Des pleurs d'enfant me tirèrent du sommeil. Le soleil n'était pas encore levé. Lavie s'éveilla en se frottant les yeux. Mamie Henriette, elle, ne semblait pas perturbée par l'elfe qui criait dans son oreille.
« Maman !!! Je veux maman !!! »
Lavie prit l'enfant dans ses bras et la berça doucement.
« Là, là, ça va aller. »
Les pleurs redoublèrent. Hésitant, je m'approchai.
« Qu'est-ce que je peux faire pour aider ? demandai-je.
- Je ne sais pas, je ne me suis jamais occupée d'un enfant... fit Lavie, aussi perdue que moi. Tu veux bien aller chercher de l'eau, s'il te plaît ? »
Je m'exécutai. Leïna ne se calmait pas. Ce ne fut que quand je lui proposai un jeu qu'elle cessa de sangloter pour me regarder de ses grands yeux brun-vert. Je l'occupai jusqu'à ce que mamie Henriette se réveille.
« Ben alors, elle est déjà levée, ma petite elfe ! s'exclama-t-elle. Et toi, tu n'es pas encore parti ? C'est rare. »
Je levai les yeux. La matinée était bien avancée maintenant, et je n'avais rien vu ! Paniqué, je me levai, souhaitai bonne journée à Lavie et à mamie Henriette, ébouriffai amicalement les cheveux de la petite Leïna, et je m'en fus.
Sur la place de la fontaine, tous les enfants étaient déjà partis. Je me dépêchai de me mettre au travail, en croisant les doigts pour que Sorath ne m'en veuille pas. Ce jour-là, il y avait moins de monde dans la ville. Je pris le temps de me calmer. Il s'agissait de ne pas foncer dans le tas sans prendre de précaution. J'évaluais tous les passants, la forme de leur bourse, leur démarche, leur regard, leur port de tête... Je n'étais peut-être pas un professionnel, mais je faisais des efforts.
Mais qu'est-ce que je racontais ? Je faisais des efforts pour quoi ? Pour voler ? Mais pourquoi étais-je là ? Je n'étais pas ici pour apprendre à voler, mais pour arrêter ces vols. Qu'est-ce qui m'avait pris ? Je me pris la tête dans les mains. J'avais pris la décision de voler deux fois plus que les autres enfants des rues. Pourquoi ? Je volais des innocents. Pas des pauvres, non, mais des innocents. Mais... si je ne faisais pas ça, comment faire pour monter en grade ? Non, je ne devais pas m'arrêter. Je savais que c'était mal, mais je ne pouvais pas faire autrement.
Un vieillard passa. Il était vêtu d'habits riches, sans arme au côté, et il était seul. La cible parfaite. Une bourse en cuir pendait à sa ceinture, bien remplie. Je me dirigeai vers lui, sans presser le pas, l'air dans la lune. Au moment même où je passais à côté de lui, comme je sortais de son champ de vision, je détachais sa bourse d'un geste leste de la dague, et fis disparaître les deux objets dans mes poches. Je continuai ma route comme si de rien n'était. Autour de moi, personne n'avait rien remarqué. En tout cas, je l'espérais. Mon sang battait à mes oreilles. C'était toujours la même histoire, pourtant je ne m'y faisais pas. J'avais toujours l'impression que j'allais me faire prendre.
Je sursautai. Mon ventre venait de gargouiller, brisant la tension qui dressait mes épaules. Je me forçai à me détendre, tandis que je me dirigeais vers la taverne du Loup Gourmand. Isaac, le vieux tavernier, me donna volontiers à manger, et il me proposa même de m'asseoir à une de ses tables.
« Alors petit, fit-il. Tu viens tard, aujourd'hui. Tu fais des efforts, pour... tu sais ? (Il baissa la voix.) Arrêter de voler. »
Je ne répondis pas, le nez dans mon bol de potage. Il ne pouvait pas savoir.
« Et l'autre petite ? Elle va bien ?
- Elle est malade, je répondis avant de retourner à mon bol.
VOUS LISEZ
Une erreur fatale - Marqué de remords (volume 1)
Fantasy/!\ HISTOIRE ABANDONNÉE /!\ Enfant, Daelam a commis une erreur. Un crime. Qui a détruit sa vie, et celles d'autres personnes. Alors il fuit son passé, essaie de changer. Il part à l'aventure avec trois compagnons, tente par tous les moyens de se rac...
