~Chapitre 8~

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Eden

Calée au fond de mon fauteuil sur la passerelle, je peste de n'avoir pas eu le temps de discuter avec ma meilleure amie. Gabriella ne pouvant pas lâcher ses « bébés », je suis passée la voir avant de prendre mon poste. D'un autre côté, vu mon état mental au réveil, ce n'est pas plus mal. J'adore Erin, mais je n'avais pas forcément envie d'être bombardée de questions, ce qu'elle n'aurait pas manqué de faire. J'ai seulement eu le temps de lui dire que j'ai bien dormi, que je vais bien. Enfin, c'est ce que je veux laisser croire.

Professionnellement, je dois, et me dois, d'afficher un visage serein. Personnellement, ce n'est pas la même musique. La partition est loin d'être limpide, le tempo pas vraiment calme. Si je ne m'enferme pas dans une bulle protectrice, je cours à la catastrophe. Etre empathique n'est pas simple. D'un côté, ça vous permet de comprendre, d'anticiper, de l'autre, vous prenez toutes les émotions des gens en pleine figure. Il faut trouver la juste mesure. J'ai dû me montrer d'une impassibilité polaire, lorsque Leewan a fait irruption dans la serre. J'ai parfaitement bien perçu son ressenti, face à la froideur dont j'ai fait preuve, mais je n'ai pas d'autre choix. Du moins pour le moment.

J'étais persuadée que mon ex était l'homme de ma vie... grossière erreur de jugement ! Et il était très loin de provoquer chez moi ce que j'éprouve, rien qu'en regardant le capitaine Archer. Je me suis lamentablement plantée une fois, je n'ai pas l'intention de renouveler l'expérience. Si je succombe à la tentation, et que cela ne fonctionne pas, non seulement ça va être un désastre, mais également invivable. Je dois me blinder, il le faut. Si nous étions sur Terre, les choses seraient différentes. Ce n'est pas le cas.

Mes pensées me font fulminer contre la vie. Pourquoi est-ce que tout est toujours compliqué ? Je referme cette parenthèse personnelle dès que Leewan entre sur la passerelle. Il met un point d'honneur à saluer chacun de ses officiers, sauf moi. Je n'y trouve rien à redire, puisque nous venons de nous croiser chez Gabriella. Je baisse les yeux vers ma tablette, il est temps que je me concentre sur les dossiers de l'équipage.

J'ai à peine commencé, que notre capitaine nous fait une demande quelque peu surprenante. Il sollicite notre avis, quant à donner un nom à notre ordinateur de bord. La question est accueillie par un long silence, beaucoup se demandant s'il est sérieux ou pas. Face à notre manque de réactions immédiates, il argumente, puis nous suggère plusieurs choix. Je reconnais que l'idée est sympa, le principal intéressé étant un peu plus qu'un simple ordinateur. Il ne peut rien ressentir, certes, mais il est capable de comprendre certaines émotions humaines. Le vote lancé dans tout le vaisseau, via la communication interne, je suis ravie de constater que tous mes compagnons de voyage se prennent au jeu avec plaisir. Bien vu capitaine ! Je ne perçois que des sentiments positifs. Au bout d'une heure, un nom se détache avec quatre-vingts pour cent des voix.

Notre ordinateur de bord s'appelle maintenant Eurêka.

Malgré son jeune âge, Leewan Archer a toutes les qualités pour faire un grand capitaine. Il a su, par cette démarche un peu étrange, montrer à son équipage qu'il n'est pas qu'un simple officier supérieur, strict, rigide, et sans âme. Chacun a compris qu'il est soucieux du bien-être de toutes les personnes embarquées, que chaque avis compte. Je suis admirative.

Je glisse un coup d'œil vers lui, acquiesce brièvement, puis reporte mon regard droit devant, mais son attitude m'alerte. Il est soudain fébrile, sans que j'en comprenne la raison. Tout est calme, désespérément calme. Nous nous trouvons dans le quart encore inexploré, de notre galaxie, je trouve ça plutôt excitant. Certes, nous allons vers l'inconnu, mais je ne vois pas ce qui peut le faire paniquer de la sorte.

Jupiter OneOù les histoires vivent. Découvrez maintenant