6 - Drooling

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Je salive de trop.

C'est un énorme handicap que j'ai depuis toujours. Ça m'a déjà attiré des moqueries. Énormément. Mais  déménagements et expériences m'ont permis d'éviter certaines moqueries : parler peu, avaler la salive souvent, se gratter le bord des lèvres pour vérifier si de la salive en sort, et encore d'autres.

Je vais à l'un de mes premiers concerts, ce soir, une sortie avec une amie. Je n'ai pas souvent eu l'occasion d'y aller, par manque d'argent, ni avec des amis, à cause des moqueries. Mais aujourd'hui personne ne me connaît comme "Le Baveur". Aujourd'hui je suis moi.

Elle m'attend devant la file. Elle seule connaît mon passé. Mon problème. Elle ne s'est pas ensuite éloigné de moi. J'ai même l'impression qu'on s'est rapproché.

Le concert se passe bien. C'est surtout un groupe qui lui plaît à elle. Je n'ai pas de groupe de musique préféré, mais ce genre me plaît. Après, je les trouve bien habillé avec leur tenue moulante...

À la sortie, on s'éloigne de la foule pour pouvoir se parler et profiter d'un peu de calme. Elle me regarde et se met à rire.

- Quoi ? lui demandé-je.

- Je sais qu'ils étaient sexy, mais baver devant eux... fait-elle remarquer en essuyant le bord de ma lèvre de son pouce.

Je suis surpris par le contact, mais je me laisse faire. Je ne lui réponds, qu'un peu tard, après avoir compté 1 Mississipi, avec un rire embêté :

- Désolé, je suis gêné, ça ne m'était pas arrivé depuis un moment...

- Tu n'as pas à t'excuser ! Et puis ça ne me gêne pas.

- Tu vas me dire que tu ne trouves pas ça dégoutant un mec qui bave ? ironisé-je.

- Non... répond-elle en rougissant.

Je la regarde dans ses yeux qui se baisse.

- Non ?

Elle soupire.

- Je suis désolée... commence-t-elle. J'ai... Un fétiche bizarre sur la salive. Quand tu m'as dit ce que avais, j'ai eu envie de... Enfin, j'étais curieuse ! Je suis désolée, tu dois te sentir vexé de n'être réduit qu'à ça... Parce que ce n'est pas cr que je ressens, je...

- Je t'aime, craché-je avec quelques postillons.

J'avale ma salive. Elle apprécie mon plus grand défaut. Elle est la seule. Je savais déjà que j'appréciais sa compagnie mais je n'étais pas sûr de l'aimer. Maintenant je le suis.

Un sourire se dessine sur ses lèvres. Elle se rapproche de moi et me chuchote, faisant que je n'avais presque pas entendu à cause de mon sifflement dû au concert :

- Je t'aime aussi.

Et elle m'embrasse.

La plume de l'inktoberOù les histoires vivent. Découvrez maintenant