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J'aurais juré avoir lu sa phrase avec sa voix. Il avait réussi à l'incruster dans ma tête. Elle était claire et distincte et ne m'a pas lâché de toute la conversation.

« Je t'avais dis que je trouverai.. »

« Tu veux une médaille ? . »

« Non pas une médaille.
Une récompense ? . »


« J'imagine que tu sais déjà laquelle. »


« Viens avec moi à la soirée chez Noah. »

« Tu lâches pas l'affaire toi hein?. »

« Une de mes nombreuses qualités.... »

« Ce n'est pas une qualité.
Le harcèlement est puni par la loi. »

« Trésor, loin de moi l'idée de t'effrayer...
Mais je sais que tu ne regrettera pas.. »

Après tout ce que j'ai entendu sur lui, malgré le boum dans mon ventre à chaque notification. Je n'étais pas sereine du tout. Et c'était le moment de le lui faire comprendre doucement. Mais ce fut notre dernier échange de la soirée.

« Tu ne sais rien de moi.. »

« C'est vrai. Je te l'accorde.. »

Le lendemain à la cafétéria, je me presse de trouver une autre place. Le groupe de motard aux blousons en cuir ne sont pas apparus de la journée, mais mieux vaut être prudent. Noah et sa bande (incluant Carter) ne se sont pas beaucoup pavanés aujourd'hui non plus. Pendant les ateliers cet après-midi, Dean m'a expliqué. Les entraînements deviennent intensifs, surtout à l'approche d'un match important. La pression monte, et l'implication est à son comble.
Parlant d'implication, les ateliers avancent vraiment à vive allure. Leur amour de cet événement est un bon moteur. Au bonheur du directeur. Il nous rendait souvent visite. Un homme imposant, mais sympathique. Le quadragénaire au regard bleu profond et aux cheveux poivres-sel était toujours propre sur lui et frais. Des costards impeccables et de belles montres simples mais luxueuses. Quelque chose me dit qu'il ne vit pas seulement de son salaire de directeur de lycée.
Je discute beaucoup avec les élèves, parfois des sujets sérieux mais souvent juste des conversations légères. Et comme si mes muscles étaient atrophiés et que je remarquais pour la première fois, je me sens...amoindri. Je fais des gaffes, je ne dis pas toujours les choses comme je le voudrais. Je suis souvent à fleur de peau. Combien de fois j'ai du ravaler la réponse amère que mon cerveau à automatiquement généré pour éviter de plomber l'ambiance. Et c'est une gymnastique éprouvante.


Les paroles de ma mère, la veille du grand départ me reviennent soudain en tête, "Ma chérie, considère ce déménagement comme un nouveau départ, si il y'a des choses dans ta vie que tu n'aimais pas, ici tu pourras les changées et en crée de nouvelles. Et si on n'aimait pas toute sa vie ? N'est-ce pas un chantier ambitieux ?

 
Le jour suivant était d'un calme plat au lycée, je déjeune avec Dean et sa bande. C'était sympa. Nous n'avions pas grand chose en commun mais ça m'allait. Des petits pas.
— Toujours dans tes pensées ,Trésor ?
Cette voix ! Je relève la tête, l'air faussement dégouté.
— Ravie de te voir aussi, Carter, lançais-je sans joie.
— Je sais, dit-il tout naturellement.
Son assurance me ferait vomir, si son sourire n'était pas en partie moqueur. Et extrêmement craquant.
— Sa ...Salut Carter, lance une des filles à la table en regardant Carter comme si c'était un Dieu venu sur terre répandre la paix.
En regardant bien, je constate qu'elle n'est pas la seule. Le choc peint le visage de tout le monde à cette table. C'est quand même impressionnant de voir le système hiérarchique en pratique.
— Salut Heu...commence Carter en plissant légèrement les yeux, un doigt pointée vers son interlocutrice.
La fille comme émerveillée, (devant ce qui me semble pourtant être un oubli de prénom relativement humiliant) sursaute et lui répond à bout de souffle.
— Emma, moi c'est Emma !
— Emma, fini Carter son plateau toujours maintenu d'une main, tu viens manger avec moi? lâche-t-il subitement.
— Non, sans façon, lui répondis-je en comprenant qu'il revenait vers moi. Merci.
J'ai l'impression que Emma va nous faire un caca nerveux à la suite de ma révélation. Je sais Emma c'est dur pour moi aussi.
— Bon bah...bon appétit à tous, lance-t-il.
Des réponses rapides et entremêlées s'élèvent de la table. Avant de partir, il à bien sûr fait en sorte que je sois dans une situation délicate. Ce serait trop facile autrement.
— Bon appétit, trésor, me glisse-t-il tout bas.
Il retourna à son habitat naturel. Un sourire espiègle sur le visage. Il savait ce qu'il venait de déclencher. Il en était fier.
— Attends une minute ? Lance Emma, c'était quoi ça ?
Ce qui devait arriver, arriva. Des questions, des réactions. Le pourquoi du comment. Finalement, j'ai passé un moment plus compliqué que prévu.
Le défilé des joueurs de l'équipe de basket du lycée est un événement attendu ici. C'était le sujet du jour. Imbécile que je suis, j'étais curieuse de voir. Le gymnase est encore en travaux, mais rien n'y fait. Une énorme enceinte, des micros et un coup de ballet sur les gradins, et le tour était joué.
Un élève chétif avec des habilles plus larges que lui munie d'un micro et d'une voix plus lourde que son corps, s'occupa de chauffer la salle. Ce que je pensais donc être le festival de la frime commença, et quelque part, je me prenais au jeu. Noyée dans la foule. L'ambiance était agréable. Ce serait mentir de dire que je ne profitais pas. Mon cœur battait à tout rompre avant l'arrivée de l'équipe. J'ai crié à chaque nom annoncé. Je riais à l'originalité de leurs entrées respectives. Au centre du terrain, je reconnu plusieurs visages. Noah, Steve, et bien sûr Carter. C'était leur moment. Tout allait bien, vraiment. Mais ça, c'est mal connaître l'énergumène qui traversait le terrain. Fonçant droit vers moi.
— Tu aimes ce que tu vois Trésor ?
— Qu'est ce que tu fais. Lui murmurai-je du coin de la bouche.
— Je te fais sortir de ta coquille.
Emma semble aussi pâle qu'à la cafétéria. Je lance un regard circulaire à la salle et capte les premiers regards interrogateurs. Il a traversé le terrain pour venir se planter au pied du gradin au-dessus duquel nous étions. Histoire de bien attirer l'attention. Il retourna au centre, à reculons, les yeux braqués sur moi, sourire aux lèvres. Il avait une idée derrière la tête. Et ça ne sentait pas bon.
Une fois au centre, il plaque sa main à sa bouche, embrasse sa paume et fait mine de jeter le baiser dans ma direction. Et bien sûr la foule de curieux s'agita, comme il souhaitais. Je plissai les yeux et accepta sans pouvoir réagir l'avalanche qui s'abattait sur moi. Je souffre, ce type n'est jamais en manque de ressources. Je lui lance un regard mauvais, le sien criait « victoire. » et il savait exactement ce qu'il faisait.
J'avais le visage en feu, et Noah venait de me balancer un seau d'eau froide en lui assénant un coup. Sa main longue et pâle se posa violemment sur l'arrière de la nuque de Carter. Une bonne grosse claque de père réprobateur.
Si ça continue comme ça, je vais devoir riposter Monsieur McColt, et tu ne vas pas aimer non plus.
Une fois chez moi, allongée dans mon lit, je fixais le plafond légèrement éclairé de ma lampe de chevet aux douces lumières orangées. Je n'arrivais pas à dormir. Lorsque mon téléphone vibra, je soupirai en voyant que le sujet principal des pensées que j'avais quitté, continuait à l'être sur mon écran.
« Tu fais quoi maintenant, la, tout de suite ? . »
Je lance un regard à l'horloge au-dessus de mon canapé de lecture au pied de la grande fenêtre.. Face à mon lit.Tout était neuf, sauf cette horloge en forme de coccinelle. Pas de mon âge, et d'ailleurs pas certaine qu'elle fera long feu. Mais, j'avais besoin d'un souvenir de mon ancienne vie dans ce nouveau décor. C'était un réflexe de la prendre. Je soupire et hausse un sourcil en revenant à mon écran.

« T'as fini d'embrasser tes mains?
Il est 23h30, un mardi, va dormir.. »

Pas besoin de le dire, j'étais encore en rogne pour la scène du gymnase. Je n'étais pas prête pour un affichage public de cette façon. Lui c'est peut-être son quotidien, moi j'avais du mal.

« Je suis désolée pour aujourd'hui. Vraiment.. »
« Passe moi ton adresse, je viens te chercher dans 30 min.. »

« Pardon ???. »

« Je réalise ma connerie. J'en ai discuté avec Noah, et j'ai peur que tu interprètes mal. C'est pas ce que tu crois. . »

« Je suis fatiguée Carter. »
« On se voit demain au lycée. »

Il était hors de question que je sorte à cette heure. Et surtout avec lui. C'était évident. Dans ce cas, pourquoi la petite chaleur dans le creux de mon ventre venait de s'éteindre. J'ai envoyé la bonne réponse, mais elle ne semble pas me réjouir.
« Je veux t'emmener voir un endroit important pour moi.
On pourra discuter et tu en sauras plus sur moi.
Comme tu le voulais.. »
Je tenais plus en place à la lecture de ces mots. Je ne savais pas comment j'avais atterri sur mon lit. Pinçant mes lèvres dans la pénombre pour réprimer un sourire. J'envoie ma réponse, avec l'espoir honteux qu'il élabore. Qu'il me convainque.

« C'est une mauvaise idée. »

« Allons Trésor. Soit honnête.. »
« Tu n'en meurs pas d'envie ? . »


Je fronce les sourcils et roule sur le ventre. La déception roula avec moi. Les coudes enfoncés dans le matelas, je tape une réponse bien musclée. Riche en insultes et en refus catégorique. Mais mes doigts se sont gelés au-dessus de mon écran lorsqu'un autre message apparut.


« Parce que moi, si. »

Je me mord la lèvre, effaçant mon pavé. Je n'aimais pas cette poussée d'adrénaline dans mon ventre. Ni ce sourire sur mon visage. Une partie de moi avait peur. Mais j'ai tout le temps peur, sauf que cette fois...
Une autre partie, en avait envie. 

Vos promesses : HésitationOù les histoires vivent. Découvrez maintenant