30 | COMME SI DE RIEN N'ETAIT

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𝑳𝒖𝒄𝒚


Les deux dernières nuits avaient été affreuses, en grande partie à cause de mes pensées agitées, que l'énième altercation avec mon père. J'avais très mal dormi et je pouvais parier que cela allait se voir sur mes traits, aujourd'hui. J'arrivais à un point où je me demandais comment c'était possible d'avoir une vie aussi mouvementée, sans même avoir le temps de respirer un court instant, que des événements tous plus terribles les uns que les autres me tombaient dessus.

La malchance, elle, me poursuivait comme mon ombre. Et j'en avais plus qu'assez. Hélas, quelque chose me disait que tout ça n'était que le début d'une longue succession de complications, de problèmes à n'en plus finir.

Est-ce que j'aurais du répit, un jour ?

En ce lundi matin, je n'avais, mais alors là, aucune envie d'aller en cours. Dès lundi prochain, les examens à la fin de ce mois d'avril nous attendaient pendant toute une semaine, avec le bal qui clôturerait le tout. Je grimaçai, loin d'être emballée par l'idée. J'avais hâte d'en finir, comme ça, ça me ferait deux choses en moins à penser.

Une boule d'énergie fonça dans ma chambre, je souris en observant Lenny grimper sur mon lit. Néanmoins, il reprit rapidement une expression contrariée. Je me doutais bien de ce qui devait traverser son esprit.

— Ça va, Lulu ?

— Oui, et toi, mon ange ? Tu as passé une bonne nuit ?

— Oui, mais je peux dormir avec toi ce soir ?

J'acquiesçai.

— Tu peux m'attendre un moment ?

Il m'adressa un grand sourire. Je me dépêchai de me doucher et de me préparer. Mon fond de teint et un peu de mascara appliqués, j'enfilai un haut noir côtelé aux épaules dénudées et un jean gris taille haute, dans lequel j'insérai une ceinture puisque légèrement lâche. Je défis rapidement mon chignon, laissant mes cheveux ondulés retomber en cascade sur mes épaules.

Quittant la pièce, j'attrapai mon sac et le rejoignis.

— Est-ce que papa est là ? lui demandai-je.

— Non, il est parti travailler.

— Et Madame Wilson ?

— Elle vient d'arriver.

Nous nous rendîmes sur la mezzanine. J'enfournai la veste de Félix dans mon sac, fermai ma porte à clefs, tandis qu'il s'amusait à me tirer par le bras vers les escaliers.

— J'ai faim, grande sœur, viens !

— Désolé de t'avoir fait attendre. Laisse-moi deux secondes, d'accord ?

Sans réponse de sa part, je me retournai vers lui.

— Lenny, non ! On ne court pas dans les escaliers, je te l'ai déjà dit ! criai-je en le voyant descendre la moitié des marches à toute vitesse. 

Au moment où il allait tomber en avant, je l'attrapai et le tirai en arrière. Seulement, je ne réalisai que trop tard que suite à ce geste, je venais de rater une marche. Le sol se déroba brusquement sous mes pieds. En me sentant partir en arrière, j'eus le réflexe d'attraper la rambarde. Pas assez vite cependant, car ma cheville se tordit, ma main glissa et je tombai en arrière. 

Dû au vacarme que ma courte chute avait dû engendrer, j'entendis de la vaisselle se briser en mille morceaux sur le carrelage.

— Oh mon Dieu, mademoiselle Collins !

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