Gavi x Pedri

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PDV extérieur

L'appartement des milieux de terrain du Barça était plein à craquer. Sur un des grands canapés, Ansu était affalé, un coussin sous la tête. Alejandro, évidemment, était tout contre lui, bras passé autour de sa taille comme si c'était la chose la plus naturelle du monde. Ils dormaient à moitié, leurs respirations calmes.

Plus bas, dans le jardin, quelques jeunes n'étaient pas encore couchés. Pau et Héctor scrutaient le ciel, à la recherche de constellations.

- Là, regarde, c'est Orion, chuchota Pau.

- Tu dis ça à chaque fois, sourit Héctor.

Non loin, Marc Casado et Pau Víctor discutaient à voix basse. Puis un autre joueur arriva, un de ceux récemment montés du B.

- Vous êtes collés comme un couple, là, balança-t-il sans réfléchir, en fixant Pau et Héctor.

- T'as un souci avec ça ? répliqua calmement Héctor sans détourner les yeux des étoiles.

- C'est bon, je rigole, frère...

- Bah rigole ailleurs, répondit Pau Víctor en se redressant, regard dur. C'est pas drôle.

L'autre détourna les yeux, gêné. Marc Casado lâcha un petit rire sans humour.

- Faut vraiment apprendre à la fermer, parfois.

**

Gavi et Pedri faisaient semblant de dormir. Chacun sur le côté, dos à dos, entre les draps tirés à la va-vite.

Pedri ouvrit les yeux. Il n'arrivait pas à respirer normalement. Tout était coincé. Il se leva sans bruit, enfila un t-shirt, et quitta la chambre pieds nus.

Il traversa le couloir, entra dans la cuisine sombre. Il ouvrit le frigo, prit une bouteille d'eau, et but à grandes gorgées.

Il ne l'avait pas entendu venir.

- Tu dors plus non plus, souffla Gavi derrière lui.

Pedri se retourna à moitié.

- Pas vraiment.

Gavi s'approcha, s'adossa au comptoir, le regard baissé.

- On peut pas être ensemble.

- Tu le penses vraiment ? murmura Pedri.

- On est dans un putain de club. Les regards, les photos, les sponsors, les rumeurs... Tu veux que ça nous explose à la gueule ? Tu veux perdre ce qu'on a construit ?

Pedri secoua doucement la tête.

- Ce qu'on a construit, c'est aussi... nous.

- Justement. Je tiens trop à toi pour qu'on se déchire plus que ça.

Pedri ne répondit pas. Il reposa la bouteille.

- Bonne nuit, dit Gavi en se détournant.

Pedri resta seul dans la cuisine, les mains sur le marbre glacé, incapable de bouger.

**

Le soleil baignait la cuisine d'une lumière dorée. L'odeur du pain grillé, du café noir et du jus d'orange flottait dans l'air alors que les joueurs s'éveillaient un à un.

Assis à la table, Pau Cubarsí riait doucement avec Héctor Fort, tous deux tassés sur un banc, les épaules jointes. Pau portait un sweat bien trop grand pour lui, reconnaissable entre mille. Celui d'Héctor. Le col du pull glissait un peu sur son épaule nue.

Non loin, Marc Casadó beurrait tranquillement sa tartine tandis que Fermín López, les cheveux encore en vrac, racontait une anecdote de la veille, entre deux gorgées de lait. Il s'arrêta pour décocher un regard amusé vers le salon.

Sur un des canapés, Ansu et Alejandro dormaient encore. Serrés l'un contre l'autre. Un bras, une jambe emmêlée.

Gavi descendit le premier l'air fermé, les traits tirés. Juste derrière, Pedri traînait les pieds, une main dans les cheveux, l'autre autour d'une tasse qu'il semblait avoir oubliée là depuis une éternité.

Ils ne se regardèrent pas. Ils ne se dirent rien.

Mais Pau et Héctor, eux, échangèrent un regard rapide quand ils les virent passer. Comme s'ils savaient. Comme si tout le monde savait, en fait.

Gavi s'installa en bout de table, à côté de Fermín. Le silence, entre eux deux, fut bref. Puis Fermín leva les yeux.

- T'as pas dormi.

- T'as pas à jouer au psy, répondit Gavi, sans force.

- J'ai vu comment tu l'as regardé en bas des escaliers.

Gavi serra la mâchoire. Il enfonça sa cuillère dans son yaourt, plus fort qu'il ne l'aurait voulu.

- On peut pas. Pas maintenant.

- Parce que tu veux pas, ou parce que t'as peur ?

- C'est pareil.

Fermín souffla, un peu triste.

- Non, Pablo. C'est pas pareil. Pas pour lui.

Il marqua une pause.

-Tu sais qu'il t'attend encore ?

Gavi baissa enfin les yeux. Mais il n'eut pas le temps de répondre. Pedri passa derrière eux, leur jeta un regard bref, puis sortit dehors, tasse toujours à moitié pleine.

Fermín se leva, sans un mot. Il lui tapota l'épaule.

- Réfléchis, Pablo. Avant qu'il arrête de t'attendre.

Gavi resta là, figé, le yaourt entre ses doigts, le cœur ailleurs.

**

La maison bourdonnait encore de voix, de tasses qui s'entrechoquent, de rires étouffés. Pablo jeta un coup d'œil vers le canapé : Ansu s'était calé contre Alejandro, un bras possessif autour de lui. Dans un coin, Pau riait à quelque chose qu'Héctor venait de lui montrer sur son téléphone. Leurs épaules se frôlaient, leurs genoux aussi.

Il n'avait jamais prêté attention à tout ça avant. Maintenant, ça lui sautait au visage.

Il se leva sans bruit et sortit dans le jardin. Il avait besoin d'air. De distance.

Les pas de Pedri le suivirent quelques secondes plus tard.

- Tu voulais fuir ? demanda-t-il, adossé au mur.

- Non. Réfléchir.

Le vent faisait trembler doucement les feuilles au-dessus d'eux.

- T'as vu comme ils sont... bien ? souffla Pablo.

- Ouais.

- Je crois que j'ai passé trop de temps à croire que nous, on n'avait pas le droit à ça.

Pedri ne dit rien, mais s'approcha. Lentement.

- Et maintenant ?

- Maintenant, je me dis que peut-être on se prive de quelque chose de vrai. De trop beau pour le cacher.

Le souffle de Pedri était plus proche, chaud contre sa joue.

- Et si ça refoire ?

- Alors on assumera. Ensemble.

Pedri glissa sa main dans la sienne, leurs doigts s'entrelacèrent sans trembler.



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