le silence qui règne autour de moi, j'entends un petit cri à peine perceptible, mais, en me concentrant, j’arrive à distinguer d’autres sons, de plus en plus forts. On m’appelle. Je n’arrive pas à savoir qui, mais je distingue clairement mon nom. Je veux répondre mais mes paroles restent coincées dans ma gorge, je soulève doucement mes paupières. Mon corps est si fatigué que ce simple mouvement me demande plus d’énergie que je ne l’avais imaginé. Je suis allongée sur le dos, ma joue humide sueur contre le sable doré. Elros…Mon cœur cesse de battre dans ma poitrine et je crois rêver. Il a une longue lame en main et se tient entre le Bordaille et moi, planté sur ses deux jambes. Qu’est-ce qu’il fait ici ?
La bête attaque, avec une vitesse inouïe mais Elros esquive habilement et je crois voir du sang couler de l’œil du Bordaille.
Il l’a blessé ?
Je tourne la tête de l’autre côté en retenant un cri de douleur, les dents serrées. La grille est ouverte, laissant la sortie libre d’accès.
Pourquoi personne n’a-t-il refermé cette grille ?
J’entrevois une lueur d’espoir. J’étais sûre de mourir, mais l’arrivée d’Elros a fait vaciller mes convictions. Une grande partie de moi se dit que c’est trop facile et qu’on sera certainement accueillis à la sortie par une dizaine de gardes mais… Je me redresse avec difficulté, tentant de maintenir la douleur qui pulse de mon mollet jusqu’à tout mon corps. Un petit couinement s'échappe de ma bouche quand je pose ma jambe blessée au sol. Les larmes me montent aux yeux et je pince mes lèvres dans l’espoir de masquer ma douleur. Elros s’approche de moi et je remarque en un coup d’œil que le Bordaille est couché au sol et semble avoir du mal à se lever. En reportant mon attention sur le blondinet, je remarque que ses lèvres s’activent mais je suis incapable d’entendre ses mots. Une pointe de panique nait dans ma poitrine, j’étais tellement concentrée sur la douleur de ma jambe, que je ne m’étais pas rendu compte que les cris du public ne me parvenaient plus.
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Le Sacrifice
FantasyElyana Viline, vivant dans la grande ville de New York, se retrouve propulsée dans un monde sans pitié lors d'une visite scolaire. Tous voulant sa mort, Elyana devra se faire des alliés de taille afin de se sortir vivante des mains du roi pour retr...
