Ana dévisagea le général et ses deux sous-fifres. Elle sentait ses veines pulser à tout rompre contre ses tempes, son souffle se faisait de plus en plus rapide et sa vue commença à se brouiller, inondée par la rage.
"Réfléchis, bon sang!" tenta-t-elle de se raisonner. "Respire, respire, respire."
Voyant que la princesse ne répondait pas à sa condamnation, le général poursuivit:
- Ces mesures seront appliquées dès ce soir, et seront maintenues jusqu'à ce que nous retrouvions Alastair. Un mage le remplaçant viendra à votre rencontre après les cérémonies en l'honneur de la Reine. Tachez de ne rien faire de suspect, d'ici là.
La princesse mordit sa joue au point qu'un goût métallique vint saturer ses papilles. Elle signa son coeur et ses lèvres d'un signe de croix, en guise de serment.
- Je vous demanderais de bien vouloir me laisser, à présent, annonça-t-elle la voix tremblante. La journée s'annonce douloureuse, comme vous devez vous en douter.
Oskar et ses subalternes ne se firent pas prier et tournèrent les talons. Ana épongea ses larmes du bout d'un mouchoir brodé et aperçu la silhouette de Trissia se dessiner au bout du couloir.
- Tout va bien mamzelle? demanda cette dernière en apercevant la mine déconfite de sa dame.
- Oui. Je me suis simplement laissée envahir par l'émotion, mentit la princesse.
La femme de chambre caressa la joue de sa maitresse.
- Vous êtes courageuse mamzelle. Tout l'monde le dit dans le royaume. "l'est comme sa mère, la princesse", qu'ils disent.
- C'est vrai? s'étonna la jeune fille. Est-ce vraiment ce que le peuple pense?
Trissia sourit et hocha la tête en guise de réponse. Cette révélation inattendue réconforta Ana, qui retrouva vite son aplomb habituel.
- Merci, murmura-t-elle à l'attention de sa suivante.
La jeune fille croisa son reflet dans la vitre la surplombant. Elle examina son apparence. Sa coiffure était expertement réalisée et encadrait son visage, d'une telle façon qu'il paraissait étinceler. De longs pans de voile écru - l'albâtre était la couleur du deuil à Noctalea - glissaient le long de sa silhouette, jusqu'au sol, tout en marquant sa fine taille. L'image qu'elle se renvoyait était celle d'une de ces luxueuses statues, sculptée par les mains habiles des artisans du Sud. Ses prunelles brillaient de satisfaction. Suite à cette appréciation, elle se mit en route vers le lieu de cérémonie.
- Nous avons failli t'attendre, railla son frère Henri lorsqu'elle vint se placer à ses côtés.
La princesse sentit la colère monter en elle. Son frère l'avait faite accusée de torts dont elle n'était pas entièrement responsable. Il usait de son pouvoir politique à tout va, ce qui agaçait Ana. Lui, ne semblait pas mesurer l'impact de ses actes. Lorsqu'il y a des années de cela, il avait assisté au décès de sa mère, son âme avait été comme maudite. Il s'était senti mourir avec sa maternelle, et son coeur, à défaut de se briser, était devenu aussi froid que de la glace, aussi dur que de la pierre. Enfant, il s'émerveillait de toute la beauté que le monde avait à offrir à l'homme. Mais à la suite de la tragédie, il s'était réfugié dans le vice, afin de combler un vide émotionnel. Lui était-il seulement concevable de pouvoir accorder sa confiance après la trahison qu'il avait vécue, plus jeune? La question ne se posait même pas.
En ce jour funeste, il revêtait, tout comme sa jeune soeur, une tenue ivoire. Il portait un pantalon tissé droit, dans lequel était coincé une chemise ample, tenue fermée au niveau de la poitrine par un lacet. Ses cheveux, si blonds qu'ils semblaient blancs, avaient été peignés en arrière, et certaines de ses mèches étaient tressées avec des fils argentés. Sa beauté était ensorceleuse, et il était presque impossible de détacher ses yeux de son visage, tant il suintait la perfection.
Henri jouait de ses charmes et attirait dans ses bras de nombreuses prétendantes, assez naïves pour ne pas se rendre compte qu'elles n'étaient qu'un nom de plus parmi ceux d'une longue liste. Il murmurait à ces dames des mots suaves, roulant ses r à la manière d'un chat qui ronronne. Presqu'aussitôt, elles se jetaient à son cou, s'offrant à lui si facilement que c'en était risible.
Ana exécuta une légère révérence, tout en glissant un regard au Roi qui arborait toujours la même expression d'ennui. Elle ne s'y attarda pas et contempla le paysage qui s'offrait à elle. La famille royale se tenait sur une plateforme en marbre ébène, qui surplombait le sol d'au moins deux mètres. En contrebas s'étendait un long fleuve, seul point d'eau à Noctalea. Il avait été nommé Ambrosia, en hommage au breuvage des divinités ancestrales. La vallée, assez large pour que puisse être construit en son centre, un palais, serpentait jusqu'à un horizon proche, où la terre laissait apparaître ses entrailles. L'eau s'y engouffrait en un râle hypnotisant, sans que jamais elle n'atteigne le fond du ravin. Les premières générations de mages avaient lancé un sort sur cette cascade, de telle sorte que le fleuve qui s'y jette se métamorphose en un liquide aussi pur et étincelant qu'un diamant brut. Par delà cette abîme enchantée, la voute céleste enveloppait l'espace et les milliers d'étoiles qui y brillaient renvoyait leur éclat sur l'étendue aquatique, scintillant comme des paillettes à sa surface.
De part et d'autre des monarques, les mages Faerys, vêtus de leur uniforme habituel, observaient tout comme Ana, le panorama. Cette dernière croisa malgré elle, le regard inquisiteur d'Oskar, et ne put réprimer un frisson. Elle tourna la tête, et remarqua que de nombreux nobles étaient présents. Les artisans et autres gens du peuple avaient eux aussi, répondu au rendez-vous. La princesse sentit son coeur se serrer lorsqu'elle aperçut certains d'entre eux, les yeux rougis par les larmes. Elle mordilla nerveusement sa lèvre inférieure, se retenant de pleurer du mieux qu'elle le pouvait.
Au loin, un cor tinta. Les jeunes souverains se redressèrent et leur père se racla la gorge. La cérémonie allait débuter.
***
Bonjour. Avant toute chose, je vous remercie d'avoir pris le temps de lire ce chapitre, ainsi que les précedents. L'écriture est pour moi un réel plaisir, mais rien ne m'emplit plus de joie que de savoir que mes textes permettent à d'autres d'être satisfaits.
J'ignore si vous l'avez remarqué, mais les chapitres d'AE se font de plus en plus courts. En fait, j'ai compris que si mes parties faisaient plus de 1500 mots à peu près, les gens se lassaient. Du coup, j'écris mes chapitres sur Word (en moyenne 4000, 5000 mots) et je les coupe à des endroits "stratégiques" (quand j'estime qu'une phrase peut faire l'office de cliffhanger quoi) et boom, je publie. De ce fait, le chapitre V, VI et VII (que je mettrais en ligne, je l'espère, Dimanche prochain), n'en sont en fait qu'un seul et unique.
Une autre explication à ce découpage est la régularité de la publication. A cause de mon rythme de vie, je n'ai jamais réussi à mettre en ligne les chapitres à moins d'un an d'intervalle (ce qui est trop long, je vous l'accorde). Je me suis donc fait la promesse d'y remédier et de partir sur un rythme hebdomadaire. Malheureusement, je ne suis pas Stendhal et j'ai besoin d'un peu plus de temps pour pondre une lecture potable et riche, de plus de 2 pages. Voila (bon, je mens de ouf parce que j'ai mis 3h à écrire ce chapitre et que si je m'organisais encore mieux, je pourrais écrire plus mais je suis partisane de la devise "qualité plutôt que quantité")
Si vous avez des questions à me poser ou des remarques à me faire, concernant les personnages, la suite de l'histoire, ma grammaire douteuse ou mon excès de virgules (c'est plus fort que moi, je vous jure), n'hésitez pas à poster un commentaire.
Je tiens à remercier tout particulièrement ceux qui prennent le temps de voter, et de me laisser un petit mot, sous chaque chapitre. Vous êtes précieux.
Mille bisous et à dimanche prochain!
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ABYMES ENCHANTÉES
FantastikPar delà les plaines sèches des Terres du Sud, le Royaume de Noctalea trône, sous les scintillements attentifs des étoiles. Contrée éternellement plongée dans la nuit, ses habitants vouent un culte aux astres qui les surplombent. Ils ne se doutent...
