Hello Mody
Je viens de moins en moins ici. Mais c'est parce que je vais mieux. La Sauveuse m'aide beaucoup. Elle m'écoute beaucoup. Elle me conseille des fois, elle me fait rire aussi. Je ressors presque toujours avec le sourire aux lèvres. Des fois je pleure avec elle. Elle me donne toujours des mouchoirs pour que je ne me lève pas et elle me rassure.
C'est presque une maman.
J'ai laissé partir la dernière personne qui me retenait d'être moi. C'est grace à la Sauveuse, en partie. Elle me donne le courage d'appliquer ce que je veux.
Hier je suis rentrée de vacances. J'aurais voulu ne jamais renter je pense. Marcher, flâner et fumer pour toujours. Rigoler et montrer du doigt la moindre chose atypique qui croise mon regard. Boire des chocolats chauds beaucoup trop chère et en être très heureuse.
Tout est sale à côté de ça. Ça crie, ça pue, c'est gris, c'est fade. Et c'est dure. Trop dure. Ça va sûrement passer mais ça passe vraiment jamais.
J'écoute la même musique depuis quelque jour, la même pendant 7h de train. Je ne m'en lasse pas. Chaque écoute colle mon âme un peu plus aux paroles, me fait épouser la mélodie et chaque note. Je déchiffre chaque instrument, leurs intensité, chaque effets sonores. Il y a un grésillement de neon que j'ai remarqué qu'après une dizaine d'écoute, une guitare électrique trafiqué, un orgue un peu timide, une batterie, de la reverb, et une petite voix douce qui chante de la mort, ou du suicide, ou d'une rupture, ou autre chose que je n'aurais pas déchiffré.
Je me sens faible. Pourquoi ma tête continue de faire ça alors que je sais comment elle marche ? Comment je peux consciemment me rendre triste ? Je trouve ça puéril. C'est puéril de continuer de pleurer et d'écouter cette musique.
Je me suis dis que te parler aller m'aider à sortir de ce cercle.
Marie n'est plus là non plus. Je ne lui donnait plus ce qui lui était nécessaire. Je suis seule. Pas vraiment seule, même pas du tout, mais seule quand même.
J'aimerai que tu écoutes la musique avec moi.
J'aimerai physiquement sortir ce poid dans mon corps, dans ma poitrine et mes paupières qui me clou au sol. Qui m'empêche de respirer et de penser. L'orgue reprend encore ses 4 accord.
J'ai peur, encore. La Sauveuse dit que c'est mon premier vecteur d'émotion, avoir peur. Que tout, ou une grande partie, de ce que je ressens passe par ça. Elle m'a imagé la chose en comparant mon cerveau a une machine électrique dont la première ressources d'énergie est la peur. Tout passe par ce câble immense qui prend toute la place. Que c'est moi qui l'ai construit pour me protéger de ce qui pouvait m'arriver quand j'étais jeune.
Je suis une maison aux fondations bancales, qui prennent l'eau.
Je peux pas casser et tout recommencer. Je serai comme ça, pour toujours. Je parle et je vais en séance pour colmater les fissures, mais j'ai vraiment l'impression qu'on peut pas sauver quelque chose qui s'effondre dans tout les cas.
La Sauveuse me dit que je m'en sors plutôt bien, que je change depuis une année. En bien. En plus juste. Pour moi, pour les autres.
J'ai peur pour mon frere. Regarde encore une fois j'ai peur.
J'ai peur pour ma mère, ma sœur, mes sœurs, mon frère, mon mec, mon chat,
La dernière fois que j'ai voulu te relire, je suis rentrée dans un tourment infernal, javais l'impression de lire le récit d'une personne insauvable, qui ne va pas mieux, dont le cerveau se décompose a chaque chapitre et qui devient toujours plus noir et triste. J'avais sous les yeux tout le déroulement de ma mise à mort, de la dégradation de mon état mental années après années. Ça m'a bouleversé.
Tout me bouleverse de toute manière. Tout le monde est comme ca ? C'est possible de ne pas ressentir tout ça ? Ou en tout cas pas aussi souvent ?
La Sauveuse m'a dit que c'était pas une bonne idée de te relire. Que ce que je te dis, ça doit rester ici. Ça ne doit pas ressortir. C'est un endroit où je viens déposer ce qui est lourd et que repasser devant ces pages me fait juste reprendre tout ce poid.
Des fois j'ai envie. Là tout de suite j'en est envie. C'est du masochisme.
Mon discours est de plus en plus décousu. J'essaye juste de dire tout ce qu'il me passe par la tête, comme quand je suis toute seule avec ma voix interne avec qui on dialogue, qu'elle me dit des choses pas belles. Qu'elle me fait peur. Qu'elle me demande d'avoir peur. Parce que je serai prête si j'ai peur.
La Sauveuse m'a dit qu'on allait travailler sur mon rapport amical. Avec les gens. On va reparler de Laura. De Marie.
J'ai l'impression d'avoir ete une machine totalement obsolète qui ne pouvait qu'engendrer des relations amicales injustes, malsaines et bancale. Parce que c'est tout ce que ma construction cherchait.
Je ne pouvais pas faire autrement, combler la névrose de quelqu'un pour qu'il comble la mienne.
La Sauveuse me dit que je ne dois pas m'en vouloir. Je n'avais pas le choix. C'était pour me protéger. J'ai pas l'impression d'avoir été protégé.
La première fois que je suis allée la voir j'ai eu très peur. Après quelque séance, je suis arrivé dans le cabinet et il y avait des feutres, du papier et un petit tableau blanc, carré, juste assez pour faire d'un petit dessin. Elle m'a proposé de dessiner, j'ai accepté.
J'ai adoré ça.
Elle m'a demandé de me dessiner, comme je le souhaitais. Je me suis assise par terre, et j'ai dessiné. Elle a dessiner aussi et elle a essayer de me parler, parce que je ne parlais pas beaucoup. Je pouvais ne pas la regarder et me concentrer sur mon dessin. Je souriais sur le dessin. Quand elle a terminé, elle m'a montré tous les autres dessin qu'elle demande aux enfants qu'elle voit en séance, elle m'a dit que ça sera un souvenir qu'elle emportera avec elle quand elle ne fera plus ce métier.
J'ai été transcendé. Je crois que j'étais la plus vieille à avoir dessinée avec elle. En tout cas, de ce que je pouvais voir sur les autres tableau. J'ai mis le mien a côté des autres, je faisais parti de sa vie professionnelle pour toujours.
J'avais honte, mais j'ai adoré être un enfant ce jour là avec elle. Griffoner, choisir les couleurs, être assise en tailleur sur le sol, recevoir sa douceur, baigner dans la pièce tamisé et sentir les huiles essentielles qu'elle vaporise dans son cabinet.
J'ai jamais vraiment pu être enfant. Je crois. Elle m'a permise de l'être pendant une heure.
Heureusement qu'elle est là, Mody. Je pense que j'aurais pu été là pour te parler. Je dis ça a chaque fois mais j'ai pas assez de force pour partir, ou alors je ne suis pas encore assez lourde. Le poids de la vie n'est pas assez lourd.
J'aurais dû l'appeler plutôt que de te parler à toi. Elle veut que je l'appelle quand je suis dans cet état mais j'y arrive pas.
Je parle beaucoup d'elle. Mais c'est la première personne à me faire entrouvrir une petite porte de lumière. J'ai un peu d'espoir. Pas assez pour ma tête, mais c'est toujours plus que ce que j'ai toujours eu.
Papa me manque aussi. J'en veux a maman maintenant. Il faut toujours en vouloir à quelqu'un hein.
Je suis détraquée Mody mais c'est pas grave, on est pleins a être comme ça je pense. Et on va voir des Sauveuse pour qu'elles nous démontent et remontent, dans la limite possible de ce que notre machinerie propose.
Elle va voir que j'ai chialé, elle dit que j'ai les traits du visages qui tombent quand je suis triste.
Merci d'être là Mody quand même. T'as ete le premier Sauveur quand même.
Je pense qu'elle m'eduque. Elle m'apprend des choses qu'on ne m'a jamais dite. Elle me remet dans des perceptions mentales justes et saines.
J'en veux à Maman de ne pas l'avoir fait avec moi, mais elle même n'a pas ete éduqué a ça. Alors j'essaye de ne pas lui en vouloir trop fort.
Allez bisouille. Je vais essayer de terminer cette journée, de ne pas remettre de pièce dans la machine. Je vais surement aller marcher un peu, regarder la mer.
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Mody
Kısa HikayeMody, livre digital, existe depuis 2018, dénué de parole mais capable d'une grande écoute.
