Dueres, jour 9 : dernier avertissement

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Je me réveillai brusquement. Mon sommeil avait été peuplé de cauchemars. J'avais mis du temps à m'endormir, et j'avais dormi peu. Le temps passa tandis que l'angoisse sourde qui me serrait le cœur disparaissait peu à peu.

Leïna se réveilla avant les deux autres, et s'approcha de moi. Je lui souris. Elle éternua.

« Elles n'étaient pas censées t'emmener au temple, hier ? dis-je. »

Leïna ne répondit pas, et bâilla.

« Tu ne parles pas ? »

Elle fit non de la tête en se frottant les yeux.

« Non je parle pas. »

Je pouffai. Elle me sourit en retour. Elle était vraiment mignonne. Elle ne devait pas grandir ici, dans ces rues miséreuses. Dès que Lavie et mamie Henriette furent sur leurs pieds, je leur demandai :

« Vous ne l'avez pas amenée au temple, hier ?

- Non, elle était dans un état pas possible ; impossible de la faire bouger. Elle a l'air d'aller mieux aujourd'hui. Tu veux nous accompagner ?

- Volontiers. »

Je ne me rendis pas à la fontaine de Sorath. J'avais envie de penser à autre chose. Leïna sur les épaules, je marchais aux côtés de Lavie et mamie Henriette qui débattaient de la nécessité du port de chaussettes la nuit. Ce fut Lavie qui clôt le débat avec un argument imparable :

« De toute façon, vu l'état dans lequel sont tes chaussettes, ça ne change rien que tu en portes ou pas. »

Nous nous rendîmes donc au temple de Zelbris. Là, un prêtre nous accueillit à bras ouverts. Il était vêtu d'une longue robe vert émeraude brodée d'or, avec le symbole de son Dieu brodé sur le cœur. Ce devait être un humain ou un demi-elfe, qui commençait à avoir des rides.

« Bienvenue ! Que puis-je faire pour vous ?

- La petite est très malade, elle a été abandonnée dans la rue... et nous ne pouvons pas nous en occuper.

- Mh, je vois... montrez-moi ça. »

Le prêtre nous guida dans une pièce qui n'était pas le milieu de l'entrée, et posa quelques questions à Leïna sur comment elle se sentait. Puis il apposa les mains sur son front, ferma les yeux et marmonna quelques paroles magiques qui me mirent un baume au cœur. Une chaleureuse lumière dorée illumina le visage de la petite, et elle eut meilleure mine.

Le prêtre se tourna vers nous.

« Ce n'était qu'une simple fièvre. Mais vous avez bien fait de venir nous voir. À cet âge, ça peut se détériorer très vite. Faites attention. Pour ce qui est de l'abandon d'enfant, nous n'en accueillons pas. En revanche, je peux vous conseiller le temple de Heaume, qui a un orphelinat. Si vous avez besoin d'aide, n'hésitez pas à revenir !

- Merci beaucoup, au revoir !

- Bonne journée ! Bonne chance, petite ! »

Nous sortîmes du temple et nous nous dirigeâmes aussitôt vers le temple de Heaume. Leïna trottinait à côté de nous, débordante d'énergie.

Le temple était composé de trois bâtiments, disposées en U autour d'une grande cour. Cette fois-ci, ce fut une prêtresse qui nous accueillit, elle aussi vêtue des couleurs de son Dieu. Sa robe était blanche et argent, et le symbole de son Dieu était accroché à un pendentif. Elle était entourée de quatre enfants qui piaillaient autour d'elle.

« Bonjour, fit-elle. Vous cherchez quelque chose ? »

Lavie lui expliqua la situation, et la prêtresse l'écouta jusqu'au bout sans l'interrompre – sauf une fois, pour dire à une enfant d'arrêter de tirer sur sa manche parce qu'elle était en train de parler avec une dame et que ce n'était pas poli de les déranger. Puis elle se pencha vers Leïna.

« Tu t'appelles Leïna, c'est bien ça ?

- Oui madame.

- Pas de madame avec moi. Appelle-moi sœur Gabil. C'est moi qui vais prendre soin de toi, à présent. Tu comprends ? »

Leïna leva les yeux vers mamie Henriette.

« Et après, maman va venir me chercher ? »

La grand-mère la regarda d'un air contrit sans savoir que répondre. La prêtresse s'en chargea.

« Si ta mère vient te chercher, bien sûr, tu retourneras avec elle. Mais la plupart des enfants qui viennent ici y grandissent jusqu'à leur majorité. Il faut que tu saches qu'elle ne reviendra peut-être pas. Mais nous prendrons soin de toi comme si nous étions ta vraie famille. »

Leïna serra ma main dans la sienne, acquiesçant lentement.

« Mais surtout, surtout, continua sœur Gabil en prenant un air très sérieux, tu ne dois pas oublier qui tu es, d'où tu viens et qui sont tes parents. D'accord ? Garde ce qu'ils t'ont donné à jamais dans ton cœur.

- D'accord. »

C'est ainsi que nous laissâmes la petite Leïna au temple de Heaume.

Lavie et mamie Henriette me quittèrent assez vite, et je replongeai dans l'ambiance tendue de la guilde. Tout d'un coup, je me demandai si on m'avait suivi jusqu'au temple de Heaume. Dès que je me fus assuré que c'était Kelly en charge de ma surveillance, je lui fis signe de venir me parler.

« Qui me surveillait ce matin ?

- Naida, je crois. »

Je lâchai un juron.

« D'ailleurs, Sorath se méfie de plus en plus de toi, surtout depuis hier, comme tu as parlé avec le groupe qui soutenait Dench. Fais attention. Tu sais pourquoi il est mort.

- Pourquoi il a été assassiné, rectifiai-je en grommelant. »

Kelly me regarda d'un œil désapprobateur.

« Par exemple, tu ferais mieux de garder ce genre de remarques pour toi. Elle n'apprécie pas. Au début, tu étais le nouveau, elle t'aimait bien, mais là... je crois que tu commences à lui taper sur les nerds. Et tu sais comment elle est. »

***

Je tentai d'oublier la menace qu'étais Sorath en courant dans la ville. Mais le devoir me rattrapait. Peu importait qui était ma supérieure, si je voulais monter en grade, il fallait que je continue de voler.

Vers le milieu de l'après-midi, alors que je venais de cacher la bourse que j'avais dérobée, quelqu'un apparu à côté de moi et commença à marcher avec moi. C'était Lynn.

« Un problème ? demandai-je.

- Euh... oui. J'aurais besoin... enfin, je n'ai pas...

- Il te manque de l'argent pour payer Sorath ?

- Oui. »

Elle semblait désolée de venir me demander ça et parlait à voix basse. Je lui tendis cinq pièces d'argent. Il me restait encore un peu de temps avant que le soleil ne se couche.

« Merci, merci infiniment ! »

Aussitôt, elle disparut. J'avais pitié d'elle. Je n'avais pas fait assez attention.

***

Sorath me dévisageait d'un air glacial. Je baissai les yeux. Elle ne m'avait jamais dévisagé avec une étincelle aussi meurtrière dans les yeux. Elle était bien différente des premières fois. Disparue, la tieffeline souriante.

« Je peux savoir de quoi vous avez discuté, Lynn et toi ? Grinça-t-elle. »

Je restai muet.

« Je veux que tu cesses de lui donner de l'argent. Si elle ne fait pas son devoir, c'est à elle d'en payer le prix.

- Qu'est-ce que tu lui as fait ?

- Ha ! Ça t'inquiète ? »

Elle me releva le menton avec une douceur glaçante. Exactement comme elle avait traité Lynn la première fois que je l'avais vue.

« Écoute-moi bien. Je ne supporte pas qu'on sape mon autorité. Tu l'as peut-être déjà remarqué ? »

Je frissonnai.

« C'est mon dernier avertissement. La prochaine fois, je ne te raterai pas. »

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⏰ Dernière mise à jour : Mar 23, 2025 ⏰

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