Dueres, jour 4 : un échec glaçant

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Ce jour-là, je fis encore des cauchemars. Je rêvai du jour où j'avais dû fuir le village. Quand je me fus enfui, je plongeai dans un regard vert émeraude qui me rassura et calma mon cœur qui battait à toute allure.

Puis je me réveillai. Il n'y avait pas de mort, pas de sang, pas de regard vert émeraude : j'étais dans la cour de mamie Henriette. Quelque chose, comme un pressentiment, me fit sortir et guida mes pas vers un coin du quartier où je n'avais jamais mis les pieds. Il faisait bon. J'aperçus un très vieil homme, tout ratatiné, emmitouflé dans une vieille couverture, et je sus que c'était lui que je devais aller voir.

Il était si ridé et rabougri qu'il aurait pu être un gnome âgé de mille ans. À bien y réfléchir, je n'arrivais pas à déterminer sa race.

Il fixa ses yeux dans les miens d'un regard pénétrant. J'entendis :

« Tu es bien jeune. Tu vas faire des erreurs, mais ne perds jamais confiance en toi. Et quand tu l'emporteras, garde l'humilité. Quand tu seras perdu dans la tempête, souffle dans la corne de brume. Maintenant, va. »

Ma main se referma sur un objet qu'il me tendit, et mes jambes repartirent en sens inverse, ne me laissant pas le temps de poser une seule des questions qui me brûlaient la langue. Quelques dizaines de mètres plus loin, la force invisible qui dirigeait mes pas me laissa reprendre le contrôle. Je fis aussitôt demi-tour, mais quand j'arrivai là où j'avais vu l'homme, il n'y avait plus qu'un tas de sacs-poubelle en toile grise. Je me demandai si je n'avais pas rêvé, mais je tenais toujours l'objet qu'il m'avait donné dans ma main. Je l'observai de plus près.

C'était un dé en os. Chaque face était ornée de glyphes qui m'étaient inconnus. Je le glissai dans ma poche et, très vite, je n'y pensai plus.

Je rejoignis le groupe d'enfants. Sorath semblait avoir oublié ce qui s'était passé la veille, ou du moins elle ne m'en voulait pas. Très vite, je partis avec Merya. Je lui demandai si on pouvait retourner voir le monsieur de la dernière fois, celui qui était gentil, et elle répondit par l'affirmative.

Nous nous dirigeâmes donc vers là où nous l'avions vu. Alors que nous traversions une rue, deux garçons d'une douzaine d'années nous barrèrent le chemin. Ils se ressemblaient comme deux gouttes d'eau et portaient tous deux une salopette brune ;

« Sales clodos ! nous lancèrent-ils. »

Et ils nous jetèrent des œufs. Surpris, je ne parvins pas à éviter les premiers, et découvris à mon plus grand malheur que c'étaient des œufs pourris. Après avoir accompli leur méfait, les deux abrutis s'enfuirent en ricanant. Merya et moi nous regardâmes, dégoulinant du liquide visqueux et puant.

« Ah, les... ! s'indigna Merya.

- Pourquoi ils ont fait ça ?

- Violence gratuite. C'est courant. Et encore, là, ça allait. Ils devaient juste chercher un moyen de se débarrasser de leurs œufs pourris, pas nous nuire particulièrement. Sinon ils auraient fait plus d'efforts. En plus, ces deux-là... ils nous embêtent souvent, dès que Sorath n'est pas là. »

Lorsque nous arrivâmes devant la petite taverne où nous avions rencontré l'homme, il n'était pas là. Nous nous assîmes sur son banc. Autour de nous, les vendeurs vantaient à grands cris leur marchandise, les clients négociaient, les passants cherchaient leurs enfants qui couraient dans tous les sens.

Un petit humain vint vers nous et, posant ses petites mains potelées sur mes genoux, il demanda :

« Pourquoi tu es torse nu ? Et pourquoi tu as du sang sur le front ? Vous aussi, vous avez perdu vos parents ? Vous avez quel âge ?

Une erreur fatale - Marqué de remords (volume 1)Des histoires addictives. Découvrez maintenant