Le soleil décline sur Seattle, les murs de notre planque semblent boire les dernières lueurs de la journée. La chambre empeste la moisissure et la fatigue. Kayden est à table, entouré de cartes et de notes griffonnées à la hâte. Il a cette manière de se plonger dans ses pensées, comme si le simple fait de réfléchir allait suffire à nous sauver la peau.
Plus tôt dans la journée, nous avons eu affaire au type qui devait nous fournir les plans de l'immeuble. Une discussion brève, mais efficace. Nous l'avons coincé dans une ruelle sombre, le genre de scène où tu sais tout de suite que personne ne sort indemne, sauf si tu raconte ce que nous voulons entendre. Lui, il a flanché au premier regard de Kayden. Une enveloppe pleine de billets a suffit à le convaincre de nous filer les informations nécessaires. On a récupéré le tout, mais il savait que la moindre trahison signerait son arrêt de mort.
Pour continuer dans notre lancée, direction un entrepôt du réseau Blackwood, où nous avons par la suite récupéré une voiture. Pas une Mustang, ni un modèle extravagant- c'était une Aston Martin DBS Superleggera, noire mate, au moteur ajusté et à l'historique nettoyé. Une voiture bien sûr, non répertoriée, parfaite pour passer sous les radars.
Moi, j'observais. Pas parce que j'étais inutile, -D'ailleurs, qu'il aille se faire foutre-, mais parce que quelqu'un doit bien garder les pieds sur terre pendant qu'il joue au stratège.
— Tu es sûr de ton coup ? Je dis en m'adossant contre la fenêtre pour détourner mon attention du bruit incessant de son stylo.
Il ne daigne même pas lever les yeux.
Classique.
— Nous n'avons pas le choix, ils comptent sur nous et honnêtement, vois-tu une autre option Sherlock ?
Je souffle un rire sec.
— Non, mais ça, ça ne veut pas dire que c'est une bonne idée. Si tu veux vraiment qu'on se faufile dans ce building en plein milieu de la nuit, avec seulement un flingue et nous deux, va falloir jouer plus serré que ça.
Cette fois, il lève les yeux, un sourire qui n'a rien d'agréable étire ses lèvres.
— C'est pour ça que tu es là, les miracles, c'est ton domaine, non ?
Je hausse les sourcils, pas d'humeur à plaisanter.
— Ecoute, je pense qu'on peut pas se permettre d'improviser, si on échoue, c'est game over pour tout le monde.
Il pose enfin son stylo et croise les bras, me regardant avec une intensité que je ne lui voit que rarement.
— C'est pour cela que l'on ne va pas échouer, tout est déjà en place, l'accès par l'entrée sud est la meilleure des options et une fois que nous serons à l'intérieur, nous suivons le plan à la lettre.
Il se lève soudainement, contourne la table. Son regard accroche le mien instantanément et son air suffisant se dissipe très légèrement. Lentement, il s'approche, réduisant la distance entre nous. Je reste immobile, mes bras demeurent croisés en me demandant ce qu'il cherche à faire.
Quand il n'est plus qu'à quelques centimètres de moi, il baisse légèrement le ton et se courbe pour me faire face, sa voix devient plus douce, presque persuasive.
— J'espère que tu me fais confiance, Madelyne. Damian et Dani... Nous allons les sortir de là. Toi et moi. Rapide. Propre.
Il y a une assurance étrange dans ses yeux, un mélange de promesses et de merdes imminentes. Sa proximité me trouble le temps d'une seconde, mais je ne vais pas lui donner cette satisfaction.
VOUS LISEZ
ANAGRAM
RomanceMadelyne Dibson, mécanicienne talentueuse, fuit l'emprise de son père, un puissant magnat new-yorkais, pour reconstruire sa vie à San Francisco. Mais son nouveau départ tourne au cauchemar lorsqu'elle découvre que le garage qui l'emploie est en réal...
