Naomi courrait, vite, ses pieds nus s'envolant au-dessus du marbre blanc. Elle atteignit le camp d'entraînement lorsque le soleil était à son zénith. Edwin était là. Il s'entraînait depuis déjà plusieurs heures. Naomi le savait car elle l'avait entendu sortir du dortoir à l'aube. Il suait et s'acharnait contre un mannequin. Ses coups étaient vifs et précis, d'une force extraordinaire pour son jeune âge. Ses muscles luisaient sous l'effort et le soleil. Il avait retiré son haut, ne gardant que son pantacourt.
Naomi s'accouda à la rambarde et se perdit dans la contemplation des coups d'épée de son ami. Elle en oublia la raison première de sa venue. Ce ne fut que lorsqu'un fumet alléchant flotta dans l'air qu'elle se souvint de sa mission.
- Edwin !
Le garçon donna un dernier coup qui trancha le mannequin en deux. Puis il se retourna. Un grand sourire illuminait son visage. Il rayonnait de joie. Il accourut auprès de son amie, son épée pendant à ses côtés.
- Naomi ! S'écria-t-il en la serrant dans ses bras.
- Beurk, écarte-toi tu transpire !
Le sourire d'Edwin s'élargit.
- Je sais, répliqua-t-il en la serrant plus fort.
Naomi se débattit, en vain. Elle ne pouvait pas rivaliser avec la force d'Edwin. Avec un soupir mêlé d'une grimace de dégoût, elle attendit que son ami veuille bien la lâcher. Dès qu'il s'écarta, Naomi bondit loin de lui en essuyant ses vêtements.
- Regarde ce que t'as fais ! C'est dégoûtant !
Edwin riait aux éclats. La mine catastrophée de Naomi valait tous les trophées du monde.
- Edwin, 1, Naomi, 0 ! Annonça-t-il avec un sourire fier.
Son amie releva la tête, une lueur de défi dans les yeux.
- Tu crois ?
Le sourire d'Edwin se figea et une étincelle d'inquiétude éclaira ses prunelles.
- Il était excellent ton muffin, tu n'en a pas d'autres ? Ah non, c'est vrai, c'était le dernier, dit innocemment Naomi.
- T'as mangé mon muffin ?! Je vais te tuer ! Rugit Edwin en se jetant sur elle.
Naomi éclata de rire et courut vers la salle à manger du temple, Edwin sur ses trousses. Au moment où la fillette passait le seuil de la porte, Edwin lui sauta dessus et la cloua au sol.
- Ah, tu fais moins la maligne maintenant, hein ? Fit-il d'un air triomphant.
- Hum hum !
Surpris, le garçon regarda en direction du raclement... Et déglutit. Les Furailleurs étaient tous attablés autour d'un grand festin : des plats remplis à ras bord de nourriture luxueuse, du vin, des friandises étaient entassés sur la longue table. Tout ce qui était contraire aux habitudes des Furailleurs se trouvait dans cette salle. Stupéfait, le jeune homme se redressa, oubliant totalement la présence de Naomi. Il s'avança vers ses aînés, la démarche hésitante, son regard vacillant entre les Furailleurs et le buffet.
- Hum... Et toutes ces victuailles... En quel honneur ? Demanda-t-il, son trouble transparaissant dans sa voix.
- Mais pour ton anniversaire, bien sûr ! S'écria Naomi, sautant de joie devant l'air perdu de son ami.
- Mon anniver... Mais c'est demain, non ?
- Tu ne sais plus compter toi ! Railla Naomi, tu étais tellement absorbé par ton entraînement que tu as confondu le jour de ton anniversaire et celui de tes corvées !
- Et personne ne m'a prévenu ? Demanda-t-il d'un ton faussement outré, j'ai fait toutes mes corvées !
- Justement ! Annonça Lars, un ami d'Edwin, avec un sourire de manipulateur.
L'assemblée éclata de rire. Aujourd'hui était ordinairement le jour de corvée de Lars. Edwin lui tira la langue et tout le monde se mit à table avec allégresse, dans la joie et les cris. Naomi avait hâte qu'arrive le moment des cadeaux : elle avait préparé le sien avec tellement de soin !
Le doyen des Furailleurs s'éclipsa discrètement sous le regard intrigué de Naomi. Il revint quelques minutes après, portant un paquet longiligne. Il s'approcha d'Edwin, un grand sourire collé sur le visage.
- Joyeux anniversaire !
Edwin fixa le paquet, interloqué.
- C'est pour moi ? Demanda-t-il naïvement.
- Évidemment, lui répondit Lars.
Edwin sourit et déchira le papier cadeau. Naomi retint son souffle.
À l'intérieur du paquet se trouvait une épée. Edwin la leva vers la lumière, époustouflé. Elle était fine et longue, son manche était d'or et les initiales d'Edwin étaient gravées dessus : E. D.
Ce cadeau était magnifique. Le jeune garçon en avait les larmes aux yeux. Il balbutia un remerciement heureux aux Furailleurs. La fête reprit avec une ambiance joyeuse. Seule Naomi était à présent triste. Après un cadeau comme celui-ci, comment pouvait-elle impressionner Edwin ?
Elle se leva vivement et sortit de la salle, suivie par le regard étonné de Lars. Elle se mit à courir vers le grand saule pleureur de la cour des méditations. Elle s'effondra au pied de l'arbre et commença à pleurer.
- Mais pourquoi je me mets dans un état comme ça ? Renifla-t-elle, ce n'est qu'un cadeau d'anniversaire !
Mais elle avait beau se raisonner, elle savait pourquoi elle pleurait : Edwin et elle avait été abandonnés par leurs parents et recueillis dans le temple par les Furailleurs. Depuis toujours, Edwin était meilleur qu'elle, dans tout ce qu'il entreprenait. De plus, une fille ne peut pas apprendre à se battre, son ami avait donc la supériorité de l'enseignement des Furailleurs. Il était le grand frère, et elle la petite sœur. Et pour une fois, Naomi avait trouvé un domaine dans lequel elle dépassait Edwin. Et elle brûlait d'envie de le lui montrer. Mais après la superbe épée qu'il venait de recevoir, plus rien ne l'impressionnerait.
- Nayin ?
Naomi se retourna à l'entente de son surnom. Edwin se tenait en face d'elle, une expression inquiète sur le visage. Elle l'ignora et fixa le saule pleureur. Elle entendit son ami s'asseoir à côté d'elle. Elle remarqua qu'il n'avait pas pris sa nouvelle épée et ce constat la fit sourire.
- Allez, je sais que t'es pas vraiment fâchée Nayin.
- Non.
- Alors qu'est-ce qu'il y a ?
Elle le regarda et des larmes se remirent à couler sur ses joues. Edwin l'attira à lui et enroula ses bras autour d'elle. Il sentait encore la sueur, mais une forte odeur de gâteau se dégageait de ses mains.
Ils restèrent ainsi durant plusieurs minutes, Naomi pleurant contre son ami et Edwin la serrant comme un bébé. Lorsque ses larmes se tarirent, Naomi prit la parole.
- Edwin...
- Je préfère quand tu m'appelles Edyang.
- J'men fiche, rétorqua-t-elle.
Edwin se tourna vers elle. Elle affichait une moue boudeuse. Il soupira.
- Ça ne va pas ?
Naomi hésita avant de répondre. Puis elle se redressa et sortit un petit paquet de sa poche.
- Tiens, dit-elle d'un ton autoritaire.
Edwin saisit le paquet et l'examina. Bien que Naomi s'efforçait de n'afficher aucune émotion, il pouvait sentir son impatience. Il se dépêcha donc de déchirer l'emballage et se figea : à l'intérieur du paquet se trouvait un petit rond en tissu, tressé très finement, qui représentait le yin et le yang. Ce symbole avait une signification particulière pour les deux enfants ; il était le signe de leur amitié.
Edwin caressa le morceau de tissu, un sourire sur les lèvres. Il se tourna vers Naomi et celle-ci vit des larmes couler sur les joues du jeune garçon. Elle lui sourit alors, un sourire de réconciliation.
- Naomi... C'est magnifique...
- Je pensais que ça ne serait rien à côté de ta nouvelle épée, répondit-elle en rougissant.
Edwin fut saisi d'étonnement. Il serra Naomi contre lui, plus fort que jamais, comme si elle le raccrochait à la vie.
- Tu sais très bien qu'un seul de tes sourires vaut plus que n'importe quoi au monde pour moi, chuchota-t-il dans son oreille.
Naomi éclata en sanglots et serra elle aussi son ami de toutes ses forces.
Ils restèrent ainsi jusqu'au coucher du soleil, rassemblés en une même étreinte, tels le yin et le yang qu'ils représentaient.
Une légende des Furailleurs racontent que, dans la cour du temple, sous le saule pleureur, deux fleurs ont poussées lorsque deux amis, plus chers que tout au monde, se sont étreints pendant des heures. L'une est petite et si blanche qu'elle reflète le soleil et aveugle quiconque la regarde de trop près. L'autre est grande et sa noirceur est si profonde que ceux qui la fixent trop longtemps se perdent dans un abîme de ténèbres. Les tiges de ses deux fleurs s'enlacent et s'emmêlent. Le yin et le yang, enfin réunis, en une même plante, un même esprit.
Mayappy♪
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Divagations
عشوائيDivagations Des histoires pour imaginer. Des poèmes pour s'envoler. Des citations pour réfléchir. Des morceaux de moi pour me définir. Des pensées pour vous toucher. Des personnages pour vous accompagner. Des divagations, éveillées de mon esprit, po...
