Dans un monde où des créatures magiques côtoient les humains, le Roi Hélios les collectionnent. Un cerbère humain, une gorgone, une selkie, un sorcier ... eux, ils ne rêvent que d'une chose : s'évader et connaître la liberté.
Alors que le Roi va bi...
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Hélios était né dans un milieu de vautours. Il l'avait vite comprit, dès les premières années de sa vie. Il devait plaire à chacun, être un bon prince et se montrer digne de ses ancêtres. Eux, que ce qu'ils en avaient fait de grande chose ! Mais Hélios n'y avait jamais songé à ce qu'il ferait lui. Que cela déplaise à sa mère, à la Cour ! Cependant, il n'était pas né avec de l'ambition.
Au contraire. Il souhaite une vie calme et paisible, si possible que tout son royaume partage la même vie. Dès son plus jeune âge, sa mère lui avait offert le plus précieux et beau des cadeaux. Une créature à l'air timide, au regard fuyant et toute affamée apparût devant lui. Un Cerbère. Une bête de légende mais qu'on ne pensait jamais voir de nouveau. Cette fois, à l'apparence humaine ! Ce fait le rendait plus unique et sacré encore.
Quand le prince le vit, il le trouva magnifique. Rapidement, il se convainquit qu'ils étaient amis. Cela rassura sa mère de le voir enfin prendre goût à quelque chose. Oui, il avait désormais un rêve ! Avoir d'autres acquisition comme celles-ci ! En faire toute une collection. Ça, c'était son avenir, en plus d'être un bon Roi. Il le serait.
Il passa de très nombreuses années avec son Cerbère avant l'arrivée des autres pièces. Elles lui étaient moins précieuses. Notamment à cause des années qu'ils avaient passés ensemble. Hélios aimait à croître qu'il leur avait tout apprit, de la lecture, à l'écriture, à la gestion d'un bâtiment. Souvent, ils dormaient ensemble tout en chuchotant tous les quatre. Il avait toujours préféré Henri des trois. Il était celui qui comprenait le mieux son rôle de Roi futur. Ainsi, il lui avait donné de très bons conseils sur son avenir. Parfois sur qui inviter lors de l'organisation de bals, ou de banquets. Il maniait bien les mots et souvent, Hélios lui ordonnait d'écrire ses discours. Jamais personne ne l'avait su. Pour les membres de la cour, le Cerbère n'était que l'animal préféré du prince.
Quand il avait changé de diadème, à la mort de son père, il était devenu évident que sa collection ne pouvait plus vivre au sein de Château. Ils étaient détesté, et pire encore, ils devenaient une arme contre sa gorge. Ils étaient une faiblesse qu'il devait dissimuler. Alors, il avait prit la décision de les placer au Petit Palais, pour les conserver loin de ses opposants politiques. Il avait nommé Henri en tant qu'intendant et leur avait confié une vingtaine de servants qui vivaient non loin. Ses trois amis lui manquaient atrocement depuis qu'il avait accédé au trône. Même les lettres ne suffisaient pas pour retrouver la chaleur de ses amis. Tout le courrier du monde lui semblait froid et fade.
Cependant, il ne pouvait pas s'absenter sans raison du Château. Ses journées étaient chargées, parfois, il pouvait s'éclipser pour retrouver la candeur qui l'habite quand il retourne au Petit Palais. Aujourd'hui, il retrouve la certaine innocence qu'il possède. Il va rencontrer sa nouvelle possession. Henri a été très enthousiaste à son sujet.
Il l'a décrite comme étant réellement une Gorgone. Mais ça, ça se disait aisément. Hélios, fin collectionneur et expérimenté de la chose, savait qu'il était rare de trouver une réelle créature. Une fois, on avait tenté de lui refourguer un cheval à qui on avait collé une corne de narval sur le front ! Avant le moindre achat, il demandait confirmation de la véritable magie derrière la créature en question. Pour certains, comme le Cerbère, cela se voyait aisément. Pour d'autres, comme il était le cas pour Saphir, cela avait été plus complexe. Comment être certain que l'on avait bien face à nous une selkie et non pas une femme nue ? Alors, il avait ordonné à un bourreau de la noyer. On raconte que ces créatures sont issues de l'union entre la Lune et l'Océan. De ce fait, elles ne se noient pas, au contraire. C'est ce qui est arrivé. Malgré de lourdes minutes qui tombaient désagréablement sur le sol, elle avait survécu ! Sans aucune séquelle. De plus, elle parlait une langue étrange quand elle suppliait qu'on lui rende sa peau. On l'avait informé que c'était la langue de l'eau.
Ainsi donc, bien que la Gorgone semble en être véritablement une, il avait assuré ses arrières. Quand il avait procédé à son achat, il n'avait payé que de moitié. Il connaissait bien l'histoire, une jeune fille qui avait été victime de son grand Prêtre, au Couvent. D'un coup, le voilà en pierre et elle a des serpents à la place des cheveux. Pour autant, qu'on ne le traite pas de naïf ! Il s'est assuré qu'il vérifierait son pouvoir le plus important.
C'est donc seul qu'il a prit place dans le carrosse. Il se dirige vers le Petit Palais avec un cocher. Chaque instant qui passe, il se dit que le monde est tout de même magnifique. De grands arbres verdoyant enchantent son regard et lui offre une offre bienveillante contre le soleil. Sans compter la douce odeur de fleurs sauvages qui lui parvient. Néanmoins, il a hâte de voir l'évolution du jardin du Petit Palais. Rien que pour y voir l'influence de la nymphe qu'il y a exposé. On lui a longuement vendu que cette dernière bénirait son jardin, il attend donc de voir les résultats.
Depuis combien de temps n'est-il pas venu ? Depuis combien de temps n'a-t-il point fait de nouvelles acquisitions ? Cette Gorgone doit bien être la première en de très nombreux mois. Pour autant, elle valait bien la peine d'attendre autant. Ce genre d'apparition ne sont pas rares, néanmoins, les pauvres créatures sont tués cruellement avant de regarder d'autres humains. C'est un miracle ! Ah ça oui, qu'il en ait été informé avant le jugement de la pauvre enfant. Il sait que comme ses parents sont gorgés d'ambition et ne rêve que de pièces clinquantes, il a pu faire une offre. Avec d'autres parents, cela n'aurait pas été possible. Pour beaucoup, la monstruosité doit être assassinée, bien avant de pouvoir grandir.
Même pour le Cerbère, ce n'est que parce que sa mère a lancé une offre dans tous le Royaume qu'il a pu l'obtenir. En plus, il fallait bien que le dit monstre ait déjà quelques années, pour qu'on soit certain qu'il puisse survivre. C'est vrai, à sa naissance, beaucoup pensaient qu'ils crèveraient sans laisser de trace au creux de l'histoire. Parce qu'il n'était qu'un Cerbère, qu'une bête immonde et que son corps tout entier pulsait l'anormalité. Pourtant, Hélios adorait ce torse difforme qu'il possédait pour permettre à trois tête de se poser dessus. Chaque regard qu'il avait était si unique ! Que l'on plonge dans l'univers d'Hugo, de celui de Jean, ou d'Henri. Un monde à part à chaque fois. Et leurs visages sont une mines d'expression à eux seuls.
Jean est celui qui a conservé toute leur candeur d'enfant, son admiration est sans faille pour son prince. Hugo lui a toujours détesté tout le monde, y comprit lui. Mais Hélios perçoit à chaque instant sa sensibilité quand il rêvasse. Henri est le plus mystérieux des trois. Même lui ignore ce qui se trame dans sa lourde tête blonde. Il garde les secrets comme personne.
—Y sommes-nous bientôt ?
—Oui, votre Altesse. Je vois déjà votre intendant vous attendre dehors.
D'ici quelques minutes, il remonterait l'allée de cyprès. Il verrait alors son ami d'enfance lui sourire, le saluer dignement avant de le faire pénétrer dans le Petit Palais. Alors, il se glisserait dans les couloirs, on l'amènera à une salle belle et luxueuse. Puis, il rencontrerait la Gorgone, comme il l'entend dans sa tradition. Ensuite, il ordonnera qu'on teste ses pouvoirs à changer les hommes en pierre.
Si elle échoue, ses parents paieront gravement l'erreur de l'avoir prit pour un abruti. Cet enseignement, il le tient depuis l'enfance. On ne doit pas le sous-estimé, le surestimé. Il est le Roi et doit être considéré comme tel. On doit le craindre, l'aimer, l'adorer. Oui, il le sait que tout le monde à la cour veut voir sa tête tomber. Ses opposants politiques n'attendant qu'une faiblesse de sa part. Mais Hélios est tout sauf faible. S'il n'a pas de rêve de grandeur, il ne tombera pas pour autant.
Quand le carrosse s'arrête, il descend avec grâce. Il s'assure que sa couronne est bien mise en place et contemple le Cerbère qui s'approche de lui à grands pas. Ce dernier s'agenouille devant son seigneur et attend qu'il lui autorise à prendre la parole. D'un signe de main, la langue d'Henri se délie :
—Votre Altesse, quel plaisir de vous recevoir cet après-midi.
—Est-elle prête ?
—Oui, votre Majesté, rajoute-t-il.
Hélios lève le regard vers le Petit Palais qui semble briller dans la lumière de l'été. Il aime ses grandes fenêtres qui combat toute intimité possible, qui ne lui cache rien. La Gorgone attend sa visite.
—Allons-y, ordonne-t-il.
Le Cerbère se lève, lui propose son bras et tous deux s'enfoncent dans les indicibles couloirs du Petit Palais. Hélios n'est guère familier de cet endroit, il reconnaît à peine ces galeries à cause de la rénovation qu'il a commandé il y a quelques années.
Ils font face à une porte, le Cerbère se poste sur le côté et ouvre. Aussitôt, une large pièce aux tons pastels s'offre à lui.