Eyssiah n'a pas le temps de comprendre ce qui arrive. Elle n'a pas le temps de se mettre en colère qu'elle doit déjà courir sous la pluie pour attraper son train.
Elle ouvre cette fichue enveloppe...
Comment a t-elle pu oser faire tout ça derrière son dos... Cette femme est folle ! Quelle autre explication. Eyssiah exulte de rage à l'intérieur. Si Alycia se trouvait face à elle, elle la traiterait de tous les noms d'oiseaux et tant pis si elle n'en pense pas un mot. Elle se sent bête, trahie... Faible.
À cet instant, elle n'arrive pas à voir autre chose que la haine. Elle regarde ce fichu billet. Elle voudrait le déchirer en mille morceaux mais elle en est incapable. Elle le fourre dans sa poche.
Son visage repose contre la vitre du TGV. Elle se maudit. Elle se sent tellement perdue.
Peut-être que tout ça n'a jamais existé. Que tout ce qu'elle a partagé avec l'actrice, peut-être qu'elle a tout inventé, qu'elle a fantasmé ce morceau de vie... Mais les souvenirs et les rires défilent. Elle revoit ce corps parfait déambuler. Elle entend son rire hoqueteux, son odeur enivrante et bon sang ça tourne comme un disque... Eyssiah serre les dents et les poings. Incapable de se vider la tête, une obsession l'oppresse... Elle fouille son téléphone à la recherche des photos d'elle et Alycia et la jeune femme ne peut pas s'empêcher de chialer... Tout doucement, elle évacue larme par larme et elle se croit ridicule.
À ce moment-là, Eyssiah est déterminée à bouder l'australienne... Et elle hait tant ressentir ça... Eyssiah ferme les yeux sur ce déchirement qui apparait dans sa poitrine. Comme elle ne l'explique pas, elle croit bon penser qu'il n'existe pas... Et pourtant ça déchire... Comme on déchire un vulgaire torchon.
***
Eyssiah tire sa valise jusqu'à la porte d'entrée. Sa mère l'attend... Elle sait qu'elle va passer un sale quart d'heure. Ces choses font partie de sa vie. Rendre des comptes, entendre dire qu'on ne fournit pas assez d'efforts pour réussir, ne pas contredire... Se taire et pester en silence ou en solitaire.
Eyssiah n'a pas l'énergie nécessaire pour se faire disputer, pour voir sa fierté piétinée par sa propre mère qui prend sa fille pour une catin ou quelque chose dans le genre.
Plus elle entend sa mère ouvrir la bouche pour la souiller, (même si ce n'est pas voulu), plus Alycia lui apparaît... Il y a des évidences qu'il vaut mieux masquer.
_ Regarde-moi quand je te parle ! Bon sang t'étais où !!! Ça t'amuse de me faire vivre tout ça ? Qu'est ce que je vais faire de toi ? Tu cours les rues... Tu traînes avec de mauvaises personnes, ils ont mauvaise influence sur toi...
Eyssiah n'écoute pas... Elle tourne bruyamment la cuillère dans son bol de soupe, assez pour provoquer une nouvelle furie de sa mère...
_ Si tu crois que je vais te laisser te la couler douce ma petite, tu te fourres le doigt où je pense !
Mais Eyssiah n'a pas la tête à ça...
Sur son lit, quelques courriers de refus de candidatures...
Puis il y a cette maison d'édition qui refuse la publication de son bouquin.
Voilà un an qu'elle passe son temps à écrire toujours ces mêmes CV... "vous n'avez pas assez d'expérience... " Vous ne correspondez pas au profil... "
Elle a l'impression d'avoir un couteau sur la gorge. Il y a toujours ce billet pour Atlanta... Elle passe sa journée étendue à scruter le plafond et ses murs qui connaissent trop d'elle... Pour sa mère rester au repos n'est pas un métier.
***
Alycia n'en revient toujours pas. En d'autres circonstances, elle aurait été fière d'elle. Quelque chose au plus profond d'elle lui a crié de mettre tout en œuvre pour faire entrer Eyssiah dans la communauté américaine... Elle ne se reconnaît plus vraiment. Qu'est-ce qui lui a pris...? Elle n'a pas d'explication. C'est son instinct, son côté impulsif... Alycia a peur qu'on l'oublie... Elle sent qu'Eyssiah pourra remédier à tout ça. Déjà faudrait-il que la jeune française ne la zappe pas. Non ! Alycia a pensé à tout!
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Déchirures
FanfictionEyssiah jeune française de province va faire une rencontre à Paris pour le moins inattendue, qui va venir bouleverser sa vie. Quand on vient du monde lambda, on n'est jamais préparé au monde des paillettes... Quand on a vécu l'enfer amoureux, on p...
