Chapitre IX - Obreptice

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Ana se mordit la joue, pour contenir sa rage, et un goût métallique vint saturer sa langue. Ignorant Balthazar et l'air hilare qu'il affichait, la princesse se dirigea vers la porte et attrapa au passage sa lourde et sombre cape.

- Où vous rendez vous, Princesse Anastasia? demanda le mage.

Pour toute réponse, la jeune fille enfila son habit et rabattit la capuche sur sa tête. Elle entendit le Fa soupirer, comme exaspéré. Réprimant un sourire satisfait, elle accéléra le pas et descendit les marches qui menaient aux jardins.

- Arrêtez-vous, ordonna Balthazar.

- Il en est hors de question, rétorqua Anastasia sans prendre la peine de regarder son interlocuteur.

Elle traversa la cour en un clin d'oeil, semant presque le mage. Ce dernier réduit la distance qui les séparait et saisit le poignet de la princesse. Elle se retourna, le regard aussi sombre que le ciel de Noctalea.

- Je vous interdit de me toucher, cracha-t-elle en se libérant de l'emprise de Balthazar.

- Je ne suis pas idiot, Anastasia. J'ai bien compris que vous souhaitiez sortir de l'enceinte du palais.

- Vous êtes perspicace, je vous en félicite. Si vous voudriez bien me laisser partir, à présent.

Le mage sembla abasourdit et finit par pouffer de rire.

- Dois-je vous rappeler les conditions que le Général Oskar vous a imposées?

La princesse haussa les épaules, et se remit à marcher vers les portes arrières du palais.

- Quelle honte. A peine Fa royal et déjà, il faillit à sa tâche...

Le concerné attrapa à nouveau la princesse, la forçant à lui faire face.

- Je vous interdis, souffla-t-il les dents serrées.

Ana resta impassible, malgré la puissante poigne dont le mage usait. Elle sentit une douleur naitre à l'endroit où les mains de l'homme la tenaient.

- Mais n'ai-je pas raison? Avoir à user de sa force pour arrêter une enfant. N'est-ce pas là un témoignage de faiblesse?

Elle vit la mâchoire de Balthazar se serrer et son regard se voiler.

- Vous êtes capricieuse et n'écoutez que vous. C'est pitoyable.

Anastasia ne répondit pas à ces injures et continua à le défier du regard.

- Je souhaite sortir du palais. Et rien ni personne ne m'empêchera de le faire.

- Ces entrées sont gardées par des mages à longueur de temps. Vous n'irez pas bien loin, tonna Balthazar.

La princesse, d'un geste vif, s'écarta du mage. Ses yeux se firent rieurs et elle ajusta sa cape.

- Vous serez surpris de découvrir ce que je suis capable de faire.

Et sans plus de cérémonie, elle se hâta vers l'énorme dôme de cristal qui siégeait à l'écart du parc, le Fa toujours sur ses talons.

La structure de verre avait été érigée en l'honneur de la Primaluna, première Reine de Noctalea. Elle répondait au doux nom de Matilda. À l'occasion de la naissance de leur premier enfant, son époux le Roi Khan le Lumineux avait fait construire une serre, sculptée à partir du plus pure des verres. L'orangerie était un peu à l'écart du château, et on ne pouvait l'apercevoir à plus de 20 mètres.De nombreux arbres l'encerclaient et chatouillaient de leurs branches, le haut plafond de la verrière.Lorsque l'on y entrait, l'odeur sucrée de pétales exotiques venait se glisser dans notre gorge, masquant habilement la senteur fétide du terreau humide. La végétation n'était pas très riche, car en l'absence de soleil, peu de plantes pouvaient prendre racine. De ce fait, la majorité des espèces qui s'épanouissaient dans le jardin secret de la Primaluna affichaient une teinte blanchâtre, et certaines émettaient même de la lumière. De ce lieu splendide émanait une atmosphère mystérieuse, qui aurait émerveillé même le plus las des hommes.

ABYMES ENCHANTÉESOù les histoires vivent. Découvrez maintenant