Dueres, jour 5 : enfant des rues

9 2 1
                                        

Un miaulement bien trop proche de mon oreille me réveilla en sursaut. Je me redressai brusquement, ce qui fit fuir le félin coupable.

J'étais furieux. Pour une fois que je n'avais pas fait de cauchemar, et que j'étais même au milieu d'un rêve incroyablement réconfortant, je me réveillais trop tôt ! En plus, j'étais incapable de me rappeler ce rêve.

Je me levai donc en grommelant, ce qui fit sourire Lavie, contrairement à mamie Henriette :

« Roh, mais pourquoi tu ronchonnes dès le matin, toi ! Tu m'as réveillée !

- Pff, fit Lavie en faisant signe à mamie Henriette de se rendormir. Bonne journée ! ajouta-t-elle à mon adresse alors que je m'en allais. »

Je partis donc vers la fontaine où j'avais rendez-vous tous les matins. Je fus surpris de ne pas trouver Merya. Machinalement, je cherchai Li du regard, et je le trouvai seul, sur son banc, la tête entre les mains et l'air complètement abattu. J'hésitai à aller lui parler, mais, me rappelant ce qu'il avait failli me faire, je ne pus m'y résoudre.

Le soleil s'éleva au-dessus des habitations, et Sorath n'apparaissait pas. Les enfants de la place s'en allèrent un à un. Au bout d'un moment, je m'en allai à mon tour. Je partis chercher Merya. Où était-elle donc ? Je passai ma matinée à la chercher, car je ne savais pas où elle vivait, et, sans que j'eusse vu le temps passer, les ombres se firent toutes petites. C'est grâce à cela que je remarquai que j'étais encore suivi. Alors que mes pieds vagabondaient dans les rues et que mon esprit voyageait je ne sais où, mes yeux jouaient avec les ombres que délimitait le soleil brillant.

Une silhouette sombre remua, attirant mon attention. Je distinguai une main, avant qu'elle ne disparaisse derrière l'ombre d'une cheminée. Sans me retourner, j'établis un plan.

Je continuai ma route, repérant parfois de discrets indices qui m'indiquaient que j'étais toujours suivi. Soudain, sans prévenir, je fis un écart et je disparus dans une ruelle si étroite que je ne pouvais tendre les bras sans toucher les deux murs. L'ombre y était aussi sombre que la grande rue était ensoleillée. J'attendis.

Peu après, comme je l'avais prévu, Kelly apparut à l'entrée de la ruelle, très prudente. Elle ne me vit pas tout de suite, car ses yeux s'adaptaient encore à la luminosité, et ma peau sombre m'offrait le camouflage parfait.

Je la tirai brusquement dans l'impasse et me plaçai dans l'ouverture, lui bloquant le passage. Elle se retourna vivement, plissant les yeux face au contre-jour.

« Da... Daelam ? hésita-t-elle.

- Pourquoi tu me suis ? »

Les yeux de Kelly s'affolaient.

« C'est Sorath, c'est ça ? C'est elle qui t'envoie me surveiller ?

- Non, répondit l'adolescente.

- Tu as quel âge, exactement ?

- Pourquoi ça t'intéresse ?

- Moi, j'ai neuf ans. »

Kelly sembla tergiverser un instant, puis elle déclara :

« J'ai entre douze et treize ans, je crois.

- Ça fait combien de temps que tu es là ?

- Que... pourquoi ?

- Tu aimes bien Sorath ?

- C'est quoi, cet interrogatoire ?

- Est-ce que tu veux qu'on passe un accord ?

- Quoi ? s'étonna la naine. Comment ça ?

Une erreur fatale - Marqué de remords (volume 1)Des histoires addictives. Découvrez maintenant