Le Masque du Devoir

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La route vers le domaine écossais s'étirait sous un ciel gris, et Edouard sentait une lourdeur peser sur ses épaules à chaque kilomètre parcouru. Après avoir quitté Naia, son esprit était assailli par des pensées contradictoires : la passion intense qu'il vivait avec elle et le poids de ses responsabilités royales qui l'attendait à son retour. Sarah et les filles. La réalité.

En arrivant devant le domaine, il prit une profonde inspiration. Le manoir, avec son architecture imposante, semblait incarner la rigidité de sa vie de prince. Dès qu'il franchit les grandes portes du hall, l'air froid et l'ombre de ses devoirs l'accueillirent immédiatement. Sarah l'attendait.

Elle se tenait là, parfaite dans son élégance naturelle, chaque détail de son apparence soigné, comme toujours. Sa silhouette mince et sa posture impeccable rappelaient à Edouard qu'elle était exactement ce que l'on attendait d'une princesse : une épouse modèle, une mère attentionnée, une reine en devenir aux yeux de tous. Mais pour lui, elle n'était plus qu'une ombre, un devoir figé dans le temps. Derrière cette perfection se cachait une froideur qui l'avait éloigné au fil des ans.

Edouard, dit-elle simplement, sa voix glacée malgré son sourire courtois. Tu es enfin rentré.

Il lui répondit par un hochement de tête, sentant déjà la tension monter. Il savait que cette conversation n'allait pas être simple. Sarah savait quelque chose, il pouvait le sentir dans l'air.

Sarah, répondit-il avec un soupçon d'hésitation dans la voix.

Elle se contenta de le fixer, le sourire toujours planté sur son visage, mais ses yeux perçants disaient autre chose. Elle n'avait pas besoin de faire de scène pour montrer son mécontentement. Tout était dans l'attitude.

Les filles t'attendaient avec impatience, poursuivit-elle en détournant légèrement le regard vers la pièce voisine, où des éclats de rires d'enfants résonnaient. Mais j'imagine que tu avais des affaires très importantes à régler...

Le cœur d'Edouard se serra. Elle savait. Elle n'avait pas besoin de dire plus pour qu'il comprenne qu'elle l'accusait sans jamais le formuler. Sa voix restait douce, contrôlée, mais chaque mot était chargé de reproches silencieux.

Oui, répondit-il en détournant légèrement le regard, cherchant à échapper à la tension croissante. Des affaires importantes.

Le sourire figé de Sarah ne changea pas, mais son ton se fit encore plus piquant.

Je vois. Elle s'approcha lentement de lui, posant une main froide sur son bras. Habituellement, tu n'es pas aussi... distant avec nous. Surtout quand il s'agit de passer du temps avec tes filles. Est-ce que quelque chose a changé ?

Edouard se crispa sous son toucher. Il se sentait acculé, pris dans un piège invisible. Que pouvait-il dire ? Mentir davantage ne ferait qu'aggraver la situation.

Non, rien n'a changé, mentit-il finalement, sa voix légèrement tremblante.

Elle hocha la tête, comme si elle acceptait ses paroles, mais Edouard savait qu'elle ne croyait pas un mot de ce qu'il venait de dire.

Tu as emmené les filles avec toi ? demanda-t-il, changeant de sujet pour échapper à cette confrontation directe.

Oui, répondit-elle en détournant enfin le regard. Elles avaient besoin de te voir. Après tout, elles te réclamaient depuis un moment. Et je me suis dit que tu aurais peut-être besoin de leur compagnie. Une pause, puis elle ajouta, presque innocemment : Elles ont été très surprises de savoir que tu étais encore à Édimbourg après tout ce temps. Moi aussi, d'ailleurs.

L'Interdit d'un PrinceOù les histoires vivent. Découvrez maintenant