17- Un hamster dans un ouragan.

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"Aurore?"

Dans l'étrangeté que mon esprit est devenu, je la supplie pour une réponse, n'importe quoi, un signe qui m'affirme qu'elle me comprend, ou même qu'elle me reconnaît.
Nous nous éternisons dans un silence, vide, glaçant, qui nous fait prendre conscience que nous ne sommes qu'un trio insalubre, peuplé de doutes et d'inconnus, au milieu d'une forêt abandonnée aux abords d'une ville inconnue. Nous pourrions parfaitement être une partie de cette forêt, de ces arbres d'automne qui commencent à se fatiguer, de cette minuscule clairière tamisée de terre sèche.
Notre folie pourrait prendre racine ici.

"Vous allez bien?"
La voix d'Aurore, neutre comme à son habitude, sonne creuse.

Les grilles devant mes lèvres sont ouvertes, et ma parole se déploie, même si celle à qui je parle à sûrement essayé de me tuer à nombreuses reprises.

"Merde! Oui, je vais bien-"

"Pas vous. Lui." M'interrompt Aurore en pointant Alex du doigt.

Nouveau moment de silence. Je n'ose rien dire, mes poings se serrant même si je sais pertinemment que je ne vais frapper personne. Je suis coincé dans l'emprise de la fascination pour l'une et de l'amour pour l'autre.

"Etienne, c'est qui cette fille?"

Alex se décide à rompre le silence, les phalanges détendues, alors qu'il me semble d'avantage prêt à les utiliser. Contre qui? Je ne sais pas. Moi, elle, peu de différence dans le résultat de toute manière.

"Oui, Étienne, c'est qui cette fille?" Répète Aurore, visiblement agacée.

J'aimerai leur répondre. Élucider le mystère dans leur esprit. Sauf que je ne sais pas non plus. Mes pensées sont ouragan, elles sont tonnerre et foudre, elles sont chaos et effondrement titanesque. Mes pensées sont Aurore.

"Je ne sais pas...je... C'était ma patiente..."

Les informations que j'ai d'elle s'enfuient avant que je puisse les articuler.
Il faut que je le dise, au moins pour me rendre compte de sa folie, mais surtout de la mienne pour l'avoir suivie.

"Elle a tué quelqu'un, Alex. Elle a tué un gars et j'ai découpé le corps! Quelqu'un...quelqu'un comme toi et moi! Mais-"

"Je répète ma question," réitère Aurore sans se soucier de ce que je dis, "vous allez bien?"

Je la reconnais bien là.

Alex s'avance, droit, tendu. Les muscles de sa gorge se tendent, et il observe Aurore silencieusement.

"Étienne, viens." Déclare-t-il soudainement.

Je secoue la tête, mon regard se perdant entre les deux alphas, entre l'innocence et l'enfance.

"Bordel Étienne, viens!"

Alex saisit mon bras et commence à partir dans la direction opposée au feu qu'est Aurore, feu qui commence à se propager.

"Attends!" Exclame une voix enfantine.

Dans un mépris qu'il ne cherche pas à cacher, Alex tourne son regard vers elle. Je me demande s'il n'exagère pas son animosité envers elle, s'il ne sent pas la fascination que j'ai pour la petite fille devant nous. Et s'il ne la partage pas.

Un rire cristallin retentit. Une fossette se dessine sur le visage hilare D'Aurore, qui devient sérieux en un clin d'œil.
Lentement, elle s'approche d'Alex, son regard posé sur le mien, puis sur lui.
Ses petites mains, reliées à des bras couverts de sang, se posent autour du cou d'Alex. Ses petits pieds, dans des ballerines couvertes de terre, se dressent sur leur pointe afin que son petit visage, couvert lui aussi de boue, se trouve en face de celui d'Alex.

Peut-être a-t-elle conscience de sa petitesse dans mes yeux, et peut-être est-ce la raison pour laquelle ses lèvres se posent délicatement sur celles d'Alex.

Nouveau silence. Celui-ci semble durer une, soixante, cent secondes avant qu'Alex le brise en prenant un pas en arrière.

"Qu'est-ce que tu fais?"

Aucune réponse.

"Qu'est-ce-que tu fais?" Réitère-t-il à la limite d'un hurlement.

"Ça. Ne. Sert. À. Rien. Alors arrête."

Je vois bien qu'il est perturbé, et qu'il essaie au mieux de le cacher.
Peut-être que Aurore l'a compris.

"Ah bon?"

Sa voix d'enfant résonne, et mon regard se tourne vers elle. Vers sa main, qui se rapproche d'Alex avec-

Merde.

C'est un couteau, Alex le remarque aussi, mais reste figé, les yeux équarquillés.

Elle ne l'attaque pas. A la place, elle porte l'arme au niveau de son ventre, et appuie légèrement, si bien qu'un mince filet de sang vient rejoindre la tâche, d'origine inconnue, sur son flanc.

"Aurore-"

Je ne finis pas ma phrase. Celle à qui je m'adresse est tombée au sol, le teint encore plus pâle que d'habitude.

Je me rapproche d'elle en tibutant, et m'écroule à ses côtés.

"Aurore? Réponds-moi."

Mes mains se placent autour de ses épaules, et je commence à les secouer.

"Vous allez bien?"

C'est bien elle.

"Putain Aurore, qu'est-ce que t'as foutu?"

Elle me regarde froidement, et j'ai l'impression que son œil vert est étonnamment fade.

"Qui t'as fait ça?"

Je désigne la tâche sur son flanc, l'entaille sur son bras.

"Ils voulaient savoir si j'avais vraiment la carte sd. Celle où-"

"La carte sd?" Interompt Alex.

Je lance à Aurore un regard suppliant, en espérant qu'elle le comprenne.
Un sourire, à la frontière entre cruel et moqueur, se dessine sur ses lèvres. Je crois saisir l'écho d'une larme, mais peut-être est-ce le fruit de mon imagination.

"Il n'y a jamais eu d'enregistrement, Étienne."

Un soupir s'échappe de mes lèvres.

"Mais ce n'est pas le sujet." Annonce-t-elle froidement. "C'est trop tard, vous avez ouvert la boîte de Pandore. Je n'étais que le début."

"Quoi?"

Je ne comprend plus rien, l'ouragan se déchaîne de plus belle dans mes pensées.

"Vous n'êtes pas le premier psycologue que je rencontre."

"Étienne, de quoi elle parle?" Interroge Alex en se rapprochant de moi.

"J'étais censé vous ramener à elle, mais je n'ai pas pu, pas cette fois."

Je ne suis qu'un rongeur dans une roue, j'ai l'impression d'avancer mais je tourne en rond.
A chaque révélation D'Aurore, des dizaines de questions germent dans mon esprit.
Elle? Mais qui?

"Vous n'êtes pas censé être en vie, Étienne. Et moi non plus."

Et avec ça, ses yeux deviennent vitraux, puis se ferment.

"Aurore? AURORE?"

Alex secoue la tête en incompréhension, ses yeux bleus remplis de doute. Il me fait presque de la peine. Il n'a pas connu Aurore, son ongle, ses sourires, son pouvoir.

"Qu'est-ce qui se passe?" Me questionne-t-il désespérément.

Je ne lui réponds pas. Je n'ai rien à dire pour ma défense.
Nous sommes deux, peut-être trois fous au milieu d'une forêt.
L'un veut vivre selon les règles, l'autre ne les comprends pas, et dernière veut en créer.
Je suis un hamster dans un ouragan.

Et je ne suis pas censé être en vie.

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