Elle m'a passé ses yeux.
Je n'ai jamais laissé quelqu'un me passer ses yeux mais Diana avait insisté. Je ne sais pas pourquoi je m'étais laisser-aller. L'affaire est que elle m'avait demandé pourquoi je ne les prendrais pas.
J'avais répondu que je n'avais pas le temps.
Diana m'avait sourit et m'avait dit qu'elle savait qui j'étais et qu'elle savait que le concept du temps pour moi n'existait pas.
Elle a encore insisté, elle m'a tendu ses yeux. Je n'ai pas pu dire non.
Ça m'est venu comme du miel au début. Ce goût tendre d'être aimer. Ça m'a bordé, j'ai vu à travers les yeux d'une autre que j'étais aimé. Ça m'a fait du bien.
La douleur m'a frappé comme une onde choque. Je n'étais plus autour de gens que je connaissais. Autour de moi, il n'y avait qu'inconnu. Des gens que je n'avais jamais vu. Des gens qui riaient de ce que j'étais, de ce que j'avais l'air. J'ai porté mes mains à mes yeux, les yeux de Diana, et j'ai commencé à pleurer à grosses gouttes.
Ce n'était pas des grands, les gens qui riaient. C'était des petits enfants. Je n'ai pas compris pourquoi ils se moquaient de ma personne. Comment des gens baignés dans l'innocence pouvait rire de ce qu'ils n'étaient pas?
C'était pas un truc de grand, ça?
De coller des étiquettes aux gens parce qu'ils ne conforme pas les règles de ce que la société veulent qu'ils soient?
"Trop grosse."
"Trop grande."
"T'es stupide."
"T'as pas d'amis."
"Toute seule."
"Encore entrain de manger?"
J'avais de la difficulté à marcher avec toutes les insultes qui pesaient sur mes épaules. C'était dure de garder la tête haute alors que les reproches venaient peser sur mon corps. J'avais mal. Mais je voulais pas tomber.
Princesse Diana ne serait jamais tombée, elle.
Pourquoi moi je l'aurais fait?
"Diana, pourquoi ne manges-tu pas?"
J'ai dix ans. C'est ma fête. Les gens sont allongés près de la piscine et moi je suis assise sous le parasol. Ma tante vient me passer un bout de mon gâteau. Je le refuse poliment. Je recommence à mâcher tranquillement ma salade.
Ma tante rit et me frappe l'épaule. Elle dit que je peux lâcher mon régime le temps de manger mon gâteau. Je lui souris.
Elle ne comprends pas.
Elle ne sait pas c'est quoi marcher sous les regards moqueurs des gens.
Je refuse poliment en prenant avec ma fourchette la seule tomate restante dans mon assiette.
Rentrée. J'arrive. Les gens se retournent, presque ébahi. Plus personne ne me reconnaît. Je souris. Sourire forcé. Les gens commencent seulement à apprécier quand on commence à se conformer à la société.
J'ai quatorze ans.
Je suis assise dans la cafétéria de mon école alors que le garçon que je croyais être mon ami commence à rire de moi, à côté de lui une fille aux cheveux bouclés. Je lâche ma fourchette, le goût de ma nourriture devient presque intolérable alors que je sens les larmes me monter aux yeux.
La nourriture goûte le plastique, je la mâchouille avec mal, cette impression bizarre d'être grosse me parsemant le corps. J'avale. Je grossis. Peut-être c'est juste dans ma tête, mais ça me tue.
Le garçon qui est sensé être mon ami commence à rire alors que les gens autour de lui commencent à se moquer de moi.
"Tu l'aimes, hein? Attend un peu, j'pense que lui aussi il t'aime! Tu veux de lui aussi?"
Ils commencent tous à rire alors que je fixe d'un regard vide mon assiette, promettant à moi-même de ne pas laisser sortir les larmes. Je les entends se moquer de moi. De comment je suis une idiote pour aimer.
Aimer.
Je n'ai jamais dit que je l'aimais. Pourquoi prendre de façon aussi banale une émotion que je ressens? Pourquoi les gens ridiculisent-ils autant mes émotions? Qu'est-ce qu'il y a de mal à aimer? Et pourquoi si j'apprécie quelqu'un, on le prend automatiquement pour de l'amour?
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Éphémère
Short StoryÉphémère: (Adjectif singulier invariant dans son genre) 1. Qui ne dure ou qui ne vit qu'un jour, qui ne dure pas. 2. Par extension qui n'a qu'un temps, passager, fugitif. Meilleur classement: #38 nouvelle
