Les deux silhouettes filaient dans la pénombre, courbées par la pluie battante, sur leurs chevaux.
Les gouttes martelaient leurs dos, ruisselaient sur la cape verte de l'une, imbibaient les vêtements de l'autre, produisaient un vacarme assourdissant sur leurs capuches rabattues.
L'une des deux silhouettes portait dans son dos deux fourreaux croisés, l'un court et l'autre long, protégeant des épées correspondantes. L'une d'elle, dont la lame se dégageait un peu du fourreau, ruisselait de tant de pluie que le métal en semblait liquide, reflétant la couleur orageuse du ciel assombri par les nuages et par le soir.
"Alexandre ! cria Swann pour se faire entendre par-dessus le vacarme de l'orage et de la cavalcade. Lumières droit devant ! On doit avoir atteint une colonie !
- T'es sûre qu'on est plus suivi ? Si c'est le cas on les aura menés à un campement !
- Normalement, c'est bon !"
Ils poursuivaient leur course quand Alexandre cria pour couvrir le fracas de la pluie: "Derrière toi ! À une cinquantaine de mètres !"
Swann se retourna, son cheval galopant toujours, encocha une flèche. L'homme était très loin, simple tache floue dans ce décor ruisselant. Mais il gagnait en vitesse, à ce train-là il les aurait vite rattrapés. Il s'était considérablement rapproché quand Swann tira. La première flèche dévia à cause de la pluie, la deuxième le manqua. Au troisième tir, l'homme s'affala brusquement sur le sol.
"Je l'ai eu ! cria-elle avec un mélange de panique et de soulagement.
- Bien joué, maintenant on devrait se dépêcher, en espérant qu'il n'y en ait pas d'autres qui rappliquent !"
Les chevaux filaient sous la pluie jusqu'à atteindre le camp Pan. Une fois arrivés, ruisselants et hors d'haleine, ils se manifestèrent à un guetteur en lui criant de les laisser entrer. Reconnaissant la cape verte de Swann, celui-ci leva la porte, leur permettant de passer. Guidés par le guetteur, ils se réfugièrent dans une grande bâtisse qui avait tout d'un ancien collège entièrement réaménagé.
Ils étaient tous deux dégoulinants et fatigués, leurs cheveux tombant devant leurs yeux, des cernes accumulés au cours de leurs nombreuses nuits incomplètes en pleine nature.
On les fit s'installer, leur apporta de quoi se sécher et des vêtements de rechange. On leur demanda si ils avaient besoin de quelque chose dans l'immédiat, Swann répondit gravement : " Voir vos chefs." Son ton ferme et pressant inquiéta un peu leurs hôtes, qui se dépêchèrent d'aller chercher les responsables du groupe.
Un garçon et une fille entrèrent. Ils étaient si identiques, hormis leur différence de sexe, qu'ils ne pouvaient être que des jumeaux.
"Vous êtes les longs-marcheurs arrivés il y a peu, c'est bien ça ? demanda la fille.
- Effectivement, acquiesça Swann. Enfin, moi en tout cas.
- Et toi ? demanda-t-elle à Alexandre. Tu es pourtant arrivé en même temps que la Long-Marcheuse non ?
- Je l'accompagne seulement.
- C'est une façon de voir les choses, je suppose... intervint le frère de la jeune fille, qui ne voyait pas vraiment en quoi son interlocuteur qui parcourait le pays allant d'une colonie à l'autre n'était pas un long-marcheur. Enfin, il y a plus important.
- Nous sommes les responsables de cette communauté Pan. Voici Edward, mon frère, et moi-même, Alice. Vos noms ?
- Moi, c'est Swann... Et le taiseux, c'est Alexandre.
VOUS LISEZ
Autre Monde : L'appel des Longs-Marcheurs
AventureLes éclairs. La Tempête. La Chute. Lorsque Swan Miller se réveille, le monde a totalement changé. En une nuit, la civilisation s'est écroulée, la nature a repris ses droits. Les enfants, privés de repères, sont désormais livrés à eux même, dans un m...
