Swann vécut le mois le plus court de sa vie. Entre ses tâches, que Thomas avait cependant eu la gentillesse d'alléger au maximum, son entraînement de long-marcheuse, et les moments qu'elle volait au temps pour être avec May et engranger le plus de bons souvenirs possibles, elle avait l'impression de ne pas dormir assez. Ce qui l'inquiétait, car c'était probablement les dernières fois qu'elle aurait le loisir de dormir son compte. Mais qu'importe ! Elle frémissait surtout d'excitation à l'idée de parvenir, enfin, à être long-marcheuse.
Elle eut la chance de rencontrer un autre long-marcheur dans le courant du mois qui lui donna des cours concernant les animaux dangereux, comme le rodeur nocturne que tout long-marcheur redoutait, les plantes comestibles et les façon les plus efficaces d'allumer un feu, qu'elle écouta religieusement en prenant des notes à toute vitesse dans un grand carnet qui l'accompagnerait durant son voyage.
Elle s'entraîna sans relâche au tir à l'arc, remerciant son père, où qu'il soit, de l'y avoir initié depuis l'enfance, apprit au côté d'une ado passionnée de sport de combat les bases de divers arts martiaux, elle s'entraîna en dehors du camp à chevaucher un fort cheval bai qu'elle avait choisi et que la Colonie acceptait de lui donner.
Le jour où elle était allée choisir son cheval, May l'accompagnait. Elle s'était arrêtée devant ce grand bai qu'elle avait déjà chevauché durant ses heures de rabattage. Elle l'aimait beaucoup. D'un coup, alors qu'elle réfléchissait, le cheval s'était mis à hennir et avait tourné ses gros yeux noirs vers elle d'un air d'assentiment. Cela avait décidé Swann.
« Il faut lui trouver un nom ! avait-elle déclaré à son amie.
- Eruri ! s'était exclamée May du tac au tac.
- Eruri ? Pourquoi Eruri ?
- T'as pas entendu ? Quand il a hennit, il a fait « Heruriiihiiii » comme ça ! » avait répondu May avec un sourire qui ressemblait à celui du Chat du Cheshire.
Swann avait l'impression qu'il avait juste fait « Hiiiiiii... » comme un cheval avait l'habitude de le faire, mais voyant le sourire de son amie elle comprit que c'était probablement une de ces éternelles références incompréhensibles. Néanmoins « Eruri » lui allait et elle le prénomma donc ainsi, abrégeant la plupart du temps en « Eru ».
Les jours s'étaient écoulés ainsi avec une rapidité fulgurante et déjà le dernier jour au sein de la Colonie était arrivé pour Swann. Elle avait été exemptée de corvée ce jour-là pour pouvoir bien se reposer. Elle partirait le lendemain. En attendant, seule dans sa chambre, allongée sur son lit, elle fixait le plafond en songeant. C'était la deuxième fois qu'elle abandonnait sa vie derrière elle. Elle commençait seulement à se remettre de la première, sentant encore son cœur se serrer et ses larmes venir quand elle pensait à ses parents, à sa chambre, à sa vie si banale et si douce dans sa banalité. Le deuxième abandon, en revanche, était volontaire. Elle avait choisi de quitter la Colonie. Pour vivre une vie de dangers et d'incertitudes. Une vie sans habitude, sans point d'attache, sans regard en arrière. Une vie où quoiqu'il arrive, elle n'aurait plus jamais à faire d'adieu à son passé. Une fuite en avant.
Etait-ce vraiment pour cela qu'elle voulait être long-marcheuse ? Pour ne plus ressentir ce déchirement atroce, ce deuil de soi et de ceux qu'on aime ? Etre long-marcheuse l'avait, depuis le début, inexplicablement attiré. Ce n'était donc pas, comme elle s'était forcée à le croire, pour agir, pour la survie du peuple Pan, par soif de découvrir ? Ce que les autres faisaient par courage, elle, le faisait-elle par faiblesse ? Une fuite en avant ?
Non. Non, non, non, non ! C'était faux, faux, faux ! Elle faisait ça parce qu'elle en avait envie, par amour de la liberté et de l'action ! Elle le savait, elle en était certaine ! Pas d'attache, pas de contrainte, c'était tout ce qu'elle voulait !
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Autre Monde : L'appel des Longs-Marcheurs
AdventureLes éclairs. La Tempête. La Chute. Lorsque Swan Miller se réveille, le monde a totalement changé. En une nuit, la civilisation s'est écroulée, la nature a repris ses droits. Les enfants, privés de repères, sont désormais livrés à eux même, dans un m...
