Anastasia se cramponna à Maximilien, retenant de justesse un cri de surprise. Elle le sentit se figer, et remarqua sa mâchoire serrée. En moins de temps qu'il n'en faut pour le dire, la princesse les enveloppa d'un sort de dissimulation. Le Fa la foudroya du regard, conscient qu'elle n'était pas en état de gaspiller ses sortilèges ainsi, mais également pris d'un sentiment de culpabilité. Il se sentait responsable de la sécurité de la souveraine, et voilà deux fois qu'il n'avait pas pu la protéger.
Ana, comme si elle avait pu lire dans son esprit, le rassura d'un simple coup d'oeil. Le temps n'était pas aux remords.
Toujours immobiles au centre du corridor, les deux compagnons observèrent les Fas traverser le long couloir d'un pas décidé. Ils ne semblèrent pas remarquer la princesse et le soldat, dissimulés par un tour de passe-passe pourtant banal. Les hommes ne parlaient pas, mais Maximilien savait que leur lien télépathique avait été activé.
Arrivés à leur hauteur, la moustache d'Henri frétilla et il jeta un regard à l'endroit où Ana et Max se tenaient. Comme des biches face à leur prédateur, sachant qu'elles sont prises au piège, les deux amis retinrent leur souffle et soutinrent le regard du Prince, sans qu'il ne puisse le remarquer. De fines gouttes de sueur commençaient à perler du front d'Ana et ses mains tremblaient légèrement. Elle puisait dans ses dernières ressources afin de maintenir le sortilège, et elle en venait bientôt à bout.
"Encore un peu", s'encouragea-t-elle en silence, alors que ses oreilles se mettaient à siffler.
Bien qu'il paraisse s'éterniser, cet instant ne dura qu'une fraction de sablier. L'attention d'Henri se porta à nouveau sur la conversation silencieuse qu'il tenait avec le Général. Ils poursuivirent leur route, la démarche hâtive, et disparurent enfin.
Max poussa un soupir silencieux, et Ana défit son sort, à bout de souffle. Le Fa reprit son chemin, la princesse toujours dans ses bras. Le ballottement de la course lui donnait des hauts le coeur qu'elle tentait de contenir tant bien que mal.
Après plusieurs dédales traversés sans plus croiser ni serviteurs, ni mages, les deux compagnons atteignirent enfin les quartiers de la princesse. Maximilien avait été assez lucide et avait emprunté les passages dissimulés, bien que cela allonge leur parcours. La restriction de ses pouvoirs, par son statut de Fa, et l'épuisement d'Ana ne leur aurait pas permis de lancer un autre sortilège s'ils s'étaient à nouveau retrouvés nez à nez avec des occupants du palais.
Le mage déposa Anastasia sur les épaisses couvertures de son lit, et ajusta les oreillers sous sa tête.
- Que m'arrive-t-il... murmura la princesse, se laissant enfin aller.
Sous les rayons de la lune, son visage paraissait encore plus pâle que dans les sous-terrains du palais. Maximilien remarqua les cernes creusées sous ses yeux, les fines ridules entre ses sourcils et ses longs cheveux tressés en pagaille.
- Je l'ignore, répondit-il pour briser le silence. Tu en as probablement trop fait.
La princesse pinça ses lèvres et secoua la tête.
- Tu sais bien que c'est faux. Quoiqu'il se passe, Fa Balthazar est responsable.
Le mage tenta de ne laisser paraître aucune expression mais ses yeux s'assombrirent malgré lui, un détail qui ne passa pas inaperçu pour Ana.
- Bingo, souffla-t-elle, l'esprit et le corps toujours au ralenti.
- Ca n'a rien d'amusant, Anastasia, la réprimanda Max. Quoiqu'il mijote, Oskar s'occupera de lui.
Un discret sourire se dessina sur la bouche de la jeune fille. Elle ferma les yeux, et se concentra pour organiser ses pensées.
- Il puise dans ma flamme, n'est-ce pas?
- Oui.
- Ce n'est pas très loyal.
Le mage ne répondit pas. Il observa le décor qui se peignait derrière les immenses baies vitrées de la chambre. Le sempiternel ciel sombre de Noctalea s'étendait à perte de vue. La noirceur de la voûte céleste était interrompue par les milliers d'étoiles qui scintillaient, semblables à des lucioles. Les rayons de lune traversaient la pièce, se reflétaient sur les fioles et autres bibelots que la princesse adorait collectionner. Une verrière de vitraux, incrustée dans le haut plafond, venait compléter le décor. Cela créait une atmosphère onirique très reposante.
Il avait toujours parut étrange à Maximilien que la jeune fille occupe la chambre ayant les plus grandes fenêtres du palais, alors que son indifférence pour les étoiles n'était un secret pour personne.
Le Fa détailla la jeune fille une fois de plus, comme si cela lui permettait de mieux la comprendre. Seulement, un élément qu'il n'avait pas remarqué les fois précédentes lui sauta aux yeux. A sa cheville droite, Anastasia portait un bracelet. Le mage plissa les yeux afin de mieux voir à quoi il ressemblait. Il s'agissait d'une pierre de lune, enfilée sur un banal morceau de laine tissé.
"C'est étrange", s'interrogea l'homme, car la princesse ne portait jamais de bijoux.
Voila plusieurs sabliers qu'une question lui brûlait les lèvres mais il n'osait pas en faire part à Anastasia, de peur de perdre sa confiance.
"Ca n'est pas le moment", tenta-t-il de se convaincre.
- Maximilien, l'interpella Ana.
Le mage sursauta, interrompu dans le fil de sa pensée. Son regard soutint celui de la jeune fille qui avait rouvert les yeux. Ana prit une grande inspiration avant de dire:
- Ne t'inquiète pas pour moi. Je sais comment faire chanter Fa Balthazar.
Le Fa fronça les sourcils, troublé par l'annonce de la princesse.
- Oskar s'en occupe, répéta-t-il à la jeune fille.
Elle souffla et se redressa, avec peine. Maximilien voulu l'aider mais elle refusa d'un signe de la tête.
- J'avais compris la première fois, marmonna-t-elle. Mais il ne pourra rien contre lui.
- Parce que toi, oui? répliqua le mage. Je ne pense pas avoir à te rappeler l'état dans lequel tu es. Et cela fait seulement une nuit que tu es confrontée à lui.
Anastasia balaya ces allégations d'un geste de la main.
- Tu me sous-estimes. Tout comme j'ai sous-estimé Fa Balthazar. Mais toi comme moi avons eu tort.
Ses yeux, perdus dans le vide, brillaient de malice.
- Maximilien, reprit-elle, demande à Oskar de ne pas rejoindre le Fa Balthazar.
Voyant qu'il était réticent, elle ajouta:
- C'est un ordre.
Le mage eut un rire moqueur.
- Dois-je te rappeler que je ne suis pas sous tes ordres, Ana?
Sans lui laisser le temps de plus contester sa requête, la princesse attrapa les mains du mages, dissimulées dans leurs classiques gants ivoires.
- S'il te plaît, Max. Fais moi confiance, l'implora-t-elle.
- Ana...
- Je t'en supplie, insista-t-elle.
Le mage hésita, réticent à l'idée d'impliquer une nouvelle fois la princesse dans une situation qui mettait ses jours en péril.
- Promets-moi de ne rien faire d'idiot.
- Le temps est compté, Fa. Dans deux lunes, je serai mariée à son Altesse Vlademyr, et à de nombreuses lieues d'ici. Je n'ai rien à perdre, conclut Anastasia, pensive.
Cette réponse ne satisfit pas le mage.
- Jure-le moi, Anastasia, insista-t-il.
La souveraine leva les yeux vers le soldat et scella ses lèvres et son coeur du bout des doigts.
- J'ai enfin un adversaire à ma taille, chuchota-t-elle.
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ABYMES ENCHANTÉES
FantasyPar delà les plaines sèches des Terres du Sud, le Royaume de Noctalea trône, sous les scintillements attentifs des étoiles. Contrée éternellement plongée dans la nuit, ses habitants vouent un culte aux astres qui les surplombent. Ils ne se doutent...
