Alycia et Eyssiah rient, parlent de la pluie et du beau temps, des quelques films à l'affiche, de l'excellent vin français... Et même de Macron... Cette simplicité dans l'échange a quelque chose de déconcertant et d'inattendu. Les deux femmes que tout sépare se laissent aller... Alycia oublie ses deux amies qui s'impatientent à quelques pas et font mine de tousser pour attirer l'attention. Les minutes s'éfilent et Eyssiah semble métamorphosée. Quelqu'un s'adresse à elle sans jugements, sans lui foutre une pression d'enfer...
_ Hmm je pense que vous vous appelez Candice... Oui, ça vous irait bien.
_ Vous me décevez haha ! Pourquoi Candice et pas Anouk ?
_ J'adore ce prénom français, mais Anouk c'est... Particulier. Je le prononce mal, c'est ça? Oh ne riez pas ! Je fais de mon mieux !
_ Je m'appelle Eyssiah...
_ Vous êtes taquine... Comme moi, il paraît que les français manquent d'humour ! Mais... Assia
c'est doux... Magnifique..
_ Pas Assia ... Mais Eyssiah... Vous voyez ça ne se prononce pas pareil, tout est dans la nuance.
C'est comme si je vous appelais Alyssa !
À présent, la française l'observe davantage. Sa chevelure est désorganisée sûrement à cause du vent qui souffle dehors. Ses cheveux sont comme des vagues, ils sont le miroir d'un couché de soleil avec mille nuances... Ils sont longs et fournis. Régulièrement, Alycia se passe la main dans cette brillante épaisseur pour dégager son visage. Des mèches coquines se blottissent contre ses joues rosées, légèrement rebondies et recouvertes d'un léger maquillage. Quand Alycia sourit, elle laisse entrevoir deux fossettes qui sont tantôt presque invisibles tantôt prononcées.
Parfois elles ne savent plus quoi se dire parce que quelque part, elles ont peur de manquer de temps, de sillonner trop loin et se faire rattraper par la montre.
_ Bon, Eyssiah ? Si vous ne voulez pas de cette robe, je vais l'essayer pour vous.
La vendeuse ôte la merveille de son cintre, conduit la beauté dans une cabine d'essayage.
Pendant ce temps, Eyssiah hésite, doit-elle s'en aller et laisser l'actrice tranquille avec les siens. Elle ne veut pas s'incruster davantage. Ses amies la fixent avec un regard curieux et désapprobateur.
Alors qu'elle s'apprête à filer, Alycia sort revêtue de LA robe. Elle est radieuse... Elle est d'une beauté infernale...
Ses trois amies s'attroupent autour d'elle, en poussant des petits cris d'émerveillement. Il est vrai que cette couture lui va à merveille...
Alycia prend des allures de déesse sortie tout droit de l'Olympe. Le tissu et sa peau ne font plus qu'un. La robe longue et entrouverte sur la jambe droite embrasse tout son corps à la perfection, comme si ce modèle avait été dessiné pour se poser là, contre ses jambes fines, élancées, pour sculpter cette taille de papillon, pour ses hanches pulpeuses. Comme si cette robe aux centaines de plumes estivales, aux quelques dizaines de perles nacrées ornant le profond décolleté avait été pensé pour Alycia... Eyssiah en frémit d'extase.
Elle avoue, même Jessica, sa blonde aux yeux fauves, sportive et cambrée ne fait pas le poids à côté.
La soie teintée aux couleurs du feu, du soleil met sauvagement en avant sa silhouette gracieuse et athlétique. La dentelle minutieusement travaillée à la main par un artiste recouvre le dos de l'Australienne telle une araignée inoffensive tissant sa toile... Les motifs sont somptueux, floraux, bestiaux, sauvages. Ils s'entremêlent pour découvrir la peau blanche de l'heureuse élue.
Malgré l'absence de corset et de bustier, le haut du bijou renferme délicieusement la poitrine de l'égérie...
Après avoir échangé quelques blagues avec ses copines, Alycia fait volte face dans la direction de la jeune française sur le point de s'en aller après s'être abreuvée de ce charmant défilé, après avoir enregistré chaque image de cette beauté divine... Elle se dit au fond d'elle que rien n'est un hasard. Cette rencontre lui redonnera l'inspiration nécessaire pour écrire à nouveau, pour finir ce projet de roman sur la femme et ses mille éclats de bombe et de beauté guerrière.
_ Eyssiah ? Alors qu'en pensez-vous !
Elle grimace comme elle sait si bien le faire... Telle une pitre.
_ Vous avez raison Alycia, elle m'irait à ravir !
Elle achève sa boutade par un léger clin d'œil.
Alycia éclate à nouveau de rire.
_ Non plus sérieusement vous êtes magnifique... Elle est faite pour vous...
Elle adresse quelques mots à ses trois amies. Elles franchissent la porte de la boutique, rejoignent un homme qui attend à quelques pas devant.
Alycia s'éclipse à nouveau derrière le rideau accompagnée par la vendeuse toujours taillée d'un sourire forcé.
Eyssiah tient à faire des adieux corrects. Elle a hâte de sortir pour appeler Morgane.
L'heure tourne, la vendeuse ressort et replace la robe à sa place. Plusieurs minutes après, Alycia ressort. Son regard étincelle.
_ En tout cas, Eyssiah, cela a été un plaisir pour moi d'échanger avec toi... Tu es sûre que tu ne veux pas une photo de nous ?
Elle s'avance vers la jeune française, pose sa main son épaule. Elle prend un air incroyablement sérieux. Son taxi attend devant. Elle doit se presser.
_ Non merci, mes souvenirs prennent depuis quelques minutes assez de photos dans mon esprit.
Alycia sourit de plus belle comme une arme que l'on pointe sur quelque chose de doux... Quelque chose que l'on voudrait encore pouvoir retenir un peu. Elle ne s'attendait pas à cette réponse.
_ À très bientôt peut-être, Eyssiah...
Elle caresse une dernière fois l'épaule tremblante de la jeune femme avant de s'engouffrer à l'intérieur du taxi noir qui démarre en trombe.
Eyssiah reprend peu à peu ses esprits. Elle vient de vivre la magie même. Elle respire profondément pour inscrire au fond d'elle chaque parfum de l'autre, chaque mot, chaque délicatesse. Elle s'était surprise à placarder un anglais impeccable... Elle se promet de revivre la scène éternellement jusqu'à sa mort, probablement.
Elle n'ose pas bouger. Elle ne veut pas perturber cet océan d'énergies divines. Une surexcitation infernale s'empare de son corps et elle sait qu'en sortant du magasin, elle laissera toute cette magie derrière elle. Elle reprendra sa vie de merde, ses envies de boire, ses envies de se foutre en l'air, ses envies de baiser. Ce n'était qu'une parenthèse ensoleillée dans cet automne glacé.
La vendeuse lui indique que du temps de midi, elles ferment et qu'il faut partir. La femme toute plastifiée étrangement ou non ne sourit plus du tout. Elle paraît même un poil agacée et toujours plus empressée.
Dans un premier mouvement, Eyssiah s'aperçoit que l'actrice a oublié son sac dans la cabine d'essayage. Elle ne peut pas être bien loin, elle va sûrement revenir... Eyssiah est prise de nouvelles anxiétés. Que doit-elle faire ? La vendeuse devient de plus en plus désagréable et pressante, pénible même.
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Déchirures
FanfictionEyssiah jeune française de province va faire une rencontre à Paris pour le moins inattendue, qui va venir bouleverser sa vie. Quand on vient du monde lambda, on n'est jamais préparé au monde des paillettes... Quand on a vécu l'enfer amoureux, on p...
