PDV : Rania
Les jours ont défilé, et, peu à peu, ma vitalité est revenue. Mes cheveux ont même repoussé. Malgré cela, je ne peux pas m'empêcher de m'inquiéter pour Misha. J'ai essayé de questionner ma mère au sujet du sort de Typon, mais elle a été évasive, disant qu'il travaillait avec la résistance, puis changeant rapidement de sujet en me conseillant de me reposer. Quant à mon père, il est devenu plus sombre que jamais. Je les ai entendus parler. Ma mère racontant ce que j'avais vécu dans le camp, pleurant à chaudes larmes sur la poitrine de mon père, qui la réconfortait en la caressant dans le dos et en lui baisant les cheveux. Ce jour-là, après être entré chez eux en portant un amoncellement de papiers, mon père a été abordé par ma mère qui souhaitait savoir ce que contenaient ces documents. Avec autorité, il lui a répondu qu'elle n'avait pas le droit de les regarder, puis s'est retiré dans son bureau et a verrouillé la porte.
Ce jour-là, j'ai immédiatement réalisé que ces feuilles étaient associées à ses atrocités perpétrées par les médecins du camp de concentration d'Auschwitz. Actuellement, je me trouve dans la pièce où nous prenons nos repas, dégustant une savoureuse cocotte. C'est différent des premières journées, lorsque je ne consommais qu'une cuillère à café. Heureusement, mon appétit s'est rétabli, apaisant ainsi mes parents. Ma silhouette s'est remodelée, et peu à peu, mes joues ont repris leur teinte naturelle. Bien sûr, ces cicatrices de guerre resteront gravées en moi pour toujours. J'ai tenté d'accompagner mes parents lorsqu'ils se sont rendus chez le général, mais ils m'ont formellement ordonné de rester dans l'appartement. Ma mère a même ajouté qu'avec tout ce que j'avais déjà vécu pendant cette guerre, il valait mieux que je reste à l'intérieur.
Elle est ensuite partie avec mon père, qui s'est dirigé vers l'extérieur, en prenant soin de verrouiller la porte derrière eux. Une fois mon déjeuner terminé, je quitte ma chaise pour me rendre dans la cuisine. Là, je dépose la vaisselle dans l'évier et je l'essuie consciencieusement. Au bout d'un moment, j'entends des pas familiers résonner dans le corridor. Sans attendre, j'essuie rapidement mes mains sur un linge avant de les rejoindre dans le hall. Alors que je les aperçois, une boule se forme dans ma gorge. Leurs visages sont graves, ce qui ne fait qu'accentuer mon inquiétude grandissante. Finalement, ils relèvent simultanément la tête, plongeant ainsi mon esprit dans l'angoisse. J'avance alors, tremblante, la voix rauque et haletante, vers eux :
— Qu'est-ce qui se passe ?
Mes parents échangent un long regard, puis ma mère avance d'un pas incertain et balbutie :
— Ma chérie, nous devons avoir une discussion.
Je réalise l'importance de la situation, mon corps frissonne, l'appréhension évolue progressivement en frayeur. Cependant, je parviens à la maîtriser en agitant vivement ma tête d'un côté à l'autre, puis en me dirigeant vers le salon, accompagné de mes parents. Nous prenons place sur le divan, et, sans tarder, ma mère s'exprime d'une voix posée, tout en conservant un visage sérieux :
— Tout d'abord, nous avons appris des informations concernant Jean Moulin. Ma mère marque une courte pause, semblant rassembler son courage avant de poursuivre. Tu es au courant que nous n'avons pas reçu de nouvelles de sa part depuis quelque temps.
J'acquiesce avec appréhension, approuvant ainsi ses propos. Ma mère me fixe, visiblement gênée, puis, dans un murmure incertain, elle me révèle :
— On l'a interpellé à Caluire-et-Cuire, une ville proche de Lyon. Par la suite, il a été conduit à la Gestapo de Paris. Malheureusement, selon ce que nous avons appris, il aurait perdu la vie durant son transfert vers la frontière allemande.
J'ouvre grand mes yeux, tandis que ma bouche s'entrouvre dans un mouvement stupéfait face à cette révélation. Dans un souffle éteint, je demande :
— Comment est-il mort ?
Ma mère secoue la tête, exprimant sa tristesse en posant sur moi un regard compatissant. Sa voix se fait alors douce :
— Je l'ignore, ma chérie. Je suis navrée. Il y a également un point connexe concernant Typon.
Mon cœur s'arrête net. Je suis dans l'incapacitée de poser une question, ma bouche reste figée, anxieuse, tandis que j'attends impatiemment la suite. C'est finalement mon père qui reprend la parole, d'un ton grave :
— Il a été exécuté, il y a environ dix minutes.
J'inspire et expire rapidement, mon cœur s'accélère, ma gorge se serre, mes yeux deviennent flous à cause de mes larmes. Ne pouvant affronter mes parents, je décide de partir dans ma chambre et de fermer la porte derrière moi. Je renifle rapidement pour essuyer les traces d'humidité sur mes joues avant de m'asseoir sur mon lit. Mon dos est courbé, mes coudes sont posés sur mes genoux, et mon visage est dans mes mains. Soudainement, on frappe à ma porte. Je relève la tête pour regarder qui est là, et je réalise que c'est mon père. Il reste silencieux, puis avance prudemment vers moi, s'asseyant finalement sur mon lit. Les dernières gouttes de ma tristesse s'étalent sur mes pommettes et mon bout du nez. Dans un souffle haletant, le menton baissé, je murmure :
— Tu vas probablement me dire que Typon le méritait, non ?
Quelque temps après, ma question reçoit une réponse hésitante de la part de mon père :
— En réalité, ton ami s'est engagé dans la Résistance, et le général a décidé de l'acquitter.
Je me tourne vers lui, les joues enflammées de rage, ne pouvant pas détacher mon regard du sien :
— Mais pourquoi l'avoir fait exécuté, alors qu'il a été innocenté ?!
Mon père m'observe, avec une certaine mélancolie dans le regard, puis dans un long soupire, il s'exprime :
— Il nous a suppliés de le faire exécuter.
La tristesse m'oppresse, ma bouche devient amère, mes lèvres se resserrent, ma respiration devient plus profonde, mon cœur s'attriste encore davantage à chaque seconde. Physiquement, mes épaules s'affaissent, mes jambes deviennent molles. Mes yeux se ferment sous l'effet de la douleur, puis se rouvrent, embués de larmes, et ma voix, larmoyante et rauque, me fait dire :
— Quel motif a poussé Typon à te supplier de le tuer ?
Mon père secoue négativement la tête, affichant une mine contrite, avant de finalement ouvrir ses yeux pour poser sur moi un regard rempli de compassion. Dans un souffle, il articule :
— Je l'ignore. Peut-être était-ce son désir de ne plus porter sur sa conscience tous ces décès...
— Et que deviendra Misha ? demandai-je avec émotion.
— Tout d'abord, nous allons examiner si des membres de sa famille sont encore en vie, suggère mon père d'un ton plus calme.
— Que se passera-t-il si vous ne trouvez personne ? m'inquiétais-je.
Avec une main réconfortante sur mon épaule, mon père me regarde avec bienveillance et dit, d'une voix affectueuse :
— En cas d'échec de la recherche d'une famille, ta mère et moi avons pris la décision de l'adopter.
Mes yeux s'écarquillent de stupéfaction, mon cœur s'emballe et ma gorge se serre de surprise. Je lui demande, stupéfaite :
— Vous seriez vraiment prêt à adopter Misha ?
Mon père hoche la tête en souriant tendrement, puis retire sa main de mon épaule. Il se lève lentement, comme lorsque j'étais petite, et pose sa main sur le sommet de ma tête, un geste rassurant. Cette attention me fait rougir et sourire en retour :
— Merci, papa, dis-je dans un soupir.
Avec douceur, il décroche sa main de mon crâne, et s'éloigne ensuite par la porte de ma chambre, après l'avoir soigneusement verrouillée derrière lui.
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A Travers le temps. Tome 1. L'âge Des Pharaons. Corriger
Romance1942 : Le conflit mondiale est à son paroxysme. Le Troisième Reich aspire à dominer le monde, tandis que héros s'engagent pour défendre la liberté de leurs nations. Rania Delacourt, espionne au sein de la résistance française, vit cette période tumu...
