Chapitre 9

555 73 14
                                    

Les jours suivants furent rythmés d'une douceur sans pareil. Cela faisait si longtemps que Rin n'avait pas ressenti cette délicieuse sérénité qu'il s'arrêtait parfois au détour d'un couloir pour se mettre à sourire si fort que ses joues se mirent à le lancer. La nuit, il dormait enfin sans honte, se réveillait avec la tête pleine d'images d'yeux bleus comme l'océan. Il nageait mieux que jamais, plus fort et plus puissant que n'importe lequel des nageurs des autres pays.

Excepté Haru. Et curieusement, Rin ne lui en voulait pas. Il ne pouvait pas lui en vouloir. Pas après tout ce qu'il lui avait fait.

Les deux garçons étaient plus proches que jamais, et les nageurs les plus observateurs remarquèrent rapidement les liens qui se tissaient entre leurs deux équipes. Bien sûr, ils n'avaient pas de moment à eux, mais les repas et les regards partagés leur suffisaient. Pour l'instant.

La photo n'avait pas refait surface, et Rin savait que ce n'était qu'un question de temps, et que la pression que le coach de Haru exerçait sur les médias ne durerait pas indéfiniment. Ils vivaient debout sur un fil, en attente de l'article qui pourrait ruiner leurs carrières à tous deux, mais curieusement, ils n'avaient pas peur. Pas encore. Perché sur leurs petits nuages comme ils l'étaient, il ne pouvait pas vraiment porter un regard subjectif sur la situation.

Mais pour le moment, les sourires et les petits gestes de la main échangés au détour d'un couloir suffisaient amplement à calmer leurs cœurs paniqués.

Si Rin avait cru qu'en retrouvant Haru, son obsession pour lui s'arrêterait, il n'avait jamais eu aussi tort. Il était encore plus sous son emprise qu'avant. Avide du moindre de ses regards, de la moindre goutte de son attention, son cœur battant la chamade en permanence.

Bien sûr, il y avait dans leur relation cette petite gêne, ces petits silence qui témoignaient de tout ce qu'ils ne s'étaient pas dit, et s'interdisaient de se dire. Il y avait la peau couverte de chair de poule au moindre contact de Rin. Le regard brûlant qu'Haru posait sur lui à chaque fois qu'il avait le dos tourné. Il y avait des rêves de plus en plus osés que les deux se reprochaient de faire au matin. Il y avait ces réveils excités et ces nuits agitées. Il y avait ces yeux qui se cherchaient sans se trouver, ces mains qui s'enlaçaient dans deux pensées semblables sans jamais franchir le pas dans la réalité. Il y avait ces odeurs qui les suivaient partout, ces sentiments qu'ils croyaient à sens-unique. Il y avait cette photo au papier plié à force d'être porté près du corps. Il y avait ces conversations sans queues ni têtes, ces sourires sans raisons, ces rires fous que la brise emportait un à un. Il y avait ces longues promenades dans les couloirs, et ces nages langoureuses et torturées en pleine nuit. Il y avait ce journal dans lequel Rin ne pouvait plus que dessiner en boucle le même profil coupé au couteau, et ces ongles que Haru rongeait jusqu'à l'os.

Il y avait un cerisier qu'on avait cru mort et qui peu à peu étendait ses branches jusqu'au ciel et se couvrait de fleurs roses. 

Under the WaterOù les histoires vivent. Découvrez maintenant