"Nous ne pouvons pas nous permettre d'augmenter les taxes, votre Altesse"
Henri soupira et se frotta le visage entre les mains. Cette réunion lui paraissait durer une éternité. À chaque problème soulevé, à chaque conflit évoqué, les minutes semblaient s'étirer et chaque mot prononcé flottait lourdement dans l'esprit du jeune homme.
Le Roi n'était pas présent pour lui reprocher son attitude déplacée. Il n'aurait jamais toléré les soupirs répétés que son fils ne cessait de pousser. Cependant, cela faisait deja des semaines que le monarque s'absentait et les rumeurs les plus folles alimentaient les babillages des nobles. Certains avaient même risqué le proclamer mort. Cette idée était néanmoins tombée dans l'oubli suite à l'apparition du Roi lors des solennités du solstice d'hiver.
Le Prince avait repris les affaires du royaume suite à la demande de son père. Ce dernier ne lui avait pas donné plus d'explications concernant son retrait soudain de la vie politique du royaume. Henri n'avait eu d'autre choix que d'exécuter l'ordre du Roi, tout en espérant qu'il soit de retour au plus vite.
- Que proposez-vous, Sir Ygor?
Le concerné soupira et s'enfonça dans son siège. Henri le toisa et, voyant qu'il ne répondait pas, rejeta son objection d'un geste rapide.
- La mesure sera mise en application dès la lune nouvelle, annonça clairement le Prince.
- Votre Altesse! s'offusqua l'un des conseillers présents.
- Assez, tonna le régent. La réunion est ajournée. Messieurs, merci pour votre présence. Vous pouvez disposer.
Henri se leva et quitta la salle d'un pas décidé. À peine avait-il passé le seuil de la porte que des protestations s'élevèrent.
Il n'en tint pas compte et se dirigea vers ses quartiers, à bout de forces. Si son paternel venait à mourir, le titre de Roi lui reviendrait et l'idée ne lui plaisait aucunement. Il avait passé de nombreuses heures à étudier la géopolitique, les stratégies militaires et avait souvent assisté à des conseils au côté de son père. Mais jamais n'avait-il été confronté aux responsabilités qui pesaient sur les épaules d'un dirigeant. Celles-ci morcelaient depuis peu son esprit et puisaient toute l'énergie qui comblaient les béances de son âme.
Henri salua d'un coup de menton le garde à l'entrée de sa chambre et passa le seuil qui séparait la pièce du long couloir vermeil.
Il jeta sa veste sur une chaise et releva les manches de sa chemise.
- Quelle mine abominable, nota une voix masculine.
Le prince sursauta et foudroya son interlocuteur du regard.
- Max, prononça-t-il sur le ton du reproche.
Le concerné haussa les épaules tout en riant. Il lissa son uniforme bleu, époussetant au passage la poussière imaginaire qui le recouvrait, et haussa un sourcil.
- Qu'y a-t-il? Notre Prince aurait-il eu peur?
Henri leva les yeux au ciel et se laissa tomber sur l'un des fauteuils de la suite.
- Ne raconte pas de bêtises, Maximilien, rétorqua-t-il tout en retirant ses bottes.
Il gratifia l'homme d'un sourire sincère et l'invita à prendre place à ses côtés.
- Fa, ne me dis pas que tu es là pour me parler affaires, demanda le régent.
Le mage leva les mains, comme pour plaider son innocence. Il contourna le canapé et s'installa nonchalamment sur l'accoudoir de celui-ci.
- J'adore quand tu m'appelles "Fa". Ça me donne de l'importance.
Henri poussa un grognement et se pinça l'arrête du nez.
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ABYMES ENCHANTÉES
FantasyPar delà les plaines sèches des Terres du Sud, le Royaume de Noctalea trône, sous les scintillements attentifs des étoiles. Contrée éternellement plongée dans la nuit, ses habitants vouent un culte aux astres qui les surplombent. Ils ne se doutent...
