Dueres, jour 8 : Choc. Encore.

6 2 1
                                        

Je devais me laver. Je me baignais dans une fontaine d'eau froide pour faire partir le sang de mes vêtements. Pourtant, l'eau était chaude. Et poisseuse. C'était du sang. C'était une fontaine de sang. Le sang de Dench. Le liquide rouge jaillissait de la gorge de la statue, au centre ; c'était la statue du demi-orc. La fontaine gargouillait, bouillonnait.

Je sortis avec horreur du bain de sang. Une main me poussa à nouveau dedans. Je n'eus pas le temps de retenir ma respiration avant d'être plongé sous la surface. Je me débattis et émergeai bruyamment. Derrière moi, un regard assassin m'observait. Un regard doré. Un regard d'assassin.

Je jaillis hors de la fontaine, furieux, les mains en avant. Elles se resserrèrent sur son cou.

« AH ! »

Je m'éveillais en sursaut. Une sueur glacée me couvrait l'échine et le front. Ma respiration était haletante.

Mon regard se posa sur mes mains. Ces mains qui me démangeaient, que j'avais envie d'arracher et de lancer au loin. J'avais envie de hurler. Mais, à quelques mètres, là, Leïna dormait. Après le temps qu'elle avait mis à s'endormir la veille ! Je ne devais pas la réveiller.

Je sortis donc de la cour sans faire de bruit. Je passai ma main sur mon front couvert de sueur et sentis le sang sur mon front. Ma Marque était faite du sang de Dench. Pourtant, ce n'était pas moi qui l'avais tué.

Si son pouce avait tracé un trait bien droit sur mon front, le reste de sa main ensanglantée avait taché ma joue. J'avais tout lavé la veille, sauf mon front, pour ne pas faire peur à Leïna.

La veille, Sorath m'avait laissé m'en sortir. Comment allait-elle réagir à ma vue, aujourd'hui ? C'est le cœur plein d'appréhension que je me rendis sur la place. Cependant, la tieffeline ne m'adressa pas un regard. Elle ne croisa celui, noir de colère et de haine, que je lui adressais. Elle nous envoya vagabonder dans la ville sans même parler à qui que ce soit de Dench.

Quand elle prit congé, un groupe important d'enfants, qui n'étaient pas encore partis, commencèrent à chuchoter en lançant des regards éloquents dans la direction qu'elle avait prise, et dans ma direction. Je supposais que c'était le groupe de Dench, et m'en approchai. Les chuchotis se turent.

« Vous étiez les amis de Dench ? demandai-je prudemment. »

Ils acquiescèrent vaguement.

« Merci pour ce que tu as fait, hier. »

Ils n'ajoutèrent rien. Je lançai quelques regards derrière moi, pour repérer l'espion de Sorath. Aujourd'hui, c'était Ashim. J'allais avoir du mal à me débarrasser de cette surveillance, maintenant. Je repris, à voix basse.

« Un jour, nous le vengerons. Mais ce jour n'est pas encore venu. Restez soudés. Ne laissez pas Sorath vous diviser. »

Les enfants échangèrent quelques regards étonnés. L'un des plus grands, jeune ado, s'avança et déclara :

« On ne savait pas que tu... enfin... on pensait que tu étais devenu le chien de Sorath, quoi. »

Je ne répondis rien. Je leur fis un léger signe de tête en guise de salut poli, puis je partis. Ashim n'allait sans doute pas tarder à parler de mes messes basses à la tieffeline. Mais en attendant, je devais aller récolter de l'argent, pour éviter de la provoquer plus que nécessaire.

Dans les rues, je croisai un vieillard qui se faisait réprimander par ce qui devait être son fils ; je remarquai une humaine qui marchait avec le pas qu'ont les gens occupés ; je vis trois femmes à l'allure importante discuter d'un ton sérieux ; j'aperçus deux enfants, dont la plus grande semblait donner une leçon à la plus jeune ; un nain à la bourse bien remplie attira mon attention. Seul, il marchait vite, préoccupé. C'était ma prochaine cible.

Une erreur fatale - Marqué de remords (volume 1)Des histoires addictives. Découvrez maintenant